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Retraites : pourquoi les salariés pourraient devoir travailler bien au-delà de 67 ans pour préserver le système

Le COR alerte sur une dégradation rapide du financement des retraites. Avec une natalité en recul et davantage de seniors, la question d’un départ plus tardif revient au premier plan.

Des travailleurs agricoles dans une coopérative rurale française, par une matinée claire, avec un tracteur et des sacs de graines.

À 62 ans et quelques mois, beaucoup de salariés se demandent déjà s’ils tiendront jusqu’au bout de leur carrière. La question est simple : faudra-t-il travailler encore plus longtemps pour financer les pensions de demain ?

Un système sous pression démographique

Le débat sur les retraites ne tourne pas seulement autour d’un âge légal. Il dépend d’abord d’un rapport de forces très concret : combien d’actifs cotisent, combien de retraités perçoivent une pension, et combien de temps chacun vit après sa vie professionnelle. En France, ce modèle de répartition repose sur les cotisations des travailleurs pour payer les pensions du moment.

Or la démographie se dégrade. L’Insee a confirmé que la fécondité continue de baisser : en 2024, l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,62 enfant par femme, après 1,66 en 2023. Dans ses nouvelles projections publiées en juin 2026, l’institut estime même que la population française commencerait à diminuer à partir de 2037 dans son scénario central.

Pour les retraites, le signal est mauvais. Moins d’enfants aujourd’hui, ce sont moins d’entrées sur le marché du travail demain. Et donc moins de cotisants. En parallèle, les plus de 65 ans pèsent déjà lourd dans la population. L’Insee anticipe que leur poids continuera de monter fortement d’ici 2070.

Ce que dit le COR

Le Conseil d’orientation des retraites a revu ses projections dans son rapport annuel de juin 2025. Dans le scénario de référence, l’âge de départ à la retraite qui permettrait d’équilibrer le système en 2070 serait de 66,5 ans, soit 1,9 an de plus que l’âge spontanément atteint à législation inchangée. Le rapport précise aussi qu’en 2030, cet âge devrait monter à 64,3 ans, puis à 65,9 ans en 2045.

Autrement dit, le COR ne rédige pas une réforme. Il pose un calcul. Si l’on choisit de n’utiliser qu’un seul levier — celui de l’âge de départ — pour tenir l’équilibre, il faudrait aller bien au-delà du cadre actuel. L’organisme insiste d’ailleurs sur le fait que ces simulations ont une vocation pédagogique. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une proposition de réforme.

La trajectoire financière reste néanmoins tendue. Le rapport annuel 2025 évoquait déjà un besoin d’ajustement croissant à long terme, avec plusieurs leviers possibles : âge de départ, cotisations ou pensions. Dans le document consulté pour cette nouvelle séquence, le déséquilibre de long terme apparaît plus marqué encore.

Qui paierait, et qui gagnerait du temps ?

Un relèvement de l’âge légal protège les comptes, mais il ne touche pas tout le monde pareil. Les salariés ayant commencé tôt, ceux qui exercent des métiers pénibles, les indépendants fragiles ou les personnes aux carrières hachées sont les plus exposés. À l’inverse, les cadres aux carrières longues et continues s’adaptent souvent mieux à un départ plus tardif. C’est là que le débat devient social autant que budgétaire.

Le COR rappelle aussi que d’autres leviers existent : hausse des cotisations, baisse relative des pensions, ou combinaison des deux. Mais chaque option a un coût politique clair. Augmenter les cotisations pèse sur le travail. Sous-indexer les pensions pèse sur les retraités. Reculer l’âge pèse sur ceux qui sont déjà au bout de leur force.

Le gouvernement n’a donc pas devant lui une solution technique, mais un arbitrage. La droite défend depuis longtemps le principe de travailler plus longtemps. Le centre a déjà poussé l’idée d’une réforme plus systémique, parfois par points. La gauche, elle, refuse ce cadrage et plaide pour le maintien de l’âge de départ, voire pour un retour à 60 ans dans ses versions les plus revendicatives. Le conflit porte moins sur le diagnostic que sur la réponse à apporter.

Une bataille politique déjà ouverte

Les syndicats contestent frontalement l’idée d’un nouveau recul de l’âge. La CGT défend l’abrogation du passage à 64 ans et affirme que le financement peut être trouvé autrement, notamment par une meilleure répartition des richesses. La CFDT, elle, se présente comme plus pragmatique : elle veut sécuriser le système, mais en évitant de faire porter tout l’effort sur les seuls salariés, et en mettant en avant des mesures de justice sociale.

Le patronat, à l’inverse, reste concentré sur l’équilibre financier. Le Medef insiste sur la nécessité de revenir à l’équilibre sans hausse des cotisations patronales, ce qui signifie en pratique que la charge ne doit pas se déplacer vers les entreprises. On voit donc bien le clivage : d’un côté, ceux qui veulent élargir les recettes ; de l’autre, ceux qui veulent contenir le coût du travail.

Cette opposition va peser lourd dans les prochains mois, car la question des retraites ne disparaît jamais vraiment du débat français. Elle revient à chaque choc démographique, à chaque alerte financière, et à chaque séquence électorale. Le sujet a désormais une dimension présidentielle évidente : personne ne pourra promettre une stabilité durable sans dire qui paiera l’ajustement.

Ce qu’il faut surveiller

Le point décisif sera la suite donnée au rapport du COR et les réactions politiques qu’il déclenchera. Le gouvernement devra dire s’il veut ouvrir une nouvelle séquence de réforme. Les syndicats, eux, mesureront rapidement s’il faut préparer une nouvelle mobilisation. Et les candidats à la présidentielle devront préciser leur ligne, entre hausse de l’âge, hausse des cotisations ou baisse des pensions. La discussion ne fait que commencer.

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