Après la mort de Lyhanna, la France cherche encore la faille qui a laissé passer un suspect déjà repéré par la justice
La mort de Lyhanna relance le débat sur les violences sexuelles sur mineurs et les ratés du suivi judiciaire. Au Parlement, la “loi intégrale” revient au centre, entre demandes de moyens et promesses de protection renforcée.

Quand un enfant meurt après des signaux ignorés, la question n’est plus seulement judiciaire. Elle devient politique.
Après le drame de Lyhanna, une question s’impose à beaucoup de familles : comment un suspect déjà repéré par la justice a-t-il pu rester dans le circuit sans réponse assez rapide ? C’est précisément cette faille que le Sénat a décidé d’examiner, en ouvrant une mission d’information sur le pilotage de la politique pénale et la prévention de ses dysfonctionnements.
Le débat ne part pas de zéro. Depuis plusieurs mois, la justice et l’exécutif affichent une montée en puissance sur les violences faites aux enfants. Le ministère de la Justice a publié le 8 juin une circulaire demandant un traitement prioritaire des infractions sexuelles commises sur mineurs, dans le prolongement d’annonces faites depuis le printemps. Mais la séquence Lyhanna a montré l’écart possible entre l’instruction donnée au sommet et la réalité du terrain.
Dans ce contexte, le porte-parole du Rassemblement national a choisi l’attaque frontale contre Gérald Darmanin, en estimant qu’il aurait dû partir. Cette ligne politique vise un avantage clair : transformer un fait divers judiciaire en procès du bilan gouvernemental sur la sécurité et la justice. Pour ses adversaires, la manœuvre est connue. Elle permet surtout de déplacer la responsabilité vers un ministre, sans répondre seule au cœur du problème : le traitement concret des plaintes, des signalements et des procédures.
La “loi intégrale” veut changer d’échelle. Mais elle pose aussi une question simple : qui paiera, et qui appliquera ?
La réponse parlementaire prend la forme d’une proposition de loi dite “intégrale”, déposée à l’Assemblée nationale à la fin de l’année 2025. Le texte veut agir partout à la fois : police, justice, école, santé, travail, numérique. Il prévoit notamment des unités et juridictions spécialisées, un renforcement de la formation des professionnels, des mécanismes de détection systématique chez l’enfant, et un meilleur accompagnement médico-psychologique. Le document déposé à l’Assemblée parle aussi d’un socle d’actes d’enquête obligatoires et d’une répression accrue.
Cette approche répond à un constat porté depuis des années par la Ciivise : les violences sexuelles sur les enfants sont massives et souvent mal repérées. La commission rappelle qu’environ 160 000 enfants seraient victimes chaque année. Elle a reporté au 15 juin la remise officielle du bilan de mise en œuvre de ses préconisations, et elle rend aussi une évaluation de l’action publique sur ce sujet. Autrement dit, le sujet n’est plus seulement celui des sanctions. Il touche la prévention, le repérage et la capacité de l’État à protéger avant le basculement dans le pire.
Mais ce type de réforme ne produit pas les mêmes effets pour tout le monde. Pour les familles, il promet un meilleur repérage et des réponses plus rapides. Pour les magistrats, les policiers, les enseignants et les soignants, il implique plus de formation, plus de coordination et, surtout, plus de temps consacré à chaque dossier. Pour l’administration, il suppose des moyens humains réels. Sans cela, les belles annonces restent des obligations de papier. L’OFMIN, l’office mineurs créé en 2023 au sein de la police nationale, existe déjà pour les affaires les plus graves. La question est donc moins celle de l’outil que de sa capacité à absorber la charge.
Le vrai test arrive maintenant : une inscription à l’ordre du jour et des arbitrages politiques.
La proposition de loi intégrale attend toujours une vraie respiration parlementaire. La présidente de l’Assemblée nationale a demandé au gouvernement de l’inscrire à l’ordre du jour d’une session extraordinaire, en juillet ou en septembre. C’est un point crucial, parce que l’ordre du jour reste largement maîtrisé par l’exécutif pour une partie des textes. Si le gouvernement ouvre la porte, le texte peut avancer. S’il temporise, il restera un symbole de plus dans un dossier déjà très chargé.
Sur le fond, les soutiens du texte défendent une réponse globale, quand d’autres rappellent qu’une loi n’a de sens que si elle est suivie d’effectifs, de formation et de pilotage. Le Sénat, lui, a déjà choisi d’explorer la chaîne complète, du signalement jusqu’au traitement judiciaire. C’est là que se jouera la suite : dans la capacité de l’État à prouver qu’il sait traiter les alertes plus vite, mieux, et de façon plus homogène sur tout le territoire. La prochaine étape à surveiller sera donc, à la fois, la remise de l’évaluation de la Ciivise et les arbitrages du gouvernement sur l’inscription du texte à l’agenda parlementaire.



