El Niño est officiellement de retour et pourrait atteindre une intensité record, jusqu’en 2028
La NOAA a confirmé le 11 juin le retour d'El Niño. Sept modèles sur dix anticipent un épisode sans précédent. Si la France métropolitaine reste relativement épargnée, les conséquences mondiales s'annoncent majeures.

Faut-il se préparer à une planète surchauffée pendant deux ans ? Depuis le 11 juin, la question n’est plus théorique. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a officiellement confirmé le retour d’El Niño dans le Pacifique équatorial, avant même le solstice d’été.
Ce phénomène climatique naturel, qui réchauffe les eaux de surface du Pacifique et bouleverse les régimes de vents et de précipitations à l’échelle mondiale, revient dans un contexte inédit. Le précédent épisode, en 2023-2024, avait contribué à faire de ces deux années les plus chaudes jamais enregistrées. Cette fois, les projections des scientifiques vont sensiblement plus loin.
Sept modèles sur dix anticipent du jamais-vu
Les chiffres ont de quoi inquiéter. Selon la NOAA, la probabilité que cet El Niño atteigne le seuil dit « très fort » (anomalie de température supérieure à 2 °C dans la zone Niño du Pacifique) s’établit à 63 % entre novembre 2026 et janvier 2027. La probabilité d’un épisode au moins « fort » frôle les 90 %.
Plus frappant encore : d’après le spécialiste néo-zélandais Ben Noll, sept des dix principaux modèles de prévision envisagent désormais un El Niño record, avec un excédent de température compris entre +2,5 et +4 °C. Du jamais-vu depuis le début des mesures en 1950.
L’observatoire climatique européen Copernicus confirme la tendance. En juin, 75 % des modèles combinés par ses équipes anticipaient des anomalies de +2,5 °C ou plus d’ici novembre. Un mois plus tôt, cette proportion n’était que de 50 %. Carlo Buontempo, directeur de Copernicus, a estimé auprès de l’AFP que les probabilités « penchent fortement en faveur d’un épisode fort à potentiellement sans précédent ».
2027, année de tous les records ?
El Niño atteint généralement son pic en fin d’année. Ses effets sur la température mondiale se font sentir avec un décalage d’environ trois mois. Concrètement, si le phénomène culmine cet hiver, c’est en 2027 que la planète pourrait enregistrer son année la plus chaude.
Christophe Cassou, climatologue au CNRS et coauteur du dernier rapport du GIEC, l’a résumé sur France 2 : le record de température intervient généralement l’année qui suit El Niño. En 2016, c’est ce mécanisme qui avait fait exploser les thermomètres mondiaux. En 2024, le record avait été battu dans la foulée de l’épisode 2023. Cette fois, le climatologue James Hansen, ancien directeur du Goddard Institute de la NASA, projette une température mondiale de +1,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle en 2027.
L’enjeu dépasse la seule statistique. Un super El Niño ne s’additionne pas à un système en équilibre. Il s’ajoute à un réchauffement de fond qui ne faiblit pas. Comme le souligne Météo-France, l’hiver 2025-2026 s’est déjà classé au quatrième rang des hivers les plus chauds en France depuis 1900.
Des conséquences planétaires, un impact limité en métropole
À l’échelle mondiale, les effets attendus suivent un schéma connu mais redouté : sécheresses accrues en Amazonie, en Indonésie et en Australie, perturbation de la mousson indienne, bouleversement des précipitations dans l’ensemble des tropiques. La FAO alerte sur les risques pour les productions de soja, de sucre et de cacao. L’Asie du Sud-Est, très dépendante de l’hydroélectricité, fait face à une double menace sur ses récoltes et son approvisionnement énergétique.
Pour la France métropolitaine, Météo-France se montre plus prudent. L’impact direct d’El Niño sur l’Hexagone reste faible, voire imperceptible, car le phénomène agit principalement sous les tropiques. L’agence estime à 50 % la probabilité d’un été plus chaud que la normale (60 % en Corse), sans lien mécanique direct avec El Niño.
La situation est tout autre pour les territoires ultramarins. La Guyane pourrait connaître des épisodes de sécheresse renforcée, la Polynésie française des intempéries inhabituelles. L’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui avait alerté dès le 2 juin sur une probabilité de 80 % de formation d’El Niño cet été, a insisté sur la nécessité de préparer ces territoires en priorité.
Un gouvernement déjà sous pression
Le retour d’El Niño intervient alors que l’exécutif français peine à convaincre sur sa politique d’adaptation climatique. La canicule précoce de mai 2026, avec des pointes à 38-39 °C et 17 départements en vigilance orange, a exposé des failles structurelles. L’opposition écologiste a dénoncé l’état des écoles, avec 5,4 millions de logements classés F ou G et un parc scolaire dont la rénovation thermique avance au compte-gouttes.
Le 3e Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), publié en mars 2025, prévoit une cinquantaine de mesures d’ici 2030. Parmi elles : un fonds d’indemnisation pour les catastrophes naturelles, une protection renforcée des travailleurs exposés aux fortes chaleurs, des diagnostics de résilience pour les exploitations agricoles. Selon le ministère de la Transition écologique, 80 % des actions préconisées ont été lancées.
Reste un angle mort juridique. Le décret du 26 janvier 2026 a inscrit dans le code de l’environnement une trajectoire de réchauffement de référence pour la France : +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050, +4 °C en 2100. Mais plusieurs juristes spécialisés en droit de l’environnement relèvent que ce texte n’a aucune valeur contraignante. Il ne crée aucune obligation pour les collectivités ni pour les acteurs économiques.
Ce qu’il faut surveiller
El Niño devrait s’intensifier tout au long de l’automne. La NOAA prévoit un pic entre novembre et janvier, avec des effets météorologiques possibles jusqu’en 2028. La prochaine mise à jour de Copernicus, attendue en juillet, permettra d’affiner les projections. Pour les territoires ultramarins français, la fenêtre de préparation se réduit de semaine en semaine.



