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ANALYSES & OPINIONS

Gilbert Azoulay : Où sont les jeunes ?

La jeunesse reste la grande absente du débat politique français. Les retraités monopolisent le dialogue mais silence sur celles et ceux qui devront payer la facture.

En France, les responsables politiques répètent volontiers qu’ils préparent l’avenir. Pourtant, dans les campagnes électorales comme dans les grands débats budgétaires, ceux qui incarnent réellement cet avenir, les jeunes, restent souvent oubliés. On parle beaucoup des retraités et rarement de ceux qui entrent dans la vie adulte.

Selon un sondage publié par Unis-Cité en juin dernier, une inquiétude profonde taraude les Français : 91 % estiment qu’ils ont du mal à se projeter dans l’avenir ; 89 % pensent qu’ils manquent de repères pour se construire ; 89 % considèrent qu’ils sont en recherche de sens ; 73 % des Français jugent les jeunes plus isolés qu’avant. Ce portrait d’une génération qui doute de son avenir professionnel, de sa capacité à se loger, à fonder une famille, à s’élever socialement, à trouver sa place dans un pays rappelle de manière évidente qu’on lui demande beaucoup sans lui promettre grand-chose.

Bloc électoral

Le paradoxe français est là : la jeunesse devrait être au cœur du projet national, mais elle reste périphérique, voire inexistante. Elle paye déjà le prix de la dette, de la crise du logement, de la précarisation du travail, de l’angoisse climatique et d’un système éducatif qui peine à tenir sa promesse d’égalité. Mais les jeunes pèsent moins électoralement que les retraités. Ils votent moins, sont moins organisés, moins courtisés. Les retraités, eux, constituent un bloc électoral puissant, régulier, discipliné. Les candidats le savent. Ils les redoutent. Et cette peur structure une partie du débat public.

Il ne s’agit pas d’opposer brutalement les générations. Les retraités français ne sont pas des privilégiés caricaturaux, et beaucoup vivent modestement. Et même si la vérité n’est pas bonne à dire : la France protège mieux ses retraités que sa jeunesse. Le taux de pauvreté des retraités reste inférieur à celui de l’ensemble de la population, tandis que celui des enfants demeure beaucoup plus élevé, selon l’Insee. Les pensions représentent aussi l’un des tout premiers postes de dépenses sociales : l’OCDE situe les dépenses publiques de retraite de la France autour de 13 % à 14 % du PIB, un niveau parmi les plus élevés des pays développés.

Marché du travail tendu

À cela s’ajoute un mécanisme politiquement explosif : l’indexation des retraites. Chaque année, les pensions sont revalorisées pour suivre l’inflation, comme cela a encore été le cas avec une hausse des pensions de base de 2,2 % au 1er janvier 2025. Sur le principe, protéger les retraités contre la hausse des prix est compréhensible. Mais le problème commence lorsque cette protection devient automatique, tandis que les salaires, eux, ne suivent pas toujours. Les actifs continuent de cotiser, les entreprises continuent de payer, les jeunes entrent sur un marché du travail tendu, et l’État continue d’emprunter. Et l’on réduit les aides à l’apprentissage, le dispositif qui a fait ses preuves en matière d’insertion sur le marché du travail !

Pendant que l’on évite soigneusement le sujet, l’endettement, lui, avance vite. Le déficit public français s’est établi à 5,1 % du PIB en 2025, selon l’Insee. L’OCDE anticipait encore une dette publique française en hausse, pouvant atteindre 122,5 % du PIB en 2027. Autrement dit, les décisions que l’on n’ose pas prendre aujourd’hui seront réglées demain par ceux qui n’ont pas encore de patrimoine et qui, à l’évidence, ne sont pas entendus.

Modèle social

C’est cela, le cœur du problème : la France parle de transmission, mais elle organise trop souvent la conservation. Elle demande aux jeunes d’être mobiles, adaptables, patients, responsables ; mais l’horizon est bouché. Se former, innover, entreprendre pour en réalité financer un modèle social à bout de souffle. L’effort est loin d’être équitablement réparti.

Investir dans sa jeunesse, c’est s’assurer un avenir. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut moins respecter les retraités mais de savoir pourquoi la France respecte si peu l’avenir ? Tant que nos nombreux candidats craindront les retraités, le débat public restera déséquilibré. Et tant que la jeunesse sera traitée comme un sujet secondaire, la France continuera de vieillir politiquement avant même d’avoir préparé un futur durable et désirable.

Gilbert Azoulay

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