Pourquoi Olivier Faure veut laisser les Français trancher la primaire socialiste de 2027 et éviter une gauche éclatée
Olivier Faure relance l’idée d’une primaire ouverte pour 2027, avec un vote élargi à tous les citoyens. Le PS doit trancher le 9 juillet, alors que la gauche cherche encore une candidature commune face à l’extrême droite.

À gauche, la bataille n’est plus seulement celle d’un candidat. C’est celle de la règle du jeu.
Qui choisira le nom porté en 2027 ? Et surtout, qui aura le droit de peser dans ce choix ? Le débat agite le Parti socialiste à quelques jours d’un vote interne prévu le 9 juillet sur la méthode de désignation de son candidat à la présidentielle. Olivier Faure pousse, lui, une solution très large : une primaire ouverte, avec un vote ouvert à tous contre une participation symbolique de deux euros.
Cette séquence s’inscrit dans une réalité simple : la gauche ne veut pas revivre le scénario de la dispersion, qui l’a souvent empêchée d’exister au second tour. Le PS a déjà inscrit dans ses statuts le principe d’une primaire ouverte pour la présidentielle, et son site interne défend l’idée qu’une primaire peut créer une dynamique collective et faire émerger une figure capable de rassembler largement. Mais sur le terrain, la mécanique est plus compliquée. Une primaire n’a d’intérêt que si les autres forces l’acceptent. Sinon, elle reste un outil de plus dans un camp déjà fragmenté.
Le PS veut trancher avant de parler des noms
Le 9 juillet, les militants socialistes doivent se prononcer sur la procédure de sélection du candidat pour 2027. Selon les éléments rendus publics, deux logiques s’opposent : un vote élargi, ouvert à des sympathisants ou à un public plus large, et une formule plus resserrée, réservée aux adhérents et à certaines organisations alliées. Olivier Faure plaide pour la première. Son argument est politique autant que démocratique : une candidature nationale ne peut pas naître d’un huis clos partisan, dit-il en substance, si l’on veut vraiment recréer de l’adhésion.
Le premier secrétaire du PS lie aussi cette question à l’idée d’une “candidature commune”. Il cite plusieurs familles de la gauche non mélenchoniste : les Écologistes, Debout, L’Après et Génération.s. L’enjeu est clair. Si ces forces convergent, elles peuvent peser davantage dans la présidentielle et éviter l’éparpillement. Si elles restent chacune dans leur couloir, le camp progressiste entre dans la campagne déjà divisé. Un rassemblement de ce type ne donne pas automatiquement une victoire, mais il peut au moins offrir une base commune, un récit et un candidat plus légitime.
Pourquoi ce débat compte concrètement
Une primaire ouverte change la nature du rapport de force. Elle peut élargir la participation, attirer des électeurs qui ne votent plus aux congrès, et donner au vainqueur un mandat plus solide. Mais elle oblige aussi le PS à accepter un résultat qu’il ne maîtrise pas entièrement. C’est le prix de l’ouverture. À l’inverse, un vote plus fermé protège l’appareil, mais il risque de produire un candidat moins légitime hors du parti. Dans les deux cas, la question n’est pas seulement technique. Elle dit qui, dans la gauche, décide vraiment : les militants, les appareils, ou un public plus large.
Le sujet a aussi une portée très concrète pour les différents acteurs. Pour le PS, une primaire large peut éviter l’image d’un parti replié sur lui-même. Pour les écologistes et les formations alliées, elle peut offrir un point de rencontre utile. Pour François Ruffin, qui pousse depuis longtemps l’idée d’un départage commun, elle peut servir de passerelle politique. Pour Raphaël Glucksmann, en revanche, l’exercice est plus délicat : il pèse à gauche, mais il refuse depuis plusieurs mois de se laisser enfermer dans une primaire qu’il juge peu adaptée à sa stratégie. Autrement dit, la primaire peut structurer la gauche non mélenchoniste, mais elle peut aussi exposer ses limites si certains poids lourds refusent d’y entrer.
Une opposition droite-gauche déjà dessinée
Dans son argumentaire, Olivier Faure élargit le cadre. Il présente la gauche comme le bloc qui doit empêcher la normalisation de l’extrême droite, tout en critiquant la droitisation du camp conservateur. Il vise notamment Bruno Retailleau, désormais candidat officiel des Républicains pour 2027, et renvoie à ses prises de position sur l’immigration, le droit du sol et l’aide médicale d’État. Le message est politique : si la droite se rapproche trop des thèses de l’extrême droite, la gauche doit se présenter comme l’alternative nette et lisible.
Ce cadrage profite d’abord à ceux qui veulent poser la présidentielle comme un duel de blocs. Il sert la gauche unitaire, qui cherche à montrer qu’elle peut encore parler à un électorat large sans se dissoudre dans les querelles d’appareil. Il sert aussi, paradoxalement, ses adversaires, car il fixe très tôt les lignes de force de la campagne. Le risque, pour les socialistes, est double : vouloir unir sans vraiment fédérer, et promettre une primaire si ouverte qu’elle devient impossible à arbitrer. Le gain potentiel, lui, est tangible : retrouver un chemin lisible vers 2027, au lieu d’une nouvelle campagne menée en ordre dispersé.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
Le rendez-vous du 9 juillet dira si le PS choisit la porte ouverte ou le couloir étroit. Ensuite, tout dépendra de la capacité des partenaires de gauche à se mettre d’accord sur un cadre commun, des règles de vote et, surtout, sur les candidats prêts à s’y soumettre. Si le parti valide une primaire large, la vraie question deviendra alors simple : qui entre dans le processus, et qui s’en tient à l’écart ? C’est de cette réponse que dépendra, en grande partie, la suite de la recomposition à gauche.



