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ÉLECTIONS

Pourquoi le PCF maintient une candidature propre à la présidentielle malgré ses faibles scores et les tensions avec LFI

Réélu à la tête du PCF, Fabien Roussel se rapproche d’une nouvelle candidature à l’Élysée. Le parti assume une ligne autonome, malgré les réserves internes et la pression de La France insoumise.

Des habitants anonymes arrivent devant une mairie lors d’une réunion locale, dans une ambiance claire et ordinaire.

À quoi sert encore une présidentielle pour le PCF ?

Quand un parti pèse peu dans les sondages, pourquoi insiste-t-il pour présenter un candidat à l’Élysée ? Chez les communistes, la réponse est simple : exister nationalement, défendre une ligne propre et ne pas se dissoudre dans les accords de sommet. C’est le sens du choix que Fabien Roussel a fait valider au congrès de Lille, ce dimanche 5 juillet 2026.

Le secrétaire national du PCF a été réélu avec 70,1 % des voix lors d’un vote à huis clos. Surtout, le parti a déjà tranché le fond : les militants ont adopté en juin le texte de la direction, qui revendique une candidature présidentielle issue des rangs communistes. Ce texte a recueilli 61,4 % des suffrages, avec une participation de 24 600 adhérents sur près de 40 000 à jour de cotisation.

La prochaine étape est fixée au 6 septembre 2026, lorsque les militants choisiront officiellement le candidat communiste à la présidentielle. D’ici là, Fabien Roussel doit confirmer ce que tout le monde voit déjà : il se place pour 2027.

Une ligne assumée, mais moins écrasante qu’avant

Le signal envoyé au congrès est clair, mais il est moins large qu’en 2023. À l’époque, l’orientation portée par la direction avait obtenu 81,9 % des voix. En 2026, le soutien tombe à 61,4 %. Ce recul ne change pas le cap, mais il dit quelque chose du climat interne : le chef du parti reste majoritaire, sans faire l’unanimité.

Cette nuance compte. Pour Fabien Roussel, une candidature communiste sert à montrer que le PCF n’est pas un simple satellite de la gauche de rupture. Pour ses soutiens, elle permet de parler au monde du travail, aux élus locaux et à un électorat populaire que le parti dit vouloir reconquérir. Le PCF présente même cette présence à la présidentielle comme un moyen de lutter contre l’abstention et de rendre visibles ses priorités : salaires, industrie, services publics et pouvoir d’achat.

Le problème, c’est que cette stratégie a un coût politique. En 2022, Fabien Roussel n’avait obtenu que 2,28 % des voix, soit environ 802 000 suffrages. Dans un système présidentiel où le premier tour structure ensuite tout le reste, ce niveau de faiblesse limite fortement la capacité du PCF à peser seul.

Le vrai débat : peser seul ou négocier en bloc

Le débat ne porte pas seulement sur une candidature. Il porte sur la meilleure manière de survivre politiquement. Une candidature autonome peut redonner une identité. Mais elle peut aussi fragiliser le rapport de force aux législatives, là où le PCF tire encore une partie de son influence concrète : des circonscriptions, des députés et des relais locaux. C’est ce que rappelle le chef des députés communistes, Stéphane Peu, opposé à l’idée de présenter un candidat à la présidentielle.

Sa logique est pragmatique. Pour lui, mieux vaut concentrer les forces sur les législatives et sur l’ancrage territorial du parti. Cette ligne bénéficie surtout aux élus communistes qui veulent préserver des accords avec les autres forces de gauche, et donc sécuriser des sièges. À l’inverse, la stratégie de Roussel sert davantage ceux qui veulent réaffirmer l’existence du PCF comme marque politique autonome.

Le vote d’une « clause de revoyure » à l’automne, porté par les opposants internes, aurait permis de rouvrir la discussion après quelques mois de campagne. Les militants l’ont rejetée. Autrement dit, la direction veut avancer sans laisser planer une remise en cause permanente de la candidature.

LFI, le concurrent frontal, et une fracture durable à gauche

Le PCF ne débat pas dans le vide. Sa stratégie touche directement La France insoumise, qui a déjà lancé la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027. LFI a annoncé début mai qu’elle proposerait sa candidature à une investiture populaire, tandis que son intergroupe a dit prendre acte du refus du PCF de se ranger derrière une ligne commune.

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a parlé de « rupture », et Manuel Bompard a dénoncé l’« entêtement » de la candidature de Roussel. Ce conflit n’est pas seulement personnel. Il raconte une bataille pour le leadership à gauche. D’un côté, LFI veut une candidature centrale, massive et disciplinée. De l’autre, le PCF refuse de disparaître derrière un autre drapeau, même quand son poids électoral reste modeste.

Le souvenir de 2022 continue d’alimenter la tension. À l’époque, le score de Fabien Roussel avait nourri les reproches de LFI, qui lui impute encore d’avoir contribué à priver Jean-Luc Mélenchon d’un second tour contre Emmanuel Macron. Ce grief reste un argument politique utile pour les insoumis, mais il ne règle rien : il entretient surtout une méfiance durable entre les deux camps.

Ce qui se joue maintenant

La présidentielle de 2027 ne dira pas seulement si Fabien Roussel existe encore nationalement. Elle dira aussi quel rôle peut jouer le PCF dans une gauche éclatée. Une candidature communiste peut renforcer la visibilité du parti. Elle peut aussi compliquer les négociations à venir, notamment pour les législatives et les municipales, où les élus locaux ont besoin d’alliances pour conserver des positions fragiles.

Le calendrier est désormais verrouillé. Après le congrès, les communistes doivent encore choisir leur candidat le 6 septembre. Ensuite, il faudra voir si cette candidature devient un outil de reconquête ou un facteur d’isolement supplémentaire. C’est là que se jouera la suite : dans la capacité du PCF à transformer un vote interne en dynamique politique réelle.

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