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ANALYSES & OPINIONS

Pourquoi le modèle territorial français ne profite plus à tous, selon Jean-Christophe Fromantin, et ce que cela change pour 2027

Jean-Christophe Fromantin défend une critique du modèle français après sa traversée du pays à vélo et sa thèse sur La Défense. Il plaide pour un rééquilibrage entre métropoles et territoires avant 2027.

Mains anonymes consultant un dossier de nomination avec micro de commission dans une salle institutionnelle lumineuse.

Quand un maire de Neuilly dit que le ruissellement a échoué

Que reste-t-il du modèle français quand les métropoles s’enrichissent, mais que les fractures territoriales restent visibles partout ? C’est cette question que pose Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine, en assumant une critique frontale de la théorie du ruissellement.

Son point de départ est concret. À l’automne 2023, il a traversé la France à vélo, de Nantes à Strasbourg, pour aller voir les territoires de près. Puis, le 7 juillet 2025, il a soutenu une thèse de doctorat à Paris-I sur la crise des quartiers d’affaires, avec La Défense en cas d’école. Dans la foulée, il a publié un livre pour défendre ses propositions dans la perspective de 2027.

Le constat : la France serait allée au bout de son ancien modèle

Sa lecture est simple. Le pays fonctionnerait encore avec deux moteurs hérités du siècle dernier : un État très centralisé et une économie organisée autour de grandes concentrations urbaines et productives. Selon lui, ce duo a produit de la puissance, mais aussi de la rigidité.

Il dit voir les effets de cette mécanique sur le terrain. Dans son discours, les territoires ne sont pas seulement des cartes administratives. Ils sont devenus des espaces de vie, d’emploi et de mobilité qui n’obéissent plus aux mêmes logiques qu’hier. D’où sa formule : le modèle jacobin et le modèle fordiste seraient arrivés en fin de cycle.

Le débat n’est pas purement théorique. Il touche à l’organisation du travail, à l’accès aux services publics, au logement et aux déplacements quotidiens. Autrement dit, à ce que les habitants ressentent dans leur budget comme dans leurs trajets.

Ce que disent les chiffres sur les métropoles et les territoires

Les grandes villes gardent pourtant un poids décisif. L’OCDE rappelle que l’Île-de-France concentre environ un cinquième de la population française et un tiers du PIB du pays. Elle souligne aussi que cette zone figure parmi les grandes économies métropolitaines les plus puissantes d’Europe. Le même rapport note toutefois que le coût de la vie y pèse sur l’attractivité et limite une partie du potentiel économique.

De son côté, l’Insee montre que la densité ne garantit pas, à elle seule, une rentabilité supérieure pour les entreprises. Dans une étude publiée en 2026, l’institut observe que la densité économique augmente la richesse produite, mais aussi les charges de personnel, ce qui compense largement le gain attendu. La concentration reste donc utile, mais elle ne règle pas tout.

Pour les territoires moins denses, les écarts demeurent forts. L’Insee relève aussi que les niveaux de vie médians sont plus élevés dans les territoires frontaliers et en périphérie des grandes métropoles régionales, tandis que la pauvreté reste plus marquée dans certaines zones du nord du pays. Cela confirme une géographie française toujours très contrastée.

Décryptage : qui gagnerait avec une remise à plat du modèle ?

Si la lecture de Jean-Christophe Fromantin s’imposait dans le débat national, les premiers bénéficiaires seraient les villes moyennes, les bassins industriels, les périphéries et les zones rurales les plus éloignées des grands centres. L’idée est de redonner du poids à la proximité, à l’emploi local et à une économie moins dépendante des seuls grands hubs.

Les grands gagnants potentiels seraient aussi les salariés qui vivent loin des métropoles et subissent de plein fouet les coûts de transport, de logement et de garde d’enfants. Quand l’emploi s’éloigne, ce sont souvent les ménages modestes qui paient la facture en temps et en argent.

Mais une telle réorientation aurait aussi un coût pour les métropoles. Elles concentrent les sièges, les universités, les réseaux de transport et une bonne part de l’innovation. Un rééquilibrage suppose donc des investissements lourds, pas seulement des discours. Il faut des infrastructures, de la formation, des services publics et de l’activité privée. Sans cela, la déconcentration reste un slogan.

Les finances locales compliquent encore l’équation. La Cour des comptes rappelle que la situation financière des collectivités reste sous surveillance, dans un contexte où leurs comptes ont été examinés à partir des données 2024. Le message est clair : les marges de manœuvre existent, mais elles ne sont pas illimitées.

Une critique du ruissellement, mais pas un rejet de la performance

La théorie du ruissellement repose sur une promesse : ce qui enrichit le sommet finit par profiter à tous. Or cette promesse se heurte à des réalités très concrètes. Les emplois très qualifiés se concentrent, les prix immobiliers montent, et les services suivent surtout là où l’activité est déjà dense.

C’est là que le discours de Fromantin trouve un écho politique. Il parle à ceux qui pensent que la croissance française ne se diffuse plus assez. Il rejoint aussi une inquiétude plus large sur la productivité. Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan souligne que la productivité du travail reste en dessous de sa tendance d’avant crise sanitaire. L’OCDE, elle, rappelle que la France souffre d’un niveau de PIB par habitant inférieur à celui des économies les plus performantes, en raison notamment d’une productivité et d’un taux d’emploi plus faibles.

Pour autant, sa critique n’efface pas l’argument inverse. Les métropoles restent des machines à créer des richesses, des emplois et des réseaux. Elles attirent les talents, les capitaux et les entreprises. La question n’est donc pas de choisir entre métropole et territoire. Elle est de savoir comment faire circuler la valeur sans laisser des pans entiers du pays en marge.

C’est aussi là que l’opposition crédible au diagnostic se construit. L’OCDE montre que les grandes aires métropolitaines françaises continuent de peser lourd dans la croissance nationale. Et l’Insee rappelle que la densité économique peut renforcer la production, même si elle ne garantit pas une meilleure rentabilité finale. Le cœur du débat n’est donc pas la disparition des métropoles, mais leur capacité à entraîner le reste du pays.

Horizon : ce qu’il faut surveiller d’ici 2027

La suite se jouera sur deux plans. D’abord, la réception politique de ce livre et des propositions qu’il porte. Ensuite, la capacité de la question territoriale à peser dans la présidentielle de 2027, au-delà des seuls grands thèmes nationaux comme le pouvoir d’achat ou la sécurité.

Il faudra aussi observer si cette critique débouche sur une vraie offre politique, avec des mesures précises sur l’aménagement du territoire, la fiscalité locale, le logement et les mobilités. Sinon, la formule sur la fin du ruissellement restera un diagnostic de plus dans un débat français déjà saturé.

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