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ACTUALITé NATIONALE

Glucksmann à Izon : derrière l’hommage républicain, les trois mois qui décideront du sort de la gauche en 2027

L'eurodéputé inaugure une statue de la Liberté en Gironde le jour du 14-Juillet. Le délai de trois mois qu'il s'est fixé pour trancher sa candidature présidentielle expire fin août. La gauche retient son souffle.

Un homme politique qui inaugure une statue de la Liberté le jour de la Fête nationale, cent ans jour pour jour après son installation initiale : le symbole est si parfait qu’on le croirait scénarisé. Et c’est peut-être justement le problème.

Ce lundi 14 juillet, Raphaël Glucksmann, eurodéputé et coprésident de Place publique, se rend à Izon, petite commune du libournais en Gironde, pour inaugurer une réplique de la statue de la Liberté, place de la Liberté. L’originale avait été offerte à la commune en 1926 par Rey Janton, un habitant parti faire fortune aux États-Unis, avant d’être arrachée par les SS en 1940. Quatre-vingt-six ans plus tard, une nouvelle statue de 300 kilos et cinq mètres de haut, coulée à la fonderie des Cyclopes de Mérignac, reprend sa place. L’événement est local, mais l’invité, lui, est national.

Un décor sur mesure

Pour qui suit la séquence politique de Glucksmann depuis le printemps 2026, le choix d’Izon n’a rien d’anodin. Le 16 mars 2025, lors du congrès de Place publique, il avait lancé aux Américains cette phrase devenue virale : « Rendez-nous la statue de la Liberté. On vous en a fait cadeau, mais apparemment vous la méprisez. Alors, elle sera très bien ici chez nous. » Quinze mois plus tard, le voilà qui en inaugure une, en chair et en bronze, dans un village du sud-ouest.

La cérémonie est suivie d’un banquet républicain et d’un concert. Place publique invite les sympathisants à se retrouver place de la Liberté pour l’inauguration, puis place de la Mairie pour la fête. Le format ressemble moins à une commémoration municipale qu’à un meeting territorial habillé en 14-Juillet. La présence de Boris Vallaud, député socialiste des Landes et figure du PS dans le sud-ouest, n’est probablement pas fortuite.

Un compte à rebours qui approche de son terme

Le 26 mai, sur le plateau du 20 heures de TF1, Glucksmann avait posé ses conditions : « Je me donne trois mois, trois mois pour sillonner le pays et proposer un nouveau contrat patriotique, trois mois pour réunir ma famille politique. » Le calcul est simple : le délai expire fin août. Son entourage confirme que l’annonce d’une éventuelle candidature interviendrait à l’automne, après ce tour de France estival destiné à tester sa base et élargir son camp.

Entre-temps, les jalons se sont multipliés. Son livre, « Nous avons encore envie », est paru fin mai. Le meeting d’Aubervilliers, le 13 juin, a réuni ses partisans dans une salle pleine, avec des socialistes dans les rangs. L’Institut Montaigne note que le discours tentait de faire basculer le PS vers un soutien motivé « par le cœur ou par la raison ». Izon est la suite logique : terrain provincial, ancrage républicain, vocabulaire patriotique.

La gauche, mode d’emploi

Le problème de Glucksmann n’est pas sa visibilité. Les sondages le situent entre 11 et 14 % d’intentions de vote selon les configurations, ce qui le place dans la course mais loin d’un second tour. Son problème, c’est la mécanique interne de la gauche. Le Parti socialiste a acté le principe d’une primaire ouverte aux adhérents du PS et de Place publique. Glucksmann, lui, refuse le format. Il veut être le candidat naturel de l’espace social-démocrate, pas le vainqueur d’un processus qui pourrait le fragiliser ou, pire, le désavouer.

Aurore Lalucq, codirigeante de Place publique et eurodéputée, concède sur Franceinfo comprendre « l’impatience » qui monte autour de cette candidature toujours non déclarée. L’impatience vient de partout : des militants qui veulent se projeter, des socialistes qui ont besoin d’un calendrier, des écologistes qui défendent leur propre logique de primaire avec Marine Tondelier.

Et puis il y a les concurrents. Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature, crédité d’environ 16 % dans les derniers baromètres. François Ruffin s’est positionné sur un créneau populaire et rural. François Hollande, selon plusieurs sources internes au PS, manœuvre discrètement pour s’imposer comme candidat de recours si Glucksmann devait faiblir.

Le piège du symbole

À Izon, Glucksmann sera dans son élément : le verbe, l’émotion, le récit national repris à une gauche qui l’avait longtemps abandonné à la droite. « Être français, c’est être libre » : la formule est séduisante, elle parle à la France des pavillons, celle que les partis de gauche « ne cherchent plus à comprendre », selon ses propres mots.

Reste que le symbole ne fait pas la structure. Place publique reste un parti modeste, quelque 11 000 adhérents, sans implantation locale comparable au PS ou à LFI. Les 500 parrainages nécessaires à une candidature présidentielle ne sont pas encore sécurisés. Le « contrat patriotique » doit encore se transformer en programme chiffré sur l’école, l’immigration, la défense, l’économie.

L’eurodéputé a indiqué sur BFMTV le 12 juillet qu’il se prononcerait « avant la fin de l’été ». La rentrée politique de septembre s’annonce décisive. Si Glucksmann ne parvient pas à fédérer au-delà de son socle, le PS pourrait reprendre la main et imposer un autre calendrier, voire un autre candidat. La statue de la Liberté d’Izon, elle, restera sur sa place. C’est toujours ça de pris.

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