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Sanctions contre la Russie : comment la France et l’Italie ont freiné l’interdiction d’entrée des combattants dans l’UE

Paris et Rome ont obtenu l'édulcoration d'une mesure phare du 21e paquet de sanctions européennes contre Moscou. Les deux pays invoquent des obstacles juridiques et logistiques, au grand dam des pays baltes et nordiques.

Fermeté dans les discours, souplesse dans les couloirs. La veille même du sommet de la coalition des volontaires à Paris, où 37 pays affichaient leur unité derrière Kiev, la France négociait à Bruxelles pour affaiblir l’une des mesures les plus symboliques du 21e paquet de sanctions contre Moscou.

Un interdit vidé de sa substance

La proposition initiale de la Commission européenne, présentée le 9 juin, était limpide : interdire l’accès au territoire de l’Union à tout ressortissant russe ayant combattu en Ukraine depuis février 2022. Bruxelles établissait un parallèle direct avec l’interdiction déjà appliquée aux anciens combattants de l’État islamique. L’argument sécuritaire semblait difficile à contester. Pourtant, dès les premières réunions du Coreper, le comité des représentants permanents des États membres, deux capitales ont posé leurs conditions : Paris et Rome.

Le résultat, sur la table des ambassadeurs le 8 juillet, ressemblait déjà à un compromis bancal. L’interdiction ne porte plus que sur les visas de court séjour et ne vise que les combattants directs, excluant les vétérans du service militaire obligatoire. Les exceptions ont été considérablement élargies : raisons humanitaires, intérêt national, obligations internationales. Et le visa délivré dans le cadre d’une exception reste limité au pays émetteur, sauf accord explicite d’un autre État membre.

Paris et Rome, premiers guichets pour les visas russes

Pour comprendre la résistance franco-italienne, il faut regarder les chiffres. La France et l’Italie sont, parmi les Vingt-Sept, les deux pays qui traitent le plus grand nombre de demandes de visas russes. Environ 180 000 arrivées russes en France en 2025, quelque 160 000 en Italie, selon les données Eurostat. Les deux gouvernements estiment que la vérification individuelle, dossier par dossier, de l’éventuel passé militaire d’un demandeur s’avère ingérable pour des services consulaires déjà saturés.

L’objection ne s’arrête pas là. Paris et Rome contestent la base juridique de la mesure. Pour eux, l’interdiction d’entrée relève de la politique des visas, une compétence partagée entre l’UE et ses membres, et non du régime des sanctions à proprement parler. Une nuance juridique, certes, mais lourde de conséquences : si les services consulaires deviennent les garants de l’application d’une sanction, ils s’exposent à des recours juridiques en cas de manquement. Qui porte la charge de la preuve quand un demandeur conteste sa qualification de « combattant » ?

Le front balte et nordique ne désarme pas

La position française irrite profondément les pays d’Europe du Nord et de l’Est. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Finlande, en première ligne face à la Russie, considèrent que l’afflux de touristes russes constitue un risque sécuritaire tangible. Depuis le début de la guerre, le nombre de visas touristiques délivrés à des ressortissants russes dans l’UE n’a cessé d’augmenter, selon Eurostat. Pour ces capitales, le signal envoyé par Paris et Rome est désastreux.

La haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne, défend une autre lecture. L’Union disposerait déjà des renseignements nécessaires pour identifier nominativement les combattants russes, sans surcharger les consulats. La proposition, selon elle, n’a rien d’une interdiction générale visant l’ensemble des citoyens russes.

L’ironie n’échappe à personne. Concrètement, la part des voyageurs concernés par cette interdiction serait marginale. Les fantassins russes, recrutés massivement dans les régions défavorisées de Sibérie ou du Caucase, n’ont ni les moyens ni le profil pour demander un visa Schengen. Le taux de pertes, estimé à plusieurs centaines de milliers de morts et blessés, réduit encore mécaniquement le vivier de personnes potentiellement visées.

Un paquet de sanctions enlisé

L’affaire des combattants n’est qu’un front parmi d’autres. Le 21e paquet de sanctions bute aussi sur la révision du plafond du prix du pétrole russe. Les tensions au Moyen-Orient et la fermeture récurrente du détroit d’Ormuz ont fait grimper le brut, rendant obsolète le mécanisme d’ajustement automatique qui devait maintenir le prix du pétrole russe 15 % en dessous du marché. La Commission propose désormais de geler le plafond jusqu’en janvier 2027. S’y ajoutent des désaccords sur l’extension des sanctions à la flotte fantôme de GNL russe, sur les restrictions aux importations de poissons russes et sur des contrôles à l’exportation visant une vingtaine d’entreprises en Chine, en Inde et en Turquie soupçonnées de fournir Moscou.

L’objectif initial était d’adopter l’ensemble du paquet avant la mi-juillet pour éviter une révision automatique du plafond pétrolier. Ce calendrier semble compromis.

La contradiction parisienne

Le 13 juillet, soit cinq jours après les tractations bruxelloises, Paris accueillait en grande pompe le sommet de la coalition des volontaires aux Invalides. Vingt-cinq chefs d’État, Volodymyr Zelensky en tête, 37 pays représentés, la promesse de 70 milliards d’euros d’aide militaire à Kiev pour 2026, l’annonce de la vente de 16 Rafale à l’Ukraine. Le lendemain, 503 militaires de la coalition ouvraient le défilé du 14-Juillet sous le thème du « réveil stratégique européen ».

Difficile de réconciler cette mise en scène avec les efforts déployés quelques jours plus tôt pour adoucir une mesure qui, dans les faits, n’aurait touché qu’une poignée d’individus. Les pays baltes, eux, n’ont pas manqué de relever la dissonance. La prochaine réunion du Coreper devra trancher. En attendant, le 21e paquet reste suspendu, et avec lui la crédibilité d’une politique de sanctions que l’UE présente comme son arme économique principale contre la guerre d’agression russe.

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