Écorégions de Mélenchon : redessiner les régions par bassins versants, promesse écologique ou bombe institutionnelle
Supprimer les régions pour les remplacer par des écorégions calquées sur les fleuves : la proposition LFI séduit les écologistes mais inquiète les élus locaux et les identités territoriales.

Faut-il redessiner la carte de France pour sauver ses rivières ? C’est le pari que Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré à la présidentielle de 2027, a posé sur la table lors de son meeting de lancement à Saint-Denis le 7 juin 2026, devant plus de 20 000 personnes.
L’idée n’est pas tout à fait neuve. Dès 2022, le programme présidentiel de La France insoumise évoquait une réorganisation territoriale fondée sur les bassins versants, ces zones géographiques où toutes les eaux convergent vers un même cours d’eau. Cette fois, le projet gagne en précision. LFI propose de remplacer les treize grandes régions héritées de la réforme territoriale de 2015 par treize « écorégions » calquées sur les bassins hydrographiques. L’objectif affiché : confier à ces nouvelles collectivités la gestion de l’eau, la protection des sols, la biodiversité, la qualité de l’air et la prévention des risques climatiques.
Un projet qui s’ancre dans la crise de l’eau
Le contexte joue en faveur de Mélenchon. La conférence de presse qui a détaillé le projet a eu lieu en pleine séquence caniculaire, alors que les restrictions d’eau se multiplient dans plusieurs départements. Le candidat en a fait un argument central : les régions actuelles, conçues pour peser sur la compétitivité économique, ne seraient pas outillées pour répondre aux défis écologiques. Claire Lejeune, députée LFI de l’Essonne chargée du dossier, résume la philosophie du projet en rappelant que la protection de l’eau est plus efficace quand une même entité territoriale embrasse les acteurs de l’amont et les conséquences de l’aval.
Concrètement, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur les vingt-quatre sous-bassins qui structurent la métropole. Leurs compétences seraient exclusivement écologiques, avec une fiscalité propre dédiée à la planification environnementale. Le député Gabriel Amard, co-pilote du projet, qualifie toutefois le dispositif de « pâte à modeler », précisant qu’un travail d’audition d’experts est prévu tout au long de juillet, avec une première version intégrée au programme de campagne attendue fin août.
La Bretagne, cas d’école des tensions territoriales
C’est en Bretagne que la proposition révèle le plus clairement ses conséquences politiques. La majeure partie du territoire breton appartient au bassin Loire-Bretagne. Appliquée strictement, la logique hydrographique aboutit à un résultat qui fait grincer des dents : la Bretagne cesserait d’exister comme région identifiable. La Loire-Atlantique, dont le rattachement à la Bretagne est réclamé depuis des décennies par une partie des élus locaux, resterait séparée. Mélenchon a lui-même reconnu la difficulté lors de sa conférence de presse, écartant l’idée d’une méga-région allant de l’Alsace à la Corse.
La question dépasse le cas breton. Elle touche à ce qui fonde une région : un bassin hydrologique ou une histoire, une culture, une identité humaine ? Les défenseurs des identités territoriales, comme le collectif NHU Bretagne, pointent un risque de dissolution des réalités culturelles au profit d’une logique technocratique, fût-elle écologique.
Des critiques venues de la droite comme du terrain
Sur le fond institutionnel, les objections sont nombreuses. L’ancien député LR Julien Aubert s’interroge publiquement : en quoi l’échelon régional serait-il plus apte à protéger l’eau que les structures existantes, alors que la police de l’eau est déjà exercée en partie au niveau départemental ? Pour lui, le projet revient à une forme de recentralisation qui ne dit pas son nom.
Les défenseurs du projet rétorquent que les agences de l’eau, déjà organisées par bassins versants, fonctionnent depuis des décennies et qu’il suffirait de renforcer leur rôle. Reste une question que personne n’a encore tranchée : le coût. Les dépenses totales des régions françaises dépassaient 41 milliards d’euros en 2025. Combien d’argent public serait alloué à de nouvelles collectivités aux compétences exclusivement environnementales ? Le projet ne le dit pas.
Un marqueur de campagne plus qu’une réforme clé en main
Sur le plan politique, la proposition remplit une fonction précise. Mélenchon cherche à occuper l’espace écologiste, historiquement revendiqué par les Verts, en affirmant que l’impératif environnemental n’est plus la propriété d’un seul parti. Les mains tendues vers les militants écologistes se multiplient depuis le début de la campagne, alors que plusieurs élus verts hésitent ouvertement entre soutien au candidat insoumis et candidature autonome.
Reste que le projet, à ce stade, ressemble davantage à un marqueur programmatique qu’à une réforme prête à l’emploi. Les contours exacts des écorégions, leur articulation avec les départements et les intercommunalités, leur fiscalité propre : tout reste à préciser. Gabriel Amard a promis des avancées supplémentaires fin août, avant une publication du programme complet vers octobre 2026. Le débat ne fait que commencer, et c’est peut-être exactement ce que Mélenchon cherchait en posant cette carte sur la table.



