En soutenant Israël dans une chanson sur le 7 octobre, Boy George transforme la guerre à Gaza en procès public
Avec un titre pro-israélien publié sur X, Boy George relance la controverse autour du 7 octobre et de la guerre à Gaza. Sa chanson suscite des réactions virulentes et ravive une fracture déjà très visible.

Quand une chanson devient un geste politique
Peut-on encore séparer la pop de la guerre quand un artiste choisit de chanter sur Gaza et sur le 7 octobre ? Avec « We Will Dance Again », Boy George a précisément mis cette question au centre du débat.
Le chanteur britannique de 65 ans a publié le 27 juillet une chanson au titre bilingue, Od Nirkod (We Will Dance Again), directement sur X. Il l’a accompagnée du mot « #Shalom ». Dans ce morceau au tempo reggae, il prend clairement parti pour Israël et reprend des références au massacre du 7 octobre 2023.
Un conflit ancien, un vocabulaire explosif
Le cadre est lourd. Le 7 octobre 2023, l’attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël a fait environ 1 200 morts et 251 personnes ont été prises en otage, selon les bilans relayés par Reuters et l’Associated Press. Depuis, la guerre à Gaza a déplacé le débat sur un terrain juridique et moral où les mots comptent autant que les bombes.
En juin 2026, la commission d’enquête internationale indépendante mandatée par l’ONU a accusé Israël d’avoir délibérément ciblé des enfants palestiniens à Gaza et a estimé que cela s’inscrivait dans un génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. La commission a aussi rappelé que le Hamas avait commis de graves abus contre des Palestiniens et contre des Israéliens depuis le 7 octobre.
Ce que dit la chanson, et pourquoi elle choque
Dans le texte, Boy George oppose frontalement ceux qui parlent de « génocide » et ceux qui parlent de « guerre ». Il évoque aussi les violences du 7 octobre, avec des images de femmes violées et assassinées. La chanson ne cherche pas la nuance. Elle veut répondre à une accusation par une autre narration.
Le problème, pour ses détracteurs, tient à ce raccourci. En reprenant le récit israélien le plus combatif, l’artiste efface en partie la réalité humanitaire à Gaza. Or cette guerre n’a pas seulement détruit des infrastructures. Elle a aussi bouleversé l’accès aux soins, à l’eau, à l’éducation et à l’aide, dans un territoire où les civils paient le prix fort.
Pour ses soutiens, au contraire, la chanson remet le 7 octobre au centre d’un débat qu’ils jugent déséquilibré. Ils y voient une manière de rappeler l’attaque du Hamas, les morts israéliens et la question des otages. Pour eux, Boy George prend position là où beaucoup d’artistes préfèrent éviter le sujet.
Une polémique classique, mais avec un angle nouveau
La réaction a été immédiate sur X. Le cofondateur de The Human League, Martyn Ware, a qualifié le morceau de « propagande musicale » et a dit à Boy George d’avoir honte. D’autres internautes l’ont accusé de minimiser les morts palestiniennes et de relayer un discours de guerre.
Ce type de controverse n’est pas nouveau. Depuis le début de la guerre, le monde culturel s’est divisé entre les prises de parole pro-israéliennes, les soutiens à la cause palestinienne et les appels au cessez-le-feu. Mais ici, l’objet de la dispute n’est pas seulement une déclaration. C’est une chanson. Et cela change tout, parce que la musique touche un public plus large, plus émotionnel, parfois moins politisé.
Boy George n’en est pas à sa première prise de position. Il a déjà affiché sa sympathie pour Israël et expliqué, dans une interview au Telegraph, qu’il entretenait un lien personnel avec la communauté juive, tout en affirmant ne pas nier la souffrance palestinienne. Cette fois, pourtant, il ne se contente pas d’un soutien verbal. Il transforme son point de vue en objet artistique, donc en message public durable.
Et c’est là que se joue l’essentiel. Une chanson engagée peut mobiliser, mais elle peut aussi durcir les lignes. Elle donne un avantage à ceux qui veulent rendre visibles les victimes israéliennes du 7 octobre. Elle offre, en miroir, une cible facile à ceux qui dénoncent l’effacement des civils palestiniens. Dans les deux camps, la musique devient un amplificateur politique.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite dépendra de la capacité de Boy George à maintenir sa position face à la polémique, mais aussi de l’évolution du conflit lui-même. Tant que les rapports de l’ONU, les bilans humains et la bataille des récits continueront de s’accumuler, chaque prise de parole d’une personnalité connue restera sous haute tension. Les prochains jours diront si cette chanson reste un épisode isolé ou devient un nouveau marqueur de la fracture culturelle autour de Gaza.



