À Gaza, le désarmement du Hamas promet un retour à la sécurité, mais laisse les civils face à une transition incertaine
Donald Trump dit avoir obtenu un accord sur le désarmement du Hamas à Gaza et le retrait progressif des forces israéliennes. Mais le calendrier reste flou, alors que la reconstruction et la sécurité des civils dépendent encore de cette phase.

À Gaza, la vraie question n’est plus seulement qui gouverne. C’est qui désarme, qui paie, et qui protège les civils pendant la transition.
Après des mois de guerre, chaque avancée diplomatique se mesure à une chose très concrète : est-ce que les armes se taisent vraiment, et est-ce que les habitants peuvent enfin revenir dans un territoire habitable ? L’annonce faite à Washington sur le désarmement du Hamas répond à cette question sur le papier. Reste à voir si elle tiendra dans la réalité.
Le dossier gazatien repose désormais sur un enchaînement précis : désarmement des groupes armés, retrait progressif des forces israéliennes, déploiement d’une force internationale de stabilisation et mise en place d’une administration palestinienne technocratique. Ce schéma s’inscrit dans le plan en 20 points porté par Donald Trump et validé ensuite par le Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 2025, qui a autorisé une Force internationale de stabilisation pour Gaza et une Board of Peace comme administration transitoire.
Ce que dit l’accord annoncé
Le 30 juillet, Donald Trump a affirmé qu’un accord avait été trouvé sur le désarmement du Hamas à Gaza. Dans le même mouvement, il a présenté ce texte comme une étape clé de sa phase deux : d’abord rendre les armes, ensuite retirer les forces israéliennes, enfin laisser entrer une force internationale qui travaillerait avec une nouvelle police palestinienne. Le message politique est clair : la reconstruction n’avance qu’avec un changement de sécurité sur le terrain.
Mais les contours pratiques restent flous. Des responsables américains cités par AP ont évoqué un calendrier en plusieurs temps : les armes détenues par la police gazaouie seraient remises dans les deux semaines, tandis que la neutralisation des armes lourdes et des tunnels pourrait prendre entre 200 et 350 jours. Autrement dit, on n’est pas au bout du processus. On en est au début d’une mécanique longue, surveillée et fragile.
Le point le plus sensible tient à la nature même du désarmement. Le plan suppose que le Hamas renonce à son arsenal, mais aussi que d’autres groupes armés de Gaza entrent dans le même cadre. C’est une ligne rouge pour Israël, qui refuse tout retour du Hamas au pouvoir. C’est aussi le nœud du problème pour le mouvement palestinien, dont l’identité politique et militaire est liée à la détention des armes.
Pourquoi ce passage est décisif
Sur le terrain, le sujet ne se résume pas à une querelle entre capitales. Il conditionne tout le reste. Sans sécurité minimale, pas de reprise durable des écoles, des hôpitaux, de l’eau ou de l’électricité. Sans retrait israélien progressif, pas de pleine circulation des personnes ni des matériaux de reconstruction. Sans autorité locale crédible, les fonds risquent de se perdre dans le chaos administratif ou dans la méfiance des habitants.
Le coût du redémarrage donne la mesure du défi. Le dernier diagnostic conjoint Banque mondiale-ONU-Union européenne évalue les besoins de reconstruction et de relance à 71,4 milliards de dollars sur dix ans. Rien que pour les dix-huit premiers mois, 26,3 milliards seraient nécessaires pour remettre en route les services essentiels et les infrastructures critiques. En clair, le désarmement n’est pas seulement une question militaire. C’est la clé d’accès à la finance internationale.
Cette somme dit aussi autre chose : la reconstruction de Gaza ne profitera pas de la même manière à tout le monde. Les grands chantiers, les réseaux d’eau, les routes, les hôpitaux et les logements demanderont des bailleurs solides, des garanties de sécurité et un pilotage centralisé. À l’inverse, les familles déplacées, les petits commerçants et les communes détruites auront besoin de réponses rapides. Tant que les deux rythmes ne coïncident pas, la transition restera politiquement instable.
Les lignes de fracture
Du côté américain, le message est celui d’un tournant historique. La Maison Blanche présente l’accord comme une percée vers une « paix durable ». Du côté israélien, la prudence reste forte. Les autorités n’ont pas encore donné de validation publique détaillée, et plusieurs responsables se disent depuis des mois sceptiques sur la volonté réelle du Hamas de lâcher ses armes.
Du côté palestinien, l’architecture retenue soulève une autre question : qui gouverne Gaza pendant la transition ? Le plan fait reposer la gestion civile sur une équipe technocratique soutenue par la Board of Peace et, à terme, sur une nouvelle police palestinienne. L’idée vise à contourner le face-à-face direct entre Israël et le Hamas. Mais elle laisse en suspens la question de la légitimité locale, alors que la population a besoin d’un pouvoir capable de distribuer l’aide, d’ouvrir les services publics et d’imposer l’ordre.
Les critiques existent aussi chez les analystes et dans les milieux diplomatiques européens. L’European Council on Foreign Relations estime par exemple qu’une logique de désarmement intégral avant toute reconstruction ou reprise politique risque d’enliser la transition. L’Union européenne, elle, soutient le principe d’un retrait des armes des groupes non étatiques, mais rappelle qu’une paix durable suppose aussi un horizon politique clair et une solution à deux États.
L’ONU pose la même équation sous un autre angle : la sécurité, le désarmement et la reconstruction doivent avancer ensemble. À New York, le Conseil de sécurité a validé le principe d’une administration transitoire et d’une force internationale, tout en laissant apparaître les réserves de Moscou et les attentes du monde arabe, qui insiste sur le respect des droits palestiniens et sur une future souveraineté.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain test ne sera pas une déclaration. Ce sera un calendrier. Il faudra observer si la réunion des médiateurs au Caire aboutit à un mécanisme concret, si la remise d’armes légères commence, si la force de stabilisation trouve des contributeurs et si Israël engage réellement son retrait par étapes. Sans ces jalons, l’annonce restera une promesse diplomatique de plus. Avec eux, elle pourrait devenir le début d’un changement réel.



