« Madame la Ministre, combien de morts faudra-t-il encore ? » : 5 000 médecins somment l’État d’agir contre les « fake injectors »
Deux décès en quatre mois. Des centaines de patients victimes de complications chaque année. Et un sentiment, chez les médecins, que le temps administratif n'est plus à la hauteur de l'urgence sanitaire. Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Santé, que Parlons Politique publie en intégralité, le Syndicat des médecins libéraux et le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, représentant près de 5 000 médecins engagés sur tout le territoire, demandent au Gouvernement de passer immédiatement de la prise de conscience à l'action. Tout en saluant les premières avancées réglementaires, ils estiment qu'après les drames de Villeurbanne et de Nice, la responsabilité des pouvoirs publics est désormais engagée. Les signataires réclament quatre mesures immédiates pour enrayer l'essor des réseaux clandestins de « fake injectors » et éviter qu'un troisième décès ne vienne s'ajouter à une liste qu'ils jugent déjà insupportable.

Paris, 1er août 2026
LETTRE OUVERTE
Madame la Ministre,
Combien de morts faudra-t-il encore ?
Par le Syndicat des médecins libéraux et le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique représentant des milliers de médecins engagés sur tout le territoire
Une jeune femme est morte à Villeurbanne il y a quatre mois, après des injections esthétiques réalisées illégalement en dehors de tout cadre médical.
Nous avons alerté sur le fait que les « fake injectors » avaient déjà conquis une part considérable de clientèle : près de 40 % des personnes ayant recours à des injections esthétiques en France s’adressent aujourd’hui à des personnes qui ne sont pas médecins. Nous vous avons transmis ce chiffre. Vous le connaissiez.
Nous avons rencontré vos équipes, les services de l’État, la Direction générale de la santé, le conseiller santé du Président de la République. Nous avons présenté les chiffres, proposé des solutions et expliqué l’urgence. Tout le monde savait.
Pourtant… Une deuxième jeune femme est morte à Nice il y a quelques jours, des suites d’injections esthétiques illégales.
Maintenant, après ce deuxième décès, la question n’est plus de savoir si ce drame était prévisible. La question est de savoir pourquoi il n’a pas été empêché.
Depuis des mois, nous répétons la même chose : tant que nous ne disposerons pas en France d’une offre médicale légale, accessible et clairement identifiable, les réseaux clandestins continueront de prospérer. Tant que des médecins formés aux actes esthétiques et assurés rencontreront des difficultés pour exercer pleinement dans un cadre sécurisé, des patients iront chercher des réponses ailleurs. Et cet ailleurs, ce sont les « fake injectors », ces marchands de mort qui injectent des produits sans compétence médicale, sans diagnostic, sans capacité à traiter une complication.
Vous avez commencé à agir. Les décrets publiés le 10 juillet constituent une avancée importante. Merci.
Ils reconnaissent enfin la médecine esthétique comme une activité médicale. Mais une réforme ne se juge pas à son annonce. Elle se juge à sa capacité à protéger les citoyens.
Aujourd’hui, ce n’est toujours pas le cas.
Pendant que les textes suivent leur chemin administratif, les réseaux clandestins accélèrent le leur. Pendant que des médecins attendent que les mesures deviennent pleinement opérationnelles, les fake injectors continuent de recruter sur les réseaux sociaux. Pendant que l’administration prend son temps, des patients risquent leur vie.
Le temps administratif n’est pas le temps de la santé publique.
Après Villeurbanne, il fallait agir vite. Après Nice, il faut agir maintenant. Il ne s’agit plus d’une question technique. Il s’agit d’une responsabilité politique.
Chaque semaine perdue laisse prospérer un marché clandestin. Chaque mois perdu expose de nouveaux citoyens. Chaque retard augmente le risque qu’un nouveau drame survienne.
Le pire est que ces deux terribles décès ne sont que la partie émergée de l’iceberg : des centaines de patients sont victimes de complications, de blessures ou de séquelles provoquées par des fake injectors.
Madame la Ministre, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
Vous connaissez les chiffres.
Vous connaissez les mécanismes.
Vous connaissez les solutions.
Vous connaissez désormais le prix de l’inaction.
Nous ne vous demandons plus d’étudier le problème. Nous vous demandons de le régler, a minima en :
- Publiant sans délai le texte d’application, afin de permettre une mise en œuvre effective de la réglementation.
- Garantissant un accès à la toxine botulique aux médecins formés aux actes esthétiques et assurés, dans un cadre strictement médical et sécurisé.
- Intensifiant la lutte contre les pratiques clandestines, en renforçant les contrôles sur le terrain et les sanctions.
- Asséchant les filières illégales d’approvisionnement et de promotion, notamment par la fermeture des comptes qui recrutent ou commercialisent ces pratiques sur les réseaux sociaux.
Nous comptons sur vous. Vraiment !



