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POLITIQUE LOCALE

Après les incendies en Gironde, les communes veulent peser sur les décisions qui transformeront leur territoire

Après les incendies de Gironde, le maire de Saumos demande une concertation avec les élus locaux. Il alerte sur la gestion de l’eau, l’aménagement et la prévention des incendies.

Journaliste préparant un reportage local sur les incendies en Gironde dans une rédaction française lumineuse
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Après un incendie, faut-il reconstruire comme avant ou revoir l’organisation du territoire ? À Saumos, en Gironde, le maire Didier Chautard estime que la réponse ne peut pas être décidée depuis Paris, sans les communes directement exposées.

Après les flammes, le débat sur l’avenir du territoire

Dans une lettre ouverte publiée le dimanche 9 août, l’élu girondin s’adresse à Emmanuel Macron. Il demande au président de la République « d’entendre le rappel à l’ordre de la nature » et d’écouter les élus locaux avant de nouvelles décisions.

Cette prise de position intervient après les incendies qui ont ravagé la Gironde à partir du 22 juillet. Selon les chiffres mentionnés dans la lettre, les feux ont détruit 42 000 hectares et provoqué l’évacuation de 220 000 personnes.

Le maire de Saumos a adressé son texte au chef de l’État, mais aussi aux parlementaires, à la préfète de la Gironde, au président de la région Nouvelle-Aquitaine, au président du département et au président de Bordeaux Métropole.

Son message tient en une idée : l’urgence ne doit pas conduire à prendre des décisions durables sans débat local.

« Les propositions affluent déjà »

« À peine les flammes éteintes, alors que les cendres sont encore chaudes et que nous mesurons à peine l’ampleur des dégâts, les propositions affluent déjà », écrit Didier Chautard.

L’élu redoute des mesures « formulées dans l’urgence, parfois depuis loin, et trop souvent sans prendre la mesure de la réalité du terrain ». Il ne rejette pas le principe d’une action publique. Il conteste plutôt une méthode qui donnerait davantage de poids aux décisions nationales qu’à l’expérience des communes.

Les incendies de Landiras et de La Teste-de-Buch ont montré la difficulté de gérer une crise dans un massif forestier vaste, habité et exploité. Le 22 juillet 2022, les services de l’État faisaient état de 20 800 hectares brûlés et de 36 750 personnes évacuées depuis le début de la crise. Le point officiel sur les incendies de Gironde du 22 juillet rappelle aussi que les feux restaient alors susceptibles de reprendre.

Pour les habitants, les conséquences ne se limitent pas aux hectares brûlés. Elles concernent les logements, les déplacements, les activités économiques, les campings, les exploitations forestières et les services publics. Pour les communes, elles signifient aussi organiser les évacuations, héberger les habitants et maintenir les réseaux essentiels.

Le maire pointe des causes plus larges

Didier Chautard reproche aux pouvoirs publics de ne pas assez parler des « causes profondes de la vulnérabilité » des territoires. Il cite la sécheresse, la disponibilité de l’eau, l’évolution du climat, la préservation des sols et la protection de la biodiversité.

Ces sujets ne relèvent pas tous du même niveau de décision. L’État fixe une partie des règles de prévention et de sécurité. Les préfets encadrent l’urbanisation dans les zones exposées. Les collectivités organisent l’aménagement local. Les propriétaires forestiers, eux, doivent composer avec les coûts d’entretien, les risques climatiques et les revenus tirés du bois.

Cette répartition crée une difficulté concrète. Les communes vivent directement avec le risque, mais elles ne disposent pas toujours des moyens financiers ou juridiques pour agir seules. À l’inverse, une norme nationale peut offrir un cadre commun, mais sembler inadaptée aux réalités d’un massif forestier précis.

Le ministère de la Transition écologique reconnaît désormais que les sécheresses et les canicules deviennent plus fréquentes et plus intenses. Il indique également que le risque de feu s’étend à de nouveaux territoires et que la saison des incendies tend à s’allonger. Les données publiques sur l’évolution du risque de feux de forêt replacent donc le débat local dans une tendance nationale.

L’eau, autre point de tension

Dans sa lettre, le maire s’interroge aussi sur l’autorisation préfectorale accordée à une mégaferme terrestre d’élevage de saumons au Verdon-sur-Mer, en Gironde. Il met cette décision en regard de la fragilité croissante de la ressource en eau.

Le raisonnement oppose deux priorités. D’un côté, les promoteurs d’un projet industriel peuvent mettre en avant l’investissement, l’emploi et la production locale. De l’autre, les élus et les habitants peuvent demander que la disponibilité de l’eau soit évaluée à long terme, surtout dans un contexte de sécheresse.

La question dépasse donc le seul projet aquacole. Elle porte sur la manière de hiérarchiser les usages de l’eau entre l’alimentation, l’agriculture, l’industrie, la sécurité incendie et les milieux naturels.

Pour les grandes entreprises, des infrastructures coûteuses peuvent parfois faciliter l’accès à des solutions techniques. Pour les petites communes, les agriculteurs et les habitants, les restrictions d’eau ou les investissements nécessaires pèsent plus directement sur le quotidien. C’est pourquoi l’évaluation d’un projet ne peut pas se limiter à son activité économique immédiate.

Deux visions de l’après-incendie

Le maire de Saumos demande une « réflexion collective, exigeante et responsable sur notre modèle de territoire ». Il refuse que les communes soient écartées au moment où se décident les règles de reconstruction, de prévention ou d’aménagement.

Cette position bénéficie d’abord aux élus locaux et aux habitants, qui souhaitent conserver une capacité de décision sur leur environnement. Elle répond aussi aux propriétaires forestiers et aux acteurs économiques attachés à la continuité des activités locales.

Mais l’État défend une autre nécessité : protéger les populations avec des règles homogènes et renforcer la prévention face à un risque qui ne s’arrête pas aux limites communales. Les services de l’État rappellent que les feux de 2022 ont imposé une coordination entre communes, département, moyens nationaux et renforts venus d’autres territoires.

Le désaccord ne porte donc pas seulement sur le nombre de normes. Il concerne le partage du pouvoir. Qui décide de l’évolution d’un territoire exposé ? Qui finance les travaux ? Qui assume la responsabilité si une nouvelle catastrophe survient ?

Le débat oppose également plusieurs intérêts dans la forêt. Certains propriétaires peuvent vouloir exploiter rapidement les arbres touchés ou menacés afin de limiter leurs pertes. Des associations environnementales et des acteurs de la biodiversité peuvent, au contraire, défendre la conservation des sols, des habitats et des bois morts utiles aux écosystèmes. La réponse publique devra arbitrer entre sécurité, économie forestière et restauration écologique.

Ce que les pouvoirs publics devront préciser

La lettre ouverte ne propose pas un plan technique détaillé. Elle fixe plutôt une méthode : écouter les acteurs du terrain avant de décider. Cela suppose de réunir les communes, les services de secours, les propriétaires, les agriculteurs, les associations, les chercheurs et les habitants.

Les décisions attendues peuvent concerner l’entretien des pistes forestières, l’accès des secours, les réserves d’eau, les règles de débroussaillement, l’urbanisation et le renouvellement des forêts. Le débroussaillement désigne l’obligation de réduire la végétation autour des constructions afin de ralentir la progression du feu et de faciliter l’intervention des pompiers.

Le gouvernement a depuis inscrit la prévention, les moyens de lutte et le renouvellement forestier parmi les grands axes de son action après les incendies de 2022. La politique nationale de prévention des feux de forêt prévoit notamment de mieux intégrer le risque dans l’aménagement du territoire.

Reste à savoir comment ces orientations seront appliquées localement. Les grandes métropoles, les communes rurales et les propriétaires forestiers ne disposent pas des mêmes ressources. Une règle identique peut donc produire des effets très différents selon les territoires.

L’horizon : éviter une seconde décision prise dans l’urgence

Didier Chautard appelle les pouvoirs publics à ne pas « sacrifier une seconde fois » le territoire avec des décisions prises sans lui. La première urgence était de sauver les personnes et de contenir les flammes. La suivante consiste à reconstruire, prévenir et adapter.

Dans les prochaines semaines, l’enjeu sera de voir si une concertation associe réellement les élus et les acteurs locaux. Il faudra aussi surveiller les décisions sur la restauration des massifs, la gestion de l’eau, l’accès des secours et les règles d’aménagement.

La question posée par Saumos restera centrale : comment renforcer la sécurité face aux incendies sans réduire les territoires concernés à de simples espaces d’application des décisions nationales ?

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