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GRANDES PUISSANCES Le nouvel équilibre mondial

La rivalité entre la Chine et les États-Unis redessine les règles du commerce et les choix de sécurité de l’Europe

La Chine conteste la domination américaine sur les échanges, les technologies et les infrastructures. Entre dépendances économiques et réarmement, l’Europe cherche encore sa place dans ce nouvel affrontement mondial.

Mains gantées au premier plan sur un chantier industriel, avec engins, tranchées et hangars en arrière-plan.
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En bref

La Chine ne se limite plus à son rôle d’atelier du monde et cherche à peser sur les technologies, les infrastructures et les règles des échanges. Les États-Unis renforcent leurs restrictions, tandis que l’Europe augmente ses dépenses militaires et tente de préserver ses intérêts entre Washington et Pékin.

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Qui décide vraiment des règles de l’économie mondiale ? Pour les citoyens, la réponse paraît lointaine. Pourtant, cette bataille influence le prix des produits, les emplois industriels, les dépenses militaires et la marge de manœuvre des États.

Une rivalité qui ne date pas de Trump

La confrontation entre les États-Unis et la Chine est souvent racontée à travers les personnalités de Donald Trump et de Xi Jinping. Cette lecture est trop courte. La rivalité plonge ses racines dans la crise économique américaine des années 1970.

À cette époque, les investissements réalisés aux États-Unis rapportent moins. Le taux de profit recule. Une partie du capital américain cherche alors de nouveaux débouchés à l’étranger. Washington accompagne ce mouvement par la dérégulation financière, le libre-échange et les privatisations.

La mondialisation n’est donc pas seulement une hausse des échanges. Elle repose aussi sur des choix politiques. Les capitaux circulent davantage. Les entreprises répartissent leur production entre plusieurs pays. Les règles commerciales et financières s’organisent autour d’une puissance centrale : les États-Unis.

Ce système permet aux multinationales de réduire leurs coûts. Il exerce aussi une pression sur les salariés. Les salaires progressent moins vite, tandis que les ménages américains compensent en partie par l’endettement. Les importations à bas prix soutiennent leur consommation.

Cette organisation profite d’abord aux entreprises capables de produire et d’investir à l’échelle mondiale. Elle est moins favorable aux travailleurs des secteurs exposés à la concurrence internationale. Elle fragilise également les États qui dépendent des décisions prises par les marchés et les grandes firmes.

La Chine, d’atelier du monde à puissance technologique

La Chine entre dans cette mondialisation avec un rôle précis : fournir une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse. À partir des réformes engagées sous Deng Xiaoping, le pays ouvre progressivement son économie au capital étranger et s’intègre aux chaînes de valeur mondiales.

Une chaîne de valeur mondiale répartit les étapes de production entre plusieurs pays. Les entreprises occidentales conservent souvent la conception, la marque et la commercialisation. La Chine prend en charge une partie de la fabrication, d’abord dans les segments les moins rentables.

Cette division devait maintenir Pékin dans une position subordonnée. Elle a produit l’effet inverse. En accueillant les entreprises étrangères, la Chine a accumulé des compétences, développé ses infrastructures et renforcé ses capacités industrielles.

Le transfert de technologies n’a toutefois pas répondu à toutes les attentes chinoises. Pékin a donc misé sur une politique industrielle plus dirigée. Dès le milieu des années 2000, l’État soutient fortement la recherche, les secteurs stratégiques et la montée en gamme des entreprises nationales.

Cette stratégie s’éloigne du modèle libéral classique. Elle combine planification, financement public et concurrence entre groupes. Ses résultats sont visibles dans les télécommunications, les véhicules électriques, les batteries, les énergies renouvelables et plusieurs technologies numériques.

Les grands groupes chinois bénéficient de moyens financiers et d’un vaste marché intérieur. En revanche, les entreprises étrangères doivent composer avec un accès plus encadré au marché chinois et avec une concurrence soutenue par les politiques publiques.

Le véritable enjeu : contrôler les infrastructures

La confrontation ne porte pas uniquement sur les droits de douane ou les usines. Elle concerne aussi les infrastructures qui organisent les échanges : ports, chemins de fer, réseaux numériques, normes techniques, systèmes de paiement et monnaies.

Les États-Unis disposent encore d’un avantage majeur grâce au dollar. Cette monnaie reste la principale devise des réserves de change mondiales. D’après les données du Fonds monétaire international sur les réserves officielles, le dollar représentait 56,92 % des réserves déclarées au troisième trimestre 2025. Le renminbi chinois pesait 1,93 %.

Cette domination crée un effet de réseau. Plus une monnaie est utilisée, plus elle devient utile pour les banques, les entreprises et les États. La remplacer demande donc davantage qu’une décision politique. Il faut proposer des marchés financiers profonds, des institutions fiables et des mécanismes de paiement largement acceptés.

La Chine avance sur un autre terrain. Elle finance des infrastructures dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. La Banque mondiale souligne que les projets chinois ont pris une place importante dans le financement des infrastructures des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Pour les pays bénéficiaires, ces financements peuvent répondre à un besoin concret : construire une route, un port ou une centrale lorsque les investisseurs occidentaux jugent le rendement insuffisant. Mais ils peuvent aussi accroître la dépendance financière et politique envers Pékin.

La Chine propose ainsi un modèle différent. Elle ne cherche pas nécessairement à supprimer le marché mondial. Elle veut davantage peser sur les règles, les normes et les réseaux qui le structurent.

Trump, symptôme d’un système sous tension

Dans cette lecture, Donald Trump n’est pas l’origine de la crise. Il en est plutôt l’un des symptômes. Les tensions commerciales avec la Chine se sont renforcées avant son retour au pouvoir. Elles répondent à une inquiétude américaine : la Chine ne se contente plus de produire à bas coût. Elle devient une concurrente technologique et industrielle.

Les droits de douane, les restrictions sur les technologies sensibles et les contrôles à l’exportation cherchent à ralentir cette progression. Ils protègent certains producteurs américains. En revanche, ils renchérissent parfois les coûts pour les entreprises qui dépendent encore des composants chinois.

La Chine, de son côté, cherche à réduire sa vulnérabilité. Elle diversifie ses débouchés, soutient ses entreprises nationales et développe des circuits de paiement moins dépendants du dollar. La progression reste limitée sur le plan monétaire, mais la stratégie est durable.

Le risque est celui d’un découplage partiel. Les deux économies ne peuvent pas rompre brutalement leurs relations sans provoquer de fortes perturbations. Elles peuvent cependant séparer progressivement leurs secteurs stratégiques : semi-conducteurs, intelligence artificielle, télécommunications, énergie et défense.

L’Europe entre dépendance et réarmement

L’Europe se trouve au centre de cette rivalité sans disposer d’un poids comparable. Elle dépend des États-Unis pour une partie de sa sécurité, de la Chine pour certains approvisionnements et du marché mondial pour ses exportations.

Le choix européen consiste pour l’instant à renforcer sa compétitivité et sa défense. Le rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité de l’Union européenne préconise notamment davantage d’investissements dans les technologies, la recherche, les infrastructures et l’industrie. Le Centre commun de recherche de la Commission européenne estime que l’Union doit combler ses écarts avec les États-Unis et la Chine.

Sur le plan militaire, les Européens ont accepté un effort inédit dans le cadre de l’Otan. Au sommet de La Haye, en juin 2025, les Alliés ont fixé un objectif de 5 % du produit intérieur brut consacré à la défense et à la sécurité d’ici 2035. Ce montant comprend au moins 3,5 % pour les besoins militaires centraux et jusqu’à 1,5 % pour les infrastructures, les réseaux et la base industrielle de défense, selon l’Otan.

Pour Washington, cette décision répartit davantage le coût de la sécurité transatlantique. Pour les gouvernements européens, elle répond à la menace russe et à l’incertitude américaine. Pour les citoyens, elle implique des arbitrages budgétaires. Chaque euro consacré à la défense ne peut pas être utilisé de la même manière pour les services publics, la transition écologique ou la réduction de la dette.

L’Europe doit donc choisir ce qu’elle veut protéger et avec quels moyens. Une simple libéralisation des échanges ne suffira pas à garantir son autonomie. Mais une rupture complète avec les États-Unis ou la Chine serait économiquement coûteuse et politiquement difficile.

Les prochains rapports de force à surveiller

La suite se jouera sur plusieurs fronts. Il faudra observer l’application concrète du nouvel objectif de dépenses de l’Otan, la mise en œuvre des investissements européens et l’évolution des contrôles sur les technologies avancées.

Il faudra aussi suivre la place du dollar dans les réserves mondiales et la capacité de la Chine à imposer ses normes, ses infrastructures et ses systèmes de paiement. Enfin, les décisions européennes sur les aides industrielles et les marchés publics diront si l’Union reste principalement un marché ouvert aux autres puissances ou si elle devient un acteur stratégique à part entière.

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