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POLITIQUE LOCALE L’héritage d’un élu breton

Après Charles Josselin, ce que son parcours laisse aux Côtes-d’Armor et à la politique bretonne

Mort à 88 ans, Charles Josselin laisse une empreinte durable dans les Côtes-d’Armor. Député, ministre et président du conseil général, il a défendu la décentralisation et le littoral breton.

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En bref

Décédé à 88 ans, Charles Josselin a occupé des fonctions majeures dans les Côtes-d’Armor et au gouvernement. Député, maire, sénateur et président du conseil général, il a aussi joué un rôle dans le combat judiciaire mené après le naufrage de l’Amoco Cadiz. Son parcours relie ancrage local, décentralisation et responsabilités nationales.

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Que reste-t-il d’un élu quand il a quitté les palais ministériels depuis longtemps ? Dans les Côtes-d’Armor, le nom de Charles Josselin renvoie encore à une génération de responsables qui ont profondément transformé leur territoire.

L’ancien député, ministre et président du conseil général des Côtes-d’Armor est décédé dans la nuit du lundi 31 août au mardi 1er septembre 2026, à l’âge de 88 ans. Né le 31 mars 1938 à Pleslin-Trigavou, il a construit toute sa carrière entre son ancrage local et ses responsabilités nationales.

Un élu local devenu figure nationale

Charles Josselin commence par des études de droit, puis obtient un diplôme de Sciences Po Paris. Avant d’entrer en politique, il travaille comme économiste à la Société centrale pour l’équipement du territoire, de 1968 à 1973.

Il rejoint le Parti socialiste en 1971, l’année où François Mitterrand prend la tête du parti lors du congrès d’Épinay. Deux ans plus tard, il est élu député des Côtes-du-Nord, l’ancien nom du département. Il bat alors René Pleven de 51 voix. Cette victoire met fin à la carrière parlementaire d’une figure historique du centrisme breton.

À 35 ans, Charles Josselin devient ainsi le député de la circonscription de Dinan. Il conservera ce mandat pendant plusieurs législatures, avec des interruptions liées à ses entrées au gouvernement.

En 1976, il prend la présidence du conseil général des Côtes-du-Nord. Il dirige cette collectivité pendant 21 ans, jusqu’en 1997, avec des périodes d’interruption lorsqu’il exerce des fonctions ministérielles.

Cette fonction constitue le centre de gravité de son parcours. Charles Josselin défend une conception ambitieuse de la décentralisation. Pour lui, les départements ne doivent pas seulement gérer l’aide sociale ou les infrastructures. Ils doivent aussi porter une vision politique et économique de leur territoire.

L’Amoco Cadiz, un combat au-delà des clivages

Son nom reste également associé à l’un des plus longs combats judiciaires de l’histoire environnementale française. Le 16 mars 1978, le pétrolier Amoco Cadiz s’échoue au large de Portsall, dans le Finistère. La marée noire souille des centaines de kilomètres de côtes bretonnes.

Face au groupe pétrolier américain Amoco, les collectivités sinistrées doivent agir ensemble. Charles Josselin s’allie notamment au maire de Ploudalmézeau, Alphonse Arzel, et à Jean-Baptiste Henry. En 1980, ils participent à la création d’un syndicat destiné à défendre les intérêts des communes touchées. Cette structure deviendra ensuite Vigipol.

Le dossier dépasse rapidement le simple contentieux financier. Les élus bretons veulent faire reconnaître la responsabilité de la maison mère américaine, et pas seulement celle d’une filiale. Ils cherchent aussi à faire entendre les pertes subies par les communes, les professionnels de la mer, les agriculteurs, les commerçants et les acteurs du tourisme.

Le procès se déroule aux États-Unis et s’étend sur quatorze ans. En 1992, les indemnisations sont fixées à 1,257 milliard de francs, dont 226 millions pour le syndicat mixte. Le jugement contribue à faire progresser le principe du pollueur-payeur, selon lequel le responsable d’une pollution doit financer la réparation des dommages.

Cette bataille illustre une méthode que Charles Josselin revendiquera ensuite : unir des élus de sensibilités différentes autour d’un intérêt commun. Les communes littorales, souvent dépourvues de moyens juridiques et financiers comparables à ceux d’un grand groupe international, ont ainsi pu peser davantage.

Trois passages au gouvernement

L’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, ouvre à Charles Josselin les portes de l’exécutif. Il devient secrétaire d’État chargé des Transports dans le gouvernement de Laurent Fabius, de novembre 1985 à mars 1986.

Il retrouve ensuite le gouvernement en avril 1992, comme secrétaire d’État chargé de la Mer auprès du ministre de l’Équipement, du Logement et des Transports. Il succède à un autre responsable politique breton, Jean-Yves Le Drian. Il quitte ses fonctions après la victoire de la droite aux élections législatives de 1993.

En 1997, Lionel Jospin le nomme secrétaire d’État chargé de la Coopération. Quelques mois plus tard, il devient ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie. Il reste au gouvernement pendant toute la législature, jusqu’en mai 2002.

Son rôle consiste alors à suivre les relations de la France avec les pays partenaires, notamment en Afrique, et à défendre la place du français dans les institutions internationales. Cette responsabilité élargit son influence au-delà de la Bretagne, même si son ancrage local reste déterminant dans son identité politique.

La fiche de l’Assemblée nationale consacrée à Charles Josselin recense ses mandats de député et ses différentes fonctions gouvernementales. Il a également été maire de Pleslin-Trigavou, député européen et sénateur des Côtes-d’Armor de 2006 à 2008.

Un héritage local revendiqué

Pour ses soutiens, Charles Josselin a contribué à faire passer les Côtes-du-Nord dans une nouvelle époque politique. Le département devient officiellement les Côtes-d’Armor en 1990. Ce changement de nom visait notamment à mieux associer le territoire à son identité maritime et bretonne.

Son action ne se résume toutefois pas à une succession de mandats. Il a défendu la décentralisation, la protection du littoral et des politiques sociales plus ambitieuses. Ces priorités ont bénéficié aux collectivités et aux habitants qui dépendaient directement des services départementaux.

Mais cette influence a aussi suscité des oppositions. Comme tout responsable resté longtemps au pouvoir, il a été confronté à la concurrence d’autres élus et aux alternances politiques. Son importance dans le pays de Dinan s’est construite autant par ses victoires que par les rapports de force qu’il a traversés.

Le maire de Dinan Didier Lechien, qui avait affronté Charles Josselin aux élections législatives de 1997, a décrit un adversaire politique devenu une figure respectée. Il a également rappelé que Charles Josselin avait défendu l’idée d’un parc naturel régional autour de la Rance et de la Côte d’Émeraude, projet finalement concrétisé plusieurs années plus tard.

Des hommages venus de Bretagne et du Parti socialiste

Jean-Yves Le Drian a évoqué une « profonde tristesse ». Il a présenté Charles Josselin comme un compagnon de route politique avec lequel il partageait « un même attachement profond à la Bretagne et à son avenir ».

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a salué un « parlementaire émérite » et rendu hommage à la trace laissée par l’ancien ministre. Ces réactions insistent sur son rôle dans la gauche bretonne et sur sa longévité politique.

Le président du conseil départemental des Côtes-d’Armor, Christian Coail, a également souligné son rôle dans l’histoire du département. Il a cité son combat après l’Amoco Cadiz, son engagement socialiste et républicain, ainsi que sa défense de la francophonie.

La suite immédiate sera celle des cérémonies d’hommage et des prises de parole de ses anciens compagnons politiques. Il faudra aussi observer la manière dont les élus bretons feront vivre cet héritage, entre décentralisation, défense du littoral et identité territoriale.

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