Sécheresse en Europe : pourquoi le maïs manque déjà aux éleveurs et menace les revenus agricoles français
La sécheresse réduit fortement les récoltes de maïs en Hongrie et en France. Les éleveurs doivent acheter davantage de fourrage, tandis que l’Europe cherche des cultures et des solutions adaptées au manque d’eau.

En Hongrie comme en France, la chaleur et le manque d’eau font chuter les récoltes de maïs et fragilisent les élevages. Les agriculteurs doivent acheter davantage de fourrage, modifier leurs cultures ou investir dans l’irrigation. Ces choix alimentent le débat sur le partage de l’eau et l’avenir de l’agriculture européenne.
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Que se passe-t-il quand une région agricole n’arrive plus à produire l’aliment qui faisait sa réputation ? En Hongrie, le maïs pourrait manquer dès 2026. En France, des éleveurs doivent déjà acheter ce qu’ils récoltaient auparavant eux-mêmes.
La sécheresse change la carte du maïs européen
Pendant des décennies, la Hongrie a produit assez de maïs pour alimenter son élevage et vendre une partie de ses récoltes à ses voisins. Elle figurait parmi les grands producteurs de l’Union européenne, avec la France, la Roumanie et la Pologne.
Le scénario attendu pour 2026 marque donc un basculement. La Hongrie pourrait devenir importatrice nette de maïs. Autrement dit, elle achèterait davantage de maïs à l’étranger qu’elle n’en vendrait.
La cause principale est désormais bien identifiée : la combinaison de sécheresses répétées, de températures extrêmes et d’un manque d’eau durable. Les cultures souffrent particulièrement pendant la floraison et la formation des grains. À ce moment-là, quelques jours de chaleur intense peuvent réduire fortement le rendement.
Le phénomène ne concerne pas seulement la Hongrie. Le bulletin agricole du Centre commun de recherche de la Commission européenne signale des effets sévères en France, en Roumanie occidentale, en Autriche, en Slovaquie, en Tchéquie et dans plusieurs régions d’Italie. Le manque d’eau disponible pour irriguer a aggravé les dégâts dans certains territoires. Le bulletin européen sur les récoltes de maïs en 2026 évoque des baisses de rendement pouvant devenir très importantes localement.
En Hongrie, certains agriculteurs commencent déjà à remplacer le maïs par le tournesol. Cette culture résiste mieux à certaines conditions sèches. Mais ce changement n’est pas neutre : il modifie les revenus, les débouchés et l’alimentation des élevages.
Une récolte française au plus bas depuis 1980
La France n’échappe pas à cette dégradation. Selon les estimations 2026 d’Agreste, la récolte de maïs grain, semences comprises, atteindrait 9 millions de tonnes.
Ce serait le niveau le plus faible depuis 1980. La baisse atteindrait 35 % sur un an. Elle s’explique par la diminution des surfaces cultivées, mais aussi par un rendement moyen estimé à 70,3 quintaux par hectare.
Le maïs fourrager est lui aussi touché. Sa production devrait reculer de 26,7 % par rapport à 2025. Les prairies ont également moins poussé. Fin juillet, leur production cumulée était inférieure de 30 % à sa moyenne de référence.
Ces chiffres ont une conséquence directe pour les éleveurs. Une grande partie du maïs européen sert à nourrir les bovins, les porcs et les volailles. Quand la récolte baisse, les exploitations doivent acheter davantage de fourrage ou de céréales.
Dans le Loiret, Romain Deroué, éleveur de vaches laitières, explique n’avoir « rien récolté du tout » en 2026. Il a dû acheter du maïs à un voisin équipé pour irriguer ses parcelles. Cette dépense réduit directement la marge de son exploitation. Dans son cas, l’achat de nourriture pour les vaches a déjà absorbé la marge espérée grâce à la vente du lait.
La situation pénalise donc d’abord les élevages qui produisent habituellement leur alimentation. Les exploitations disposant d’irrigation ou de réserves suffisantes peuvent mieux amortir le choc. Les autres doivent acheter au moment où les prix et la demande peuvent augmenter.
Du champ à l’économie, une facture qui s’élargit
La sécheresse ne réduit pas seulement les volumes disponibles. Elle augmente aussi les coûts de production. Un éleveur qui achetait peu de maïs doit désormais payer un fournisseur. Une ferme céréalière peut, elle, perdre une partie de son chiffre d’affaires tout en conservant ses charges fixes.
Cette différence est importante entre les exploitations. Les grandes structures disposent parfois de capacités de stockage, de contrats d’achat ou d’équipements d’irrigation. Les plus petites ont moins de possibilités pour répartir le risque.
Les territoires sont également inégaux. Une parcelle proche d’une ressource en eau ne se trouve pas dans la même situation qu’une prairie dépendante de la pluie. Pourtant, l’irrigation n’est possible que si la ressource reste disponible et si les restrictions préfectorales l’autorisent.
Le ministère de l’Économie a estimé que les vagues de chaleur de 2026 pourraient retirer 0,1 point à la croissance française. La valeur ajoutée de l’agriculture pourrait reculer d’environ 8 %. Le bilan de la Direction générale du Trésor sur les vagues de chaleur souligne que l’agriculture est le secteur le plus directement exposé.
Les pertes ne concernent pas uniquement le maïs. Les fruits, les légumes, les fourrages et l’élevage sont eux aussi affectés. Pour les consommateurs, l’effet peut être indirect : davantage d’importations, des coûts d’alimentation animale plus élevés et une pression supplémentaire sur les prix agricoles.
Changer de culture ou sécuriser l’eau ?
La crise pousse les agriculteurs à revoir leurs choix. Les solutions étudiées sont connues : variétés plus résistantes à la chaleur, semis adaptés, sols mieux couverts, diversification des cultures et remplacement partiel du maïs par le tournesol ou le sorgho.
En Occitanie, les premières estimations montrent déjà un recul de 25 % des surfaces de maïs grain, tandis que les surfaces de tournesol progressent. La note de conjoncture agricole régionale relie cette évolution aux rendements attendus, aux prix et au risque de manque d’eau.
Le gouvernement défend aussi les investissements hydrauliques et les dispositifs d’aide d’urgence. L’objectif est de soutenir la trésorerie des exploitations et de financer leur adaptation.
Les organisations agricoles insistent sur la nécessité de sécuriser la production. Elles mettent en avant l’irrigation, le stockage de l’eau et la recherche variétale. Leur position bénéficie directement aux exploitations qui dépendent des cultures estivales et aux filières d’élevage qui ont besoin de fourrage régulier.
Les associations environnementales contestent toutefois l’idée selon laquelle l’irrigation pourrait suffire. Elles rappellent que les retenues et les prélèvements peuvent créer des conflits entre agriculture, eau potable, milieux naturels et autres usages. Les analyses de Greenpeace France sur la gestion de l’eau agricole défendent une réduction de la dépendance aux cultures très consommatrices d’eau, plutôt qu’une simple augmentation des capacités de prélèvement.
La Commission européenne présente une approche plus large. Elle met en avant la gestion économe de l’eau, la diversification, l’amélioration des sols et l’accompagnement financier des agriculteurs. Son étude sur la résilience des exploitations considère le changement climatique comme le principal facteur d’adaptation des systèmes agricoles européens.
Le prochain enjeu : produire avec moins d’eau
Le basculement annoncé en Hongrie dépasse donc le seul marché du maïs. Il révèle la fragilité d’un modèle agricole construit sur des rendements réguliers et une disponibilité de l’eau devenue moins prévisible.
Dans les prochaines semaines, les récoltes françaises et européennes permettront de préciser l’ampleur des pertes. Il faudra aussi suivre les mesures budgétaires consacrées à l’adaptation, les restrictions d’irrigation et les décisions des agriculteurs pour les semis de 2027.
La question ne sera plus seulement de savoir combien de maïs l’Europe peut produire. Elle sera de déterminer quelles cultures restent compatibles avec les ressources en eau de chaque territoire, et qui supportera le coût de cette transition.



