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ANALYSES & OPINIONS La laïcité sous tension

Interdiction du voile : ce que le projet du RN changerait concrètement pour les femmes et la liberté religieuse

Le RN veut soumettre à référendum l’interdiction du hijab dans l’espace public en 2027. Entre droit, laïcité et liberté religieuse, la mesure soulève de nombreuses questions concrètes.

Commission parlementaire française réunissant des participants anonymes autour de la liberté religieuse et de la laïcité
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En bref

Le Rassemblement national souhaite interdire le hijab dans l’espace public et soumettre cette mesure à référendum après une éventuelle victoire en 2027. Le projet viserait les rues, les transports et les lieux ouverts au public, contrairement aux règles actuelles, limitées notamment à l’école ou au voile intégral.

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Une femme portant un foulard pourrait-elle bientôt recevoir une amende simplement en sortant dans la rue ? C’est la perspective ouverte par le Rassemblement national, qui veut soumettre l’interdiction du voile islamique dans l’espace public à référendum en cas de victoire à la présidentielle de 2027.

Un débat qui dépasse largement la question d’un vêtement

Le sujet est revenu au premier plan les 30 et 31 août 2026. Plusieurs responsables du RN ont confirmé que le parti voulait interdire le port du hijab, un foulard qui laisse le visage visible, dans l’ensemble de l’espace public.

Jordan Bardella a présenté cette mesure comme un moyen de lutter contre « l’idéologie islamiste ». Le député Sébastien Chenu a défendu la même logique. Selon lui, le voile pourrait être considéré comme un « mode d’expression » et un « symbole de l’islam radical », qu’il soit porté sous la contrainte ou par choix.

Le RN promet toutefois de consulter les Français. Cette précaution vise à donner une légitimité populaire à une mesure qui se heurterait probablement aux principes constitutionnels et européens protégeant la liberté religieuse.

La proposition n’est pas nouvelle. Marine Le Pen la défend depuis sa campagne présidentielle de 2012. Elle avait déjà envisagé une interdiction générale des signes religieux considérés comme ostensibles dans l’espace public.

Le débat reste néanmoins juridiquement incertain. Un référendum ne permet pas automatiquement de contourner la Constitution. Selon la procédure choisie, le Conseil constitutionnel pourrait être amené à examiner le texte et sa compatibilité avec les libertés garanties par la République.

Ce que la loi française interdit déjà

La France ne laisse pas les signes religieux totalement en dehors du droit. Mais les règles varient selon les lieux et les personnes concernées.

Depuis la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école, les élèves des écoles, collèges et lycées publics ne peuvent pas porter de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. Le foulard islamique est concerné, comme la kippa ou une croix de grande taille.

Cette règle s’applique aux élèves. Elle ne concerne pas les parents accompagnateurs ni les usagers ordinaires des services publics. Les agents publics, eux, doivent respecter une obligation de neutralité. Ils ne peuvent pas afficher leurs convictions religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

En 2023, le gouvernement a également interdit l’abaya dans les établissements scolaires publics. Cette robe longue n’est pas systématiquement religieuse. Mais l’exécutif a estimé que son port pouvait constituer une manifestation religieuse dans le contexte scolaire.

La loi du 11 octobre 2010 vise une autre tenue. Elle interdit de dissimuler son visage dans l’espace public, c’est-à-dire dans la rue, les lieux ouverts au public et les services publics. Elle concerne notamment le niqab et la burqa, mais pas le simple foulard qui laisse le visage visible. Le texte prévoit une amende et un stage de citoyenneté.

Cette interdiction ne repose pas directement sur la laïcité. Elle s’appuie sur la sécurité, l’identification des personnes et les « exigences minimales de la vie en société ».

Pourquoi la France se distingue de ses voisins

Plusieurs pays européens ont interdit le voile intégral. La Belgique, l’Autriche, le Danemark, la Suisse et le Portugal ont adopté des règles comparables. Certaines régions ou communes d’Espagne et d’Italie ont aussi limité le port de signes religieux dans les écoles ou les services publics.

Ces interdictions portent toutefois principalement sur la dissimulation du visage. Elles ne visent pas, à l’échelle nationale, le foulard laissant le visage découvert.

En Allemagne, plusieurs Länder ont tenté d’interdire le voile aux enseignantes. La Cour constitutionnelle a cependant rappelé que de telles restrictions devaient être justifiées par un risque concret pour la neutralité de l’école ou l’ordre public.

La France occupe donc une position particulière. Elle encadre déjà fortement les signes religieux à l’école, dans le sport représentant la nation et chez les agents publics. Elle reste pourtant l’un des rares pays européens où un parti majeur propose d’aller jusqu’à l’interdiction générale du hijab dans la rue.

La Cour européenne des droits de l’homme a validé en 2014 l’interdiction française de dissimuler son visage. Mais cette décision portait sur le voile intégral. Elle ne constitue pas un feu vert général à l’interdiction de tous les signes religieux visibles.

Une pratique minoritaire, mais davantage visible

Le port du voile concerne une minorité de femmes musulmanes. Il est néanmoins devenu plus visible dans l’espace public français, ce qui nourrit les tensions politiques.

Selon l’enquête Trajectoires et Origines menée par l’Insee et l’Ined en 2019-2020, 26 % des femmes musulmanes âgées de 18 à 49 ans déclarent porter un voile. Elles étaient 18 % lors de la précédente enquête, en 2008-2009.

La situation varie fortement selon les parcours. Le voile est déclaré par 36 % des femmes musulmanes immigrées, contre 17 % des descendantes d’immigrés. La proportion atteint 46 % chez les immigrées originaires de Turquie ou du Moyen-Orient.

Ces chiffres ne permettent pas de déduire les motivations individuelles. Certaines femmes évoquent une conviction religieuse. D’autres parlent d’identité, de pudeur, de choix personnel ou de pression familiale. Les situations ne peuvent donc pas être résumées par une seule explication.

C’est le point central de la controverse. Le RN présente le voile comme un signe politique lié à l’islamisme. Ses opposants répondent qu’une interdiction générale punirait aussi des femmes qui ne revendiquent aucune organisation radicale.

Qui serait concrètement concerné ?

Une interdiction dans l’espace public toucherait les rues, les transports, les commerces et les lieux ouverts au public. Elle s’appliquerait donc bien au-delà de l’école et des administrations.

Les conséquences seraient d’abord directes pour les femmes portant le foulard. Elles devraient choisir entre retirer leur voile, limiter leurs déplacements ou s’exposer à une sanction financière. Les employeurs, les commerçants et les forces de l’ordre devraient aussi déterminer ce qui relève d’un signe religieux interdit.

Cette mise en œuvre poserait une difficulté pratique. Comment distinguer un foulard religieux d’un couvre-chef ordinaire ? Comment identifier l’intention de la personne ? Une loi ciblant spécifiquement le hijab devrait également expliquer pourquoi un vêtement couvrant les cheveux serait interdit lorsqu’un autre signe religieux resterait autorisé.

Les grandes organisations religieuses ne sont pas les seules concernées. Les associations de défense des droits, les collectivités locales et les services de police devraient gérer les contrôles, les contestations et les éventuels refus d’obtempérer.

Une bataille politique autant que juridique

Le RN affirme vouloir protéger les femmes et combattre l’influence islamiste. Cette position peut séduire des électeurs qui associent le voile à une pression sociale ou à une remise en cause de l’égalité entre les sexes.

Ses adversaires soulignent toutefois le risque de confondre une pratique religieuse, parfois choisie, avec une entreprise politique clandestine. Ils redoutent aussi une mesure discriminatoire visant principalement des femmes musulmanes dans leur vie quotidienne.

Le débat ne se limite plus à l’extrême droite. Des responsables de droite et du centre ont défendu des restrictions à l’école. À gauche, certains élus souhaitent interdire le voile imposé aux mineures, tout en refusant une interdiction générale. Les divergences portent donc autant sur le périmètre de la loi que sur son principe.

Pour le RN, le sujet permet aussi de contraindre les autres partis à se positionner. Il replace l’immigration, l’islam et la laïcité au centre de la campagne présidentielle avant même l’ouverture officielle du scrutin.

Les prochaines étapes à surveiller

Le premier enjeu sera de connaître le contenu exact du projet. Le parti devra préciser les sanctions, le champ de l’interdiction et la procédure référendaire envisagée.

Il faudra ensuite observer la réaction du Conseil constitutionnel, des juridictions européennes et des formations politiques. Le débat portera notamment sur l’équilibre entre liberté religieuse, égalité entre les femmes et les hommes, ordre public et principe de laïcité.

Enfin, les prochains sondages devront être interprétés avec prudence. Une majorité favorable à une interdiction ne règle ni sa faisabilité juridique ni ses conséquences concrètes. Entre une question posée dans une enquête et l’application quotidienne d’une loi, l’écart peut être considérable.

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