Après l’attentat de Trappes, l’absence d’un appel officiel interroge la place accordée aux familles endeuillées
Le père de Pengo Bossio Wangi affirme n’avoir reçu aucun appel du gouvernement depuis la mort de son fils à Trappes. L’affaire soulève une question de cohérence sur la manière dont l’État accompagne les familles après un attentat.

Après la mort de Pengo Bossio Wangi, tué lors de l’attentat raciste de Trappes, son père dit n’avoir reçu aucun appel d’un membre du gouvernement. La présidence invoque la discrétion de ses échanges avec les proches, tandis que des précédents publics nourrissent l’attente d’un accompagnement comparable. L’enjeu porte à la fois sur la reconnaissance humaine et sur l’aide concrète aux familles.
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Après un attentat raciste, que représente un appel de l’État pour une famille endeuillée ? Pour le père de Pengo Bossio Wangi, tué à 26 ans à Trappes le 23 octobre 2026, cette marque de soutien manque toujours, affirme son avocate.
Sa démarche pose une question politique précise : comment rendre visible la solidarité nationale sans confondre communication publique, soutien personnel et droits des victimes ?
Un père attend des condoléances, l’Élysée invoque la discrétion
Lundi 2 novembre, Zineb Alami a expliqué que son client, Bolema Bossio Wangi, se disait « peiné ». Il espérait un appel du gouvernement pour lui présenter des condoléances. « Ça n’a pas été fait », a-t-elle déclaré.
Le lendemain, l’avocate a réaffirmé que le père du jeune homme n’avait eu aucun contact avec un membre du gouvernement depuis la mort de son fils. Cette affirmation concerne son client. Elle ne permet pas de conclure que tous les proches ont vécu la même situation.
Yassine Bouzrou, qui représente d’autres membres de la famille, n’a pas précisé si ses clients avaient reçu un appel. Cette distinction compte : les démarches éventuelles auprès d’un proche ne renseignent pas automatiquement sur les échanges avec les autres.
De son côté, l’entourage d’Emmanuel Macron assure que le président « prend soin des familles des victimes dans ce genre de cas ». Il refuse toutefois de préciser si un contact a eu lieu ou si une démarche est prévue, affirmant ne « jamais communiquer » sur ces sujets.
Les cabinets ministériels sollicités n’ont pas apporté de réponse sur le fond, certains renvoyant vers Matignon. L’équipe de Sébastien Lecornu n’avait pas davantage répondu aux demandes rapportées mardi 3 novembre. Cette absence de précision laisse donc entière la question soulevée par l’avocate.
Une condamnation publique ne remplace pas un échange personnel
L’exécutif a bien pris position publiquement sur l’attaque. Dès le 23 octobre, Emmanuel Macron a dénoncé un attentat terroriste raciste, visant des personnes pour leur couleur de peau ou leur religion supposée, comme le rapporte le compte rendu des premières réactions officielles.
Mais condamner un crime devant le pays et appeler un père endeuillé répondent à deux besoins différents. Le premier geste fixe une position politique. Le second apporte une reconnaissance personnelle. La demande de Bolema Bossio Wangi porte sur ce deuxième registre.
Le parcours du jeune homme rappelle aussi ce que le crime a interrompu. Combattant amateur de MMA, Pengo Bossio Wangi s’entraînait à Aubervilliers. Son club a salué sa générosité et son énergie dans les hommages consacrés à sa vie et à son engagement sportif.
Par ailleurs, un hommage national a été annoncé le 28 octobre, selon les informations sur la reconnaissance nationale des victimes de Trappes. Cette annonce ne répond pas, à elle seule, à la demande de contact formulée par le père.
Des précédents qui nourrissent une attente d’égalité
La présidence a déjà rendu publics des échanges avec des familles endeuillées. En octobre 2020, Emmanuel Macron a reçu les proches de Samuel Paty. En avril 2022, ses services ont appelé les parents de Jérémy Cohen, mort après avoir été agressé puis percuté par un tramway.
En octobre 2022, le président a également reçu les parents de Lola. En mai 2024, il a accueilli les familles des deux agents pénitentiaires tués lors de l’attaque de leur fourgon dans l’Eure. Ces affaires diffèrent par leur nature et leur contexte. Elles montrent néanmoins que l’Élysée communique parfois sur ce soutien.
Deux intérêts apparaissent ici. La famille cherche une marque explicite de considération. La présidence défend la confidentialité des relations avec les proches. Ces objectifs peuvent coexister : un échange privé n’impose pas une annonce publique. En revanche, invoquer la discrétion ne permet pas de savoir si cet échange existe.
Il faut donc distinguer le constat et son interprétation. L’avocate rapporte une absence de contact avec son client. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir les motivations de l’exécutif, ni d’attribuer cette absence au caractère raciste du crime.
Au-delà des symboles, des besoins très concrets
Le soutien ne se limite pas aux condoléances. Après un attentat, les proches doivent aussi affronter le deuil, les démarches administratives et les conséquences financières. Les victimes blessées ont, elles, des besoins médicaux et parfois une activité professionnelle interrompue.
Le dispositif d’indemnisation des victimes du terrorisme prévoit l’intervention du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions, le FGTI. Pour un attentat commis en France, la nationalité ne conditionne pas l’accès à cette indemnisation. Certains proches d’une personne décédée peuvent également obtenir réparation.
Les besoins diffèrent donc entre un parent endeuillé, une personne hospitalisée et un témoin traumatisé. Le dispositif public prévoit aussi, sous conditions, une prise en charge des soins psychiatriques des proches, détaillée dans les droits des victimes et des familles après un acte terroriste. Aucun appel présidentiel ne remplace ces garanties ; aucune indemnisation ne remplace une reconnaissance humaine.
Cette affaire s’inscrit enfin dans un contexte plus large. En 2025, police et gendarmerie ont enregistré plus de 16 400 infractions racistes, xénophobes ou antireligieuses, dont 9 700 crimes ou délits, selon les statistiques officielles sur les atteintes à caractère raciste. Ces catégories regroupent des faits de gravité très différente, sans équivalence avec un attentat.
Dans les prochains jours, deux points permettront de mesurer la réponse publique : les précisions sur l’hommage national annoncé et une éventuelle clarification du soutien apporté au père. Sans préjuger des échanges privés, c’est sur ces engagements concrets que porte désormais l’attention.



