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ACTUALITé NATIONALE

Parcoursup : changer de philosophie avant l’outil

Près de 94 % des néo-bacheliers inscrits sur Parcoursup ont reçu au moins une proposition d’admission en 2026, mais seuls 81 % en ont accepté une. Au lendemain de l’annonce du remplacement de la plateforme pour la session 2028, ces chiffres rappellent que supprimer Parcoursup, qui n’est qu’un outil, ne sera pas une solution miracle. Tant que le système permet à chacun de candidater dans toutes les filières sans l’aider à trouver le chemin le plus adapté à ses ambitions, à ses capacités et à la réalité du marché du travail, l’écart entre une offre et un choix persistera.

Un professeur principal échange avec des lycéens réunis autour d’une table dans une salle de classe, pour parler de leur orientation.
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En bref

En 2026, 93,7 % des néo-bacheliers ayant candidaté ont reçu une proposition, mais seuls 81 % en ont accepté une, avec des résultats moins favorables aux bacheliers professionnels. Le remplacement de Parcoursup annoncé pour 2028 ne suffira pas : le manque d’accompagnement, les délais et les inégalités d’accès à l’information pèsent aussi sur l’orientation et favorisent les choix subis.

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Sur le dossier Parcoursup, il est nécessaire de prendre de la hauteur. Les prises de position relèvent souvent davantage de l’incantation que du raisonnement, au point d’accuser le thermomètre parce qu’on a de la fièvre. La plateforme présente certes des défauts, mais elle révèle surtout les défaillances de notre système d’orientation et la misère des moyens alloués à l’enseignement supérieur. D’abord, les chiffres. Selon la note flash du SIES publiée le 27/10, parmi les 604 700 néo-bacheliers ayant confirmé au moins un vœu en phase principale, 93,7 % ont obtenu une proposition (+0,2 point en un an). 490 100 en ont accepté une, soit 5 000 de plus qu’en 2025, et le taux d’acceptation s’établit à 81 %. Attention toutefois : ce taux n’est ni un taux d’inscription définitive, ni un indice de satisfaction. Un candidat peut accepter une formation par défaut, ou y renoncer à la rentrée.

Des inégalités marquées entre voies du bac

Le nombre de candidats sans formation à l’issue de la procédure est en net recul depuis la création de Parcoursup : 118 708 en 2018, 79 153 en 2025 et 78 611 en 2026. En revanche, celui des candidats n’ayant essuyé que des refus se stabilise à un niveau élevé, autour de 26 600, après avoir bondi de 18 989 en 2024 à 26 641 en 2025. Les écarts selon la voie du bac restent nets. 89,2 % des bacheliers généraux acceptent une proposition, contre 76,4 % des technologiques et 60,4 % des professionnels.

Ces derniers formulent deux fois moins de vœux que les généraux (9,4 contre 18,8) et attendent leur première proposition 5,5 jours en moyenne, contre 2,1. Surtout, 12,5 % des bacheliers professionnels et 5,6 % des technologiques n’ont reçu aucune réponse positive en 2026, contre 1,4 % en voie générale. Dernier indicateur à surveiller : 6 % des lycéens ont refusé toutes les propositions reçues, contre 2 % en 2020.

Une philosophie plus qu’un outil

Trois traits de la procédure pèsent sur ces choix. D’abord, les notes du baccalauréat ne servent quasiment à rien : les formations sélectionnent sur les bulletins de première et de terminale, et les premières réponses arrivent début juin, avant même les épreuves écrites. Faute de peser dans l’orientation, ces épreuves anxiogènes s’apparentent davantage à un rite de passage. Ensuite, les dossiers sont bouclés trop tôt : les vœux se formulent entre janvier et mars, quand beaucoup d’élèves n’ont pas encore de projet mûri. Enfin, les réponses se font attendre.

Selon le baromètre CSA 2026 du ministère, un lycéen sur trois se dit insatisfait des délais et 82 % jugent la procédure stressante. Signe d’un choix contraint, seules 34 % des propositions reçues dès le premier jour sont acceptées. Ces délais ont un coût : de bons élèves risquent de se détourner de la procédure, pour partir étudier à l’étranger ou s’inscrire hors plateforme dans des établissements privés à la qualité pédagogique inégale.

L’orientation, angle mort du système

Le vrai chantier se situe à l’évidence en amont. Les 54 heures annuelles d’accompagnement à l’orientation prévues au lycée disparaissent souvent des emplois du temps, faute de moyens. Selon le même baromètre, plus d’un lycéen sur deux dit ne pas avoir été accompagné par son professeur principal pendant la phase d’admission, et près de huit sur dix se tournent d’abord vers leur famille, ce qui creuse les écarts sociaux. Les choix se font rarement au regard des débouchés : 41 % des candidats jugent les descriptions de formations incomplètes.

En fin de campagne, près de 73 000 places restaient vacantes, et 206 000 étudiants cherchaient à se réorienter via Parcoursup, 23 000 de plus en un an. Autant d’indices d’orientations subies plutôt que choisies. Et puis il y a le mot qui fâche : la sélection. Refusée à l’entrée de l’université, elle s’exerce ensuite avec d’autant plus de brutalité. Les taux d’échec en licence demeurent élevés, et plus encore pour celles et ceux qui ne connaissent pas les codes des filières, ne peuvent s’offrir de cours de soutien ou doivent travailler pour financer leurs études. Le débat du 28/10 à l’Assemblée nationale a surtout confirmé les clivages, entre une gauche qui réclame davantage de places et une droite qui assume la sélection. La question reste en suspens.

Un remplacement qui ne réglera pas tout

Le gouvernement a annoncé le 26/10 une refonte en deux temps. Dès la session 2027, chaque formation affichera ses critères et chaque refus sera motivé. En 2028 viendront un nouveau système d’admission et un simulateur de chances, avec 15 000 places supplémentaires, surtout en BTS et en BUT. Reste à savoir avec quels moyens. Il faudra aussi régler la question du calendrier, qui conditionne toute la suite : tant que les vœux seront arrêtés dès le mois de mars et les réponses rendues avant l’examen, le baccalauréat restera à l’écart des choix d’orientation. Au vu de ce que coûte chaque année son organisation, plusieurs dizaines de millions d’euros, il serait logique d’en attendre davantage.

Changer de plateforme sans revoir le poids de l’examen, le tempo de la procédure et les moyens consacrés à l’orientation reviendrait à changer d’emballage sans toucher au contenu.

Sources

  • Note flash SIES n° 2026-26, « Parcoursup 2026 : les propositions d’admission dans l’enseignement supérieur », MESRE, octobre 2026
  • Baromètre CSA 2026 pour le ministère de l’Enseignement supérieur
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