Épargne des ménages : qui pourra vraiment profiter du nouveau plafond du livret A et à quels financements servira-t-il ?
Le plafond du livret A doit passer de 22 950 euros à un montant compris entre 25 000 et 30 000 euros en février 2027. Le gouvernement veut aussi élargir l’usage des fonds, historiquement consacrés au logement social, aux infrastructures publiques.

Le gouvernement prévoit de relever le plafond du livret A en février 2027, de 22 950 euros à un montant compris entre 25 000 et 30 000 euros, et d’augmenter son taux. Les fonds pourraient financer davantage d’infrastructures publiques, en plus du logement social, ce qui relance le débat sur leur répartition et le coût des prêts aux bailleurs sociaux.
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Pouvoir mettre davantage d’argent à l’abri, tout en finançant des logements et des infrastructures : c’est la promesse du relèvement du plafond du livret A. Mais ses effets dépendront autant du montant épargné par chaque ménage que de la répartition des fonds collectés.
Un plafond entre 25 000 et 30 000 euros en février 2027
Sébastien Lecornu a annoncé, mardi 3 novembre 2026 à l’Assemblée nationale, une hausse du plafond du livret A pour février 2027. Aujourd’hui fixé à 22 950 euros, il devrait passer dans une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 euros. Le montant définitif reste à arrêter.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, doit préciser cet arbitrage dans les prochaines semaines. Une dernière concertation doit réunir les banques et la Caisse des dépôts, l’institution publique qui transforme une partie de cette épargne en financements de long terme.
Le gouvernement prévoit également une hausse du taux de rémunération en février, sans annoncer de chiffre. Son communiqué sur le relèvement du plafond du livret A lie cette révision à l’inflation. Il confirme aussi que le plafond actuel remonte à 2013.
Ces deux changements répondent à des besoins différents. Relever le plafond autorise des dépôts supplémentaires. Augmenter le taux améliore la rémunération des sommes déjà présentes, même sur un livret loin d’être rempli. Il faut donc distinguer la capacité d’épargne du rendement obtenu.
Un avantage différent selon l’épargne disponible
Pour un livret contenant exactement 22 950 euros, le nouveau plafond ouvrirait une possibilité de dépôt supplémentaire de 2 050 à 7 050 euros. Ce calcul dépend toutefois du montant finalement retenu et du solde réel du compte.
En effet, le plafond ne constitue pas une limite absolue au solde. Les intérêts peuvent le faire dépasser. Comme l’explique la Banque de France dans sa présentation des règles du livret A, les versements deviennent impossibles lorsque le plafond est atteint, mais le livret continue de produire des intérêts.
Les ménages disposant déjà d’une épargne importante bénéficieront donc directement de cette nouvelle marge. Ils pourront placer davantage sur un support dont les intérêts échappent à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux. En revanche, relever le plafond ne donnera aucune capacité d’épargne supplémentaire à ceux qui peinent à mettre de l’argent de côté.
La hausse du taux concernera un public plus large, mais son gain en euros restera proportionnel au capital détenu. À titre d’illustration, une augmentation de 0,1 point rapporterait 5 euros supplémentaires par an sur 5 000 euros, contre 25 euros sur 25 000 euros, à solde constant pendant une année entière. Ce n’est pas une prévision du prochain taux.
Attirer des dépôts pour financer de nouveaux besoins
L’exécutif cherche aussi à redonner de l’élan à la collecte. Selon les données de rémunération publiées par la Banque de France, le taux atteint 1,7 % depuis le 1er août 2026. Il se situait à 1,5 % entre février et juillet.
Cette remontée n’a pas suffi à installer une dynamique durable. En septembre, les retraits sur le livret A ont dépassé les dépôts de 1,52 milliard d’euros. À la fin du même mois, les livrets A et les livrets de développement durable et solidaire, ou LDDS, totalisaient 606,7 milliards d’euros, un montant stable sur un an.
Le gouvernement souhaite mobiliser cette ressource au-delà de sa mission historique de financement du logement social. Il cite la production et les réseaux d’électricité, la rénovation des réseaux d’eau, ainsi que les travaux dans les collèges et les lycées. L’objectif affiché consiste notamment à adapter les infrastructures au réchauffement climatique.
Ces orientations intéressent directement les gestionnaires de services publics et les collectivités concernées. Mais un plafond plus élevé ne garantit pas, à lui seul, une collecte supplémentaire : encore faut-il que les titulaires disposent d’argent à déposer et choisissent ce placement plutôt qu’un autre.
Le logement social au centre des arbitrages
L’argent collecté ne devient pas une enveloppe de dépenses gratuites. La Caisse des dépôts accorde notamment des prêts aux organismes HLM. Le ministère de l’Économie décrit ce circuit de financement du logement social et rappelle que les taux de ces prêts dépendent de celui du livret A.
C’est une contrepartie importante : mieux rémunérer les épargnants peut aussi renchérir les emprunts indexés sur ce taux. L’enjeu diffère donc entre le ménage qui attend un meilleur rendement et le bailleur qui finance une construction ou une rénovation.
La diversification des usages suscite également des critiques. Dans un communiqué commun consacré au financement du nucléaire par le livret A, relayé par la CGT Finances, des organisations dénoncent le risque de concurrence avec le logement social. Cette prise de position antérieure ne constitue pas une réaction à l’annonce du 3 novembre. Elle défend la priorité accordée à la construction et à la rénovation des logements.
Face à cette critique, le gouvernement présente les nouvelles missions comme complémentaires du logement social. Le désaccord porte donc sur l’affectation des ressources, pas seulement sur leur volume. Pour les locataires et les demandeurs de logement, la question concrète reste celle des financements effectivement disponibles pour les HLM.
Les décisions encore attendues
À l’Assemblée, Christophe Naegelen, chef de file des députés Liot, proposait un grand emprunt national. L’exécutif privilégie plutôt l’élargissement d’un placement existant. Les prochaines semaines doivent préciser le plafond retenu, les modalités des nouveaux financements et la place réservée au logement social. Le prochain rendez-vous pour les épargnants reste février 2027, avec deux décisions distinctes : le plafond et le taux.



