Aller au contenu
ÉLECTIONS Les ambitions à l’épreuve du droit

Le livre de Bardella promet Matignon, mais ses projets de référendum posent déjà la question des limites constitutionnelles

Dans son troisième ouvrage, Jordan Bardella présente ses ambitions gouvernementales pour 2027 et multiplie les attaques contre ses adversaires. Sa proposition de référendum sur l’immigration soulève aussi des questions sur les règles constitutionnelles et leurs effets pour les citoyens.

Un responsable politique se tient dans un atrium institutionnel, face à quelques personnes attentives, dans une scène sobre et lumineuse.
Photomontage IA · ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons

Photomontage réalisé par IA à partir d'une photo Wikimedia Commons (ManoSolo13241324, CC0).

Résumer avec une IA — Obtenez un résumé personnalisé en un clic
En bref

Jordan Bardella présente dans son troisième livre un projet pour gouverner après les élections de 2027, tout en affichant sa place aux côtés de Marine Le Pen. L’immigration et le recours au référendum figurent parmi les enjeux centraux : leur mise en œuvre dépendrait des règles constitutionnelles, des choix budgétaires et des effets concrets sur les citoyens.

Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.

Que ferait concrètement Jordan Bardella à la tête du gouvernement ? Avec Gouverner, le président du Rassemblement national cherche à répondre à cette question, tout en installant son image de futur Premier ministre.

Publié le 4 novembre 2026 chez Fayard, ce troisième ouvrage en deux ans mêle confidences, attaques politiques et orientations programmatiques. Mais derrière le récit personnel, un enjeu domine : transformer une candidature au pouvoir en capacité à l’exercer.

Un livre pour Matignon, avec l’Élysée en arrière-plan

La trajectoire éditoriale suit une progression claire. Après Ce que je cherche, paru en novembre 2024, puis Ce que veulent les Français, en octobre 2025, Bardella passe à la projection gouvernementale. La présentation de Gouverner par son éditeur annonce 288 pages, entre journal politique et programme pour 2027.

Le contexte a toutefois changé pendant sa préparation. La décision de la cour d’appel de Paris, le 7 juillet 2026, a permis à Marine Le Pen de se porter candidate à la présidentielle. Bardella, qui envisageait de briguer lui-même l’Élysée, se projette désormais à Matignon.

Cette réorientation affleure dans le texte. Il reconnaît « avoir peut-être accusé le coup » après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen. Puis il réaffirme sa place : « L’aider à gagner cette campagne est ma responsabilité. »

Politiquement, cette répartition sert les deux dirigeants. Marine Le Pen conserve la candidature présidentielle. Bardella construit une stature gouvernementale sans ouvrir une compétition publique pour la direction du camp nationaliste. Pour les électeurs, le livre présente donc autant un homme qu’un partage des rôles.

Immigration, services publics, Europe : une ambition transversale

L’immigration occupe une place importante, avec un projet de référendum. Mais l’ouvrage aborde aussi la sécurité, la santé, l’école, l’agriculture, le logement et l’Europe. Bardella cherche ainsi à dépasser son image de porte-parole pour couvrir les responsabilités d’un chef de gouvernement.

Le chapitre international s’accompagne d’une formule : « Le rôle géopolitique de la France est d’être l’interface du monde qui vient. » L’expression affiche une ambition. Elle ne précise cependant pas, à elle seule, les alliances, les moyens diplomatiques ou les arbitrages nécessaires.

Le registre personnel reste très présent. Bardella revient sur son enfance à Saint-Denis et évoque sa relation avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Il décrit également le sentiment d’être constamment observé. Ces passages rapprochent le lecteur du personnage, sans renseigner directement sur ses futures décisions.

En parallèle, il cible Jean-Luc Mélenchon et le bilan d’Emmanuel Macron. Édouard Philippe devient un « macroniste honoraire », Gabriel Attal un « petit Macron ». L’objectif politique est lisible : rattacher ces responsables au président sortant, plutôt que les laisser incarner une rupture.

Le référendum, un levier politique soumis au droit

La promesse référendaire mérite une attention particulière. Consulter directement les électeurs ne donne pas automatiquement au gouvernement la possibilité de modifier toutes les règles. Le périmètre du scrutin et la procédure choisie comptent autant que la question posée.

L’article 11 de la Constitution sur le référendum énumère les domaines concernés. Pour réviser la Constitution, l’article 89 prévoit une autre procédure, comprenant un vote identique de l’Assemblée nationale et du Sénat avant l’approbation finale.

Cette distinction nourrit une opposition politique documentée. En 2025, des sénateurs socialistes, dont Éric Kerrouche, ont proposé d’interdire explicitement toute révision constitutionnelle par l’article 11. Ils répondaient notamment au projet du RN d’utiliser cette voie pour inscrire la priorité nationale dans la Constitution.

Le rapport sénatorial consacré aux limites du référendum constitutionnel rappelle que la majorité des juristes considère déjà l’article 89 comme la seule voie régulière. Toutefois, la commission des lois n’a pas adopté cette proposition : elle contestait notamment son efficacité et son ciblage politique.

Le désaccord ne sépare donc pas simplement partisans et adversaires de la consultation populaire. Il porte sur les garanties institutionnelles. Le RN recherche une légitimation directe de ses réformes ; ses contradicteurs veulent empêcher le contournement des règles constitutionnelles.

Des promesses aux effets très différents selon les citoyens

Une autre question traverse cette présentation du pouvoir : qui bénéficierait des mesures, et qui en supporterait les contraintes ? La priorité nationale, évoquée dans le débat institutionnel, vise par définition à avantager les Français dans les domaines concernés. Sa contrepartie touche les étrangers auxquels ces priorités s’appliqueraient.

Pour la santé, le logement ou l’école, annoncer une orientation ne suffit pas davantage. Les effets dépendent des budgets, des personnels disponibles et des capacités locales. Un même objectif national ne répond pas mécaniquement aux difficultés d’une commune rurale, d’une grande ville ou d’un territoire où les services manquent.

Il faut donc distinguer trois niveaux : les valeurs affichées, les mesures proposées et leurs conditions d’application. C’est sur ce dernier terrain que se mesure un programme gouvernemental : financement, calendrier, bénéficiaires et conséquences pour les autres publics.

Une campagne d’image qui devra rencontrer l’épreuve des choix

Bardella convoque Napoléon et de Gaulle, mais aussi Jacques Bainville, auteur nationaliste, royaliste et antisémite. Ces références participent à sa construction d’une continuité historique. Elles appartiennent aussi au débat sur les héritages politiques que le RN choisit de mobiliser.

Une postface répond par ailleurs aux révélations concernant des messages antisémites qui lui sont attribués à 17 ans. Intitulée « Le prix de l’engagement », elle adopte le registre de la mise en cause personnelle. Cette réponse ne doit pas se confondre avec l’établissement des faits concernant ces messages.

Les prochaines semaines prolongeront cette opération politique par des déplacements et des dédicaces, comme le rapporte LCP sur la stratégie éditoriale de Jordan Bardella. À surveiller désormais : les précisions apportées au financement des propositions, à la procédure référendaire et au partage des responsabilités avec Marine Le Pen pour 2027.

Résumer avec une IA — Obtenez un résumé personnalisé en un clic

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.