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ÉLECTIONS Le pari du vote populaire

Présidentielle 2027 : le pari de Fabien Roussel pour reconquérir les salariés sans fracturer la gauche

Fabien Roussel veut faire du travail, des salaires et de la lutte contre la fraude fiscale les piliers de sa campagne. Le PCF assume une candidature autonome, tout en refusant d’attaquer les autres forces de gauche.

Usagers anonymes sur un quai de gare français, une scène de mobilité quotidienne liée au travail et au pouvoir d’achat
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En bref

Fabien Roussel a été confirmé comme candidat communiste à la présidentielle de 2027. Sa campagne mettra l’accent sur les salaires, l’indexation sur les prix, les retraites et la lutte contre la fraude fiscale. Le PCF assume une candidature séparée, malgré le risque de dispersion des voix à gauche et la faiblesse du score obtenu en 2022.

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Fabien Roussel peut-il encore convaincre les électeurs populaires alors que la gauche compte déjà plusieurs prétendants pour 2027 ? Son entourage répond par un pari simple : parler du travail, des salaires et de la fraude fiscale plutôt que régler ses comptes avec les autres candidats.

Une candidature qui veut éviter la guerre interne

Le Parti communiste français a confirmé Fabien Roussel comme candidat à l’élection présidentielle de 2027. Les adhérents communistes ont approuvé cette candidature à 72 % lors d’une consultation organisée du 3 au 6 septembre 2026. Le scrutin présidentiel est encore lointain, mais la campagne se structure déjà autour de plusieurs candidatures à gauche.

Jean-Luc Mélenchon reste le candidat de La France insoumise. François Ruffin avance également ses propres propositions. Les écologistes doivent encore arrêter leur stratégie, tandis que le Parti socialiste pourrait soutenir une candidature issue de la social-démocratie. Cette dispersion nourrit une question récurrente : plusieurs candidats de gauche peuvent-ils atteindre le second tour ?

Ian Brossat, sénateur communiste de Paris et directeur de campagne de Fabien Roussel, refuse de réduire le débat à ce seul calcul électoral. Pour lui, la gauche ne souffrirait pas d’un excès de candidatures, mais d’un manque d’électeurs. Il assure que la campagne communiste ne cherchera pas à attaquer les autres forces de gauche.

« Qu’on n’attende pas de nous qu’on tape sur les autres candidats de gauche », a-t-il prévenu. Cette ligne vise à distinguer le PCF de la bataille très conflictuelle qui oppose régulièrement ses responsables à La France insoumise.

Le travail comme marqueur politique

Le principal axe de Fabien Roussel sera le travail. Le candidat veut s’adresser aux salariés, aux ouvriers, aux retraités et aux personnes privées d’emploi. Son message repose sur une idée : une partie des Français travaille, mais ne parvient plus à vivre correctement de son salaire.

Cette stratégie répond à une difficulté électorale concrète. En 2022, Fabien Roussel avait obtenu 802 422 voix, soit 2,28 % des suffrages exprimés au premier tour, d’après les résultats officiels de l’élection présidentielle de 2022. Jean-Luc Mélenchon avait, de son côté, recueilli 21,95 % des voix et manqué la qualification pour le second tour de moins de 400 000 suffrages.

Depuis, le PCF cherche à reconquérir un électorat populaire qui vote davantage pour le Rassemblement national ou pour La France insoumise. Une enquête Ifop publiée en mai 2025 plaçait Marine Le Pen à 48 % chez les ouvriers, Jean-Luc Mélenchon à 19 % et Fabien Roussel à 3 %. Ces chiffres mesurent un rapport de force à un moment donné. Ils ne constituent pas un résultat électoral prévisible.

Ian Brossat affirme d’ailleurs que les sondages ne doivent pas décider à la place des électeurs. Pour le PCF, l’enjeu consiste à remobiliser des citoyens éloignés des urnes. Au premier tour de 2022, 12,8 millions d’électeurs s’étaient abstenus. Ce chiffre officiel est supérieur à l’estimation de dix millions avancée pendant l’entretien.

Salaires indexés et lutte contre la fraude fiscale

Le programme défendu par Fabien Roussel devrait s’appuyer sur deux propositions centrales. La première consiste à indexer les salaires sur les prix. Le mécanisme permettrait de préserver automatiquement le pouvoir d’achat lorsque l’inflation augmente.

La Belgique applique déjà une forme d’indexation automatique. Les modalités varient selon les secteurs et les conventions collectives. L’objectif est de limiter l’érosion des salaires réels, c’est-à-dire la baisse de ce que les revenus permettent effectivement d’acheter. Le service public fédéral belge du Travail présente ce système comme un élément important de la formation des salaires.

Une transposition en France ne serait toutefois pas automatique. Elle soulèverait des questions sur le coût pour les entreprises, les effets sur les prix et les différences entre les grandes sociétés et les petites entreprises. Les salariés bénéficieraient d’une meilleure protection contre l’inflation. En revanche, les employeurs les plus exposés à la concurrence pourraient demander des compensations ou des aménagements.

La deuxième priorité annoncée concerne la fraude et l’évasion fiscales. Fabien Roussel veut en faire un thème majeur de campagne. Ian Brossat évoque 100 milliards d’euros qui échapperaient chaque année à l’impôt. Ce montant est souvent utilisé dans le débat public, mais il recouvre des réalités différentes : fraude, optimisation agressive, sous-déclaration et impayés ne relèvent pas des mêmes mécanismes juridiques.

La promesse vise surtout les contribuables les plus fortunés et les grandes entreprises capables d’organiser leurs activités à l’international. Elle bénéficie politiquement aux ménages qui paient leurs impôts à la source et perçoivent une forte différence entre leurs contraintes et celles des contribuables disposant de moyens d’optimisation. Sa mise en œuvre dépendrait pourtant de contrôles renforcés, de moyens administratifs et de coopérations européennes.

Le problème de la dispersion à gauche

Le PCF défend l’idée qu’une pluralité de candidats ne condamne pas nécessairement la gauche. Ian Brossat rappelle qu’en 1974, la gauche avait présenté un candidat unique au premier tour et perdu. En 1981, plusieurs candidats s’étaient présentés et François Mitterrand avait remporté l’élection.

Ce rappel historique montre une chose, mais pas davantage : l’unité de candidature ne suffit pas à garantir la victoire. Le contexte politique, les rapports de force, les personnalités et la participation jouent aussi un rôle déterminant.

La critique adressée au PCF reste néanmoins directe. Avec 2,28 % en 2022, Fabien Roussel pèse beaucoup moins électoralement que Jean-Luc Mélenchon. Une nouvelle candidature communiste pourrait donc contribuer à diviser les voix de gauche, surtout si l’écart entre les premiers prétendants est faible.

À l’inverse, le PCF estime qu’une candidature autonome peut attirer des électeurs qui ne se reconnaissent ni dans le style ni dans les positions de La France insoumise. Cette stratégie bénéficie d’abord au parti communiste, qui cherche à exister à nouveau dans le débat national. Elle peut aussi élargir l’offre politique. Mais elle comporte un risque : empêcher la qualification du candidat de gauche le mieux placé.

Fabien Roussel assure qu’il ira « jusqu’au bout » de sa candidature. Ian Brossat indique également ne pas douter de l’obtention des 500 parrainages nécessaires. Il refuse toutefois de spéculer sur un éventuel retrait au profit de Jean-Luc Mélenchon. Le PCF veut donc installer sa campagne avant d’entrer dans les scénarios de désistement.

Les prochaines étapes à surveiller

Le premier test sera la capacité du PCF à transformer son investiture interne en campagne nationale. Le parti devra préciser ses propositions sur les salaires, les retraites, l’emploi et la lutte contre la fraude fiscale.

Il faudra aussi observer l’évolution des intentions de vote. Les enquêtes disponibles restent éloignées du scrutin et leurs résultats dépendent des candidats testés. Un sondage Ifop publié à l’automne 2025 montrait déjà un paysage ouvert, avec une forte visibilité pour Jean-Luc Mélenchon et une présence plus limitée de Fabien Roussel.

Enfin, la question des alliances restera incontournable. Les partis de gauche devront choisir entre des candidatures séparées, un accord électoral ou une procédure commune. Pour Fabien Roussel, la priorité est désormais claire : imposer le travail et le pouvoir d’achat dans la campagne, sans faire de l’affrontement avec les autres candidats de gauche son principal argument.

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