Présidentielle 2027 : comment une coalition anti-RN veut éviter un second tour imposé aux électeurs
Philippe Grangeon et Clément Beaune proposent une coalition allant du centre à la gauche modérée pour barrer la route au RN. Leur projet exclut Bruno Retailleau et doit encore convaincre les partis comme les électeurs.

Philippe Grangeon et Clément Beaune veulent réunir le centre, la gauche modérée et une partie de la droite républicaine avant la présidentielle de 2027. Leur objectif est de faire obstacle au Rassemblement national, mais leur proposition exclut Bruno Retailleau et devra surmonter de profondes divergences programmatiques.
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Et si la prochaine présidentielle se jouait avant même le début officiel de la campagne ? À moins d’un an du scrutin de 2027, deux figures historiques du macronisme veulent organiser dès maintenant une alliance capable de battre le Rassemblement national.
Une présidentielle déjà structurée par le risque d’un duel
La présidentielle de 2027 n’aura pas lieu avant plusieurs mois. Pourtant, le rapport de force commence déjà à se dessiner. Marine Le Pen reste en tête de plusieurs enquêtes d’intentions de vote. Dans un sondage Ipsos BVA-CESI réalisé du 31 août au 2 septembre 2026 auprès de 1 500 inscrits, elle conserve une avance nette au premier tour.
Cette dynamique inquiète une partie du centre et de la gauche modérée. Elle nourrit aussi une autre crainte : celle d’un second tour opposant deux candidatures jugées radicales par leurs adversaires, l’une issue du RN et l’autre de La France insoumise.
Dans ce contexte, l’ancien conseiller spécial d’Emmanuel Macron Philippe Grangeon et l’ex-ministre Renaissance Clément Beaune défendent une méthode nouvelle. Leur idée : construire une coalition avant le premier tour, plutôt que de demander aux électeurs de se rassembler au dernier moment.
Une coalition allant de Glucksmann à Xavier Bertrand
Dans une tribune publiée le lundi 7 septembre 2026 dans La Grande Conversation de Terra Nova, les deux hommes appellent à une « coalition du bloc central, de la gauche non insoumise et de la droite inflexible face au RN ».
Le périmètre proposé est large. Il irait de Raphaël Glucksmann, figure de Place publique, à Gabriel Attal pour Renaissance. Il inclurait également Édouard Philippe, ancien Premier ministre et dirigeant d’Horizons, ainsi que Xavier Bertrand, membre des Républicains.
Les signataires veulent ainsi réunir des responsables qui ne partagent pas le même programme. Leur point commun serait ailleurs : le refus d’une arrivée du RN au pouvoir et la volonté de défendre un cadre républicain commun.
Leur tribune porte un titre explicite : « 2027 se joue maintenant : osons la coalition ». Elle présente cette initiative comme une alerte, mais aussi comme une tentative de construire une offre politique « collective, exigeante et responsable ».
Pourquoi écarter Bruno Retailleau et Les Républicains ?
Cette alliance aurait toutefois une limite importante. Bruno Retailleau, président de LR, n’en ferait pas partie. Les deux auteurs demandent une « clarification à l’égard de l’extrême droite » avant toute discussion.
Cette condition vise notamment la ligne de la droite républicaine à l’égard du RN. Pour Philippe Grangeon et Clément Beaune, une coalition ne peut pas réunir des forces qui entretiennent une proximité politique ou stratégique avec l’extrême droite.
Ce choix peut renforcer la cohérence du projet auprès des électeurs hostiles au RN. Mais il réduit aussi son périmètre. Sans une partie de la droite, l’alliance risquerait de rester limitée au centre et à la gauche modérée. Or, une victoire présidentielle dépend souvent de la capacité à agréger des électorats très différents.
La question est donc concrète : comment convaincre des électeurs conservateurs sans s’appuyer sur les responsables qui les représentent ? Les promoteurs de la coalition devront répondre à cette difficulté pour éviter que leur projet reste un simple accord entre dirigeants.
Le « piège Mélenchon » au cœur de leur stratégie
Les deux signataires consacrent également une partie de leur texte à La France insoumise. Ils contestent l’idée selon laquelle le RN et LFI constitueraient deux menaces équivalentes.
« Si l’accès à la finale se joue contre Jean-Luc Mélenchon, l’adversaire principal, la menace politique majeure reste Marine Le Pen », écrivent-ils. Ils appellent ainsi à éviter le « piège Mélenchon », expression utilisée pour dénoncer une stratégie qui ferait de LFI la cible principale du débat.
Le raisonnement est politique. En plaçant constamment LFI et le RN sur le même plan, le bloc central pourrait contribuer à banaliser le parti d’extrême droite, estiment-ils. Il risquerait aussi de disperser ses forces avant même le premier tour.
Cette analyse ne fait cependant pas disparaître les désaccords avec LFI. Les questions européennes, économiques, institutionnelles et internationales restent profondes. La coalition imaginée ne comprend d’ailleurs pas le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Elle cherche plutôt à rassembler la gauche qui refuse de s’y associer.
Un projet avant un candidat
Pour éviter une alliance construite autour d’un seul nom, Philippe Grangeon et Clément Beaune veulent commencer par le contenu. Le choix du candidat viendrait ensuite.
Ils souhaitent que le programme et la personne appelée à le porter soient arrêtés d’ici la fin de l’année 2026 au plus tard. Deux méthodes sont évoquées : une primaire ou un choix fondé sur des sondages.
Cette priorité donnée au projet répond à une faiblesse fréquente des alliances électorales. Lorsqu’elles se construisent uniquement pour empêcher la victoire d’un adversaire, elles peinent à convaincre au-delà du vote de rejet. Elles doivent donc proposer des réponses sur le pouvoir d’achat, les services publics, la sécurité, l’immigration, l’Europe et la transition écologique.
Le calendrier impose aussi une clarification rapide. Une primaire demande des règles, des candidats et une organisation. Une sélection par les sondages pose une autre question : quelles enquêtes retenir, sur quelle période et avec quelle méthode ?
Une stratégie qui profite à certains, mais qui divise déjà
Pour les responsables du centre et de la gauche modérée, une coalition pourrait empêcher la multiplication des candidatures. Elle offrirait une meilleure visibilité à des personnalités aujourd’hui dispersées. Elle pourrait aussi rassurer les électeurs qui refusent de choisir entre le RN et LFI.
Pour les partis qui ne seraient pas associés à la démarche, le risque est inverse. LR pourrait dénoncer une coalition trop centriste et insuffisamment ancrée à droite. LFI pourrait y voir une tentative de marginaliser la gauche radicale sans répondre à ses revendications sociales.
Les électeurs, eux, pourraient accueillir favorablement l’union si elle produit des résultats concrets. Mais ils pourraient aussi se méfier d’un accord conclu entre appareils politiques. La campagne de 2027 ne se jouera pas seulement sur les rapports de force entre dirigeants. Elle dépendra aussi de la capacité à convaincre les catégories populaires, les territoires périphériques et les abstentionnistes.
Enfin, les sondages donnent une indication, pas un résultat. Les intentions de vote évoluent avec les candidatures, les débats et les événements de campagne. La position de Marine Le Pen reste également liée à la décision judiciaire concernant son éligibilité, un dossier qui peut modifier la configuration du scrutin.
Les prochaines échéances à surveiller
Le premier test sera politique. Les personnalités citées accepteront-elles de discuter dans le même cadre ? Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Édouard Philippe et Xavier Bertrand n’ont ni la même histoire ni les mêmes ambitions.
Le deuxième test sera programmatique. Une coalition ne pourra durer que si elle tranche les sujets qui séparent ses composantes. Le troisième sera organisationnel : primaire ou sondages, règles de désignation, financement et répartition des responsabilités.
La fin de l’année 2026 constitue donc l’échéance annoncée par les initiateurs du projet. D’ici là, il faudra observer si leur appel déclenche des discussions concrètes ou s’il reste un signal adressé à un espace politique encore fragmenté.



