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ÉLECTIONS L’extrême droite au pouvoir

Pourquoi le vote suédois a placé l’extrême droite au cœur du prochain gouvernement

Les élections suédoises de 2022 ont confirmé la progression des Démocrates de Suède, devenus essentiels à la majorité d’Ulf Kristersson. Leur influence relance le débat sur l’immigration, la sécurité et les liens avec la Russie.

Citoyens anonymes échangeant dans une mairie française autour du vote et des services publics
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En bref

Le scrutin suédois de septembre 2022 a donné aux Démocrates de Suède leur meilleur résultat national, avec 20,54 % des voix et 73 sièges. Devenus indispensables à la majorité d’Ulf Kristersson sans entrer au gouvernement, ils ont renforcé leur influence sur l’immigration et la sécurité, malgré des accusations de proximité avec la Russie.

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Que se passe-t-il quand un parti longtemps tenu à distance devient indispensable pour gouverner ? En Suède, cette question s’est posée lors des élections législatives du 11 septembre 2022. Les résultats ont fait des Démocrates de Suède la deuxième force politique du pays et ont ouvert la voie à une coopération inédite avec la droite traditionnelle.

Un scrutin national, régional et municipal

Les Suédois étaient appelés à renouveler les 349 sièges du Riksdag, le Parlement monocaméral. Le même jour, ils votaient aussi pour leurs assemblées régionales et leurs conseils municipaux.

Le vote concernait donc directement les grandes orientations nationales, mais aussi des sujets très concrets : l’accès aux soins, l’école, les transports locaux ou encore l’aide aux personnes âgées.

Le scrutin s’annonçait particulièrement serré. Les deux grands blocs étaient séparés par quelques points seulement dans les dernières enquêtes d’opinion. Cette faible avance ne permettait pas de connaître à l’avance la future majorité.

Le résultat officiel a finalement donné 30,33 % des voix aux sociaux-démocrates, arrivés en tête. Les Démocrates de Suède ont obtenu 20,54 %, devant les Modérés d’Ulf Kristersson, à 19,10 %. La participation a atteint 84,21 %. Ces données sont disponibles dans les résultats officiels des élections suédoises de 2022.

La droite dépend du parti nationaliste

Avant le vote, le gouvernement sortant reposait déjà sur un arrangement particulier. Les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux gouvernaient avec le soutien parlementaire des Démocrates de Suède, sans ministre issu de ce parti.

Cette formule était encadrée par l’accord de Tidö. Il s’agit d’un accord politique qui fixe les priorités communes et permet à plusieurs partis de soutenir un gouvernement sans participer tous directement au Conseil des ministres.

Les Démocrates de Suède pesaient notamment sur l’immigration, la sécurité, l’énergie et le budget. En revanche, ils ne disposaient d’aucun portefeuille ministériel.

Le scrutin a changé leur position. Avec 20,54 % des suffrages et 73 sièges, ils sont devenus le deuxième parti du Riksdag. Le bloc de droite a obtenu une courte majorité parlementaire. Ulf Kristersson a ensuite été élu Premier ministre le 17 octobre 2022.

Le gouvernement formé le 18 octobre réunissait les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux. Les Démocrates de Suède sont restés en dehors du gouvernement, mais leur coopération a été officialisée. La déclaration de politique générale du gouvernement suédois confirme leur rôle dans le soutien parlementaire et leur présence politique auprès des services gouvernementaux.

Un parti longtemps marginal devenu central

Les Démocrates de Suède ont été fondés en 1988. Leur histoire est liée à des milieux nationalistes et à des mouvements marqués par le néonazisme et le suprémacisme blanc. Le parti affirme depuis avoir rompu avec ces héritages.

Sous la direction de Jimmie Åkesson, il a toutefois progressivement gagné du terrain. En 2022, il a obtenu son meilleur résultat national et dépassé les Modérés.

Cette progression répond à plusieurs préoccupations des électeurs. L’immigration, l’intégration et la criminalité ont occupé une place importante dans la campagne. Le parti nationaliste défend une ligne plus stricte sur ces sujets et promet de renforcer les contrôles ainsi que les sanctions.

Ses électeurs ne se trouvent pas uniquement dans les zones rurales ou populaires. Le parti s’est installé dans une partie de la classe ouvrière, mais aussi auprès de citoyens préoccupés par l’insécurité et par les transformations rapides de la société.

Pour les Modérés et leurs alliés, cette force électorale permet de former une majorité. Pour leurs opposants, elle déplace le centre de gravité de la politique suédoise vers une ligne plus dure sur l’immigration et l’ordre public.

Des accusations de proximité avec la Russie

La campagne a aussi été perturbée par des révélations visant une employée des Démocrates de Suède. Le magazine suédois Expo l’a accusée d’avoir relayé, pendant plusieurs années, des récits favorables au Kremlin sur les réseaux sociaux.

Polina Malaberg aurait notamment défendu l’idée que les habitants de Crimée souhaitaient rejoindre la Russie après l’annexion de la péninsule en 2014. L’enquête a également évoqué ses liens avec un club de théâtre russophone financé par des organisations proches de Moscou.

Le sujet était sensible. La personne concernée avait eu accès à des dossiers confidentiels dans le cadre de ses fonctions. Son compagnon, Gustav Gellerbrant, occupait en outre un poste de coordination entre les Démocrates de Suède et la coalition gouvernementale.

Ces accusations n’établissaient pas, à elles seules, une opération d’ingérence russe. Elles soulevaient toutefois une question politique : un parti appelé à influencer le prochain gouvernement pouvait-il garantir une ligne claire face à Moscou ?

La Suède venait alors de renforcer sa vigilance. En août 2022, les services de sécurité suédois avaient annoncé avoir déjoué une opération russe visant à affaiblir la prise de décision du pays et à discréditer la Suède, l’Otan et l’Union européenne.

La dirigeante sociale-démocrate Magdalena Andersson avait demandé à Ulf Kristersson de faire toute la lumière sur l’affaire. Elle avait qualifié les accusations de très graves et rappelé que la Russie représentait une menace majeure pour la Suède.

Ulf Kristersson avait, de son côté, déclaré que Gustav Gellerbrant serait écarté si les accusations étaient fondées. Cette réponse illustrait la difficulté de la droite : elle avait besoin des Démocrates de Suède pour gouverner, tout en devant répondre aux inquiétudes liées à leur passé et à certains de leurs cadres.

La santé et l’école au cœur des préoccupations

La campagne ne s’est pas résumée à l’immigration et à la sécurité. Selon une enquête Verian réalisée pour la télévision publique SVT, la santé figurait parmi les priorités de 64 % des électeurs. Suivaient l’éducation, à 48 %, l’ordre public, à 47 %, et la prise en charge des personnes âgées, à 37 %.

Le climat préoccupait 38 % des personnes interrogées. Cette question restait importante, mais elle passait derrière les services publics et la sécurité dans la hiérarchie des attentes.

Ces priorités rappellent les limites d’une lecture uniquement culturelle du scrutin. Les électeurs attendaient aussi des réponses sur les délais d’accès aux soins, les inégalités entre territoires, les moyens de l’école et le coût de la vie.

Les effets des politiques à venir pouvaient différer selon les territoires. Dans les grandes villes, les enjeux d’intégration, de logement et de criminalité étaient particulièrement visibles. Dans les zones rurales, la distance aux services publics, la pénurie de professionnels de santé et les transports occupaient une place plus importante.

Une majorité fragile à surveiller

Le résultat de 2022 n’a pas donné les pleins pouvoirs aux Démocrates de Suède. Il leur a donné un rôle décisif dans une majorité dirigée par Ulf Kristersson.

Le gouvernement devait donc maintenir un équilibre permanent. Les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux devaient défendre leur propre programme. Dans le même temps, ils ne pouvaient pas ignorer le parti qui leur permettait de faire adopter leurs textes au Parlement.

La suite dépendait de plusieurs sujets : l’application de l’accord de Tidö, les mesures sur l’immigration et la criminalité, le financement des services publics, ainsi que la politique climatique.

Il fallait aussi suivre les éventuelles enquêtes liées aux accusations de propagande prorusse. Dans une Suède confrontée à la guerre en Ukraine et à une nouvelle donne de sécurité en Europe, la fiabilité des responsables politiques devenait un enjeu aussi important que leur programme électoral.

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