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ANALYSES & OPINIONS La gouvernance sous tension

Qui contrôle le football mondial ? Le retrait français révèle la bataille pour l’avenir de la Fifa

La FFF ne soutient plus Gianni Infantino, rejoint par plusieurs fédérations européennes. Cette rupture intervient après l’échec d’un projet d’ouverture de la Fifa aux investisseurs privés.

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En bref

La Fédération française de football retire son soutien à Gianni Infantino, candidat à un quatrième mandat à la présidence de la Fifa. Cette rupture intervient après l’abandon d’un projet prévoyant de céder une part des revenus des compétitions à des investisseurs privés. Plusieurs fédérations européennes contestent désormais sa gouvernance avant le scrutin de mars 2027.

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Qui décide de l’avenir du football mondial : les fédérations, les supporters ou les investisseurs ? À six mois de l’élection à la présidence de la Fifa, cette question prend une nouvelle dimension. La Fédération française de football vient de retirer son soutien à Gianni Infantino, jusque-là candidat unique à sa propre succession.

Une rupture française après dix ans de soutien

Réuni jeudi 10 septembre, le comité exécutif de la FFF a décidé de ne plus soutenir le président de la Fifa. La décision intervient alors que Gianni Infantino brigue un quatrième mandat.

Le scrutin est prévu le 18 mars 2027 à Rabat, au Maroc, lors du 77e Congrès de la Fifa. À ce stade, aucun autre candidat n’a officiellement annoncé sa candidature. Pourtant, le président sortant voit son soutien européen se réduire rapidement.

La France avait jusqu’ici accompagné Gianni Infantino depuis son arrivée à la tête de la Fifa en 2016. Le changement de position de la FFF est donc politique, mais aussi symbolique. Il montre que la contestation ne se limite plus à quelques fédérations nordiques.

Le président de la FFF, Philippe Diallo, s’était déjà opposé au projet de transformation commerciale porté par Infantino. Il avait notamment dénoncé le manque de concertation autour d’une structure destinée à accueillir des investisseurs privés.

Le projet commercial qui a fait exploser les tensions

Au cœur du conflit se trouve la FIFA Forward Enterprise, une société commerciale imaginée pour regrouper certaines activités les plus rentables de la Fifa. Le projet prévoyait d’en céder environ 20 % à des investisseurs privés.

L’opération devait permettre de lever 4,2 milliards de dollars, soit environ 3,7 milliards d’euros. En contrepartie, les investisseurs auraient acquis une participation minoritaire dans une structure liée aux principales compétitions de la Fifa, dont la Coupe du monde.

Gianni Infantino présentait cette ouverture du capital comme un moyen de développer les revenus du football et d’augmenter les financements versés aux fédérations. La Fifa défendait donc une logique d’investissement : mobiliser davantage d’argent pour soutenir les projets locaux et les compétitions.

Cette promesse bénéficie surtout aux fédérations qui disposent de peu de ressources propres. Pour elles, une hausse des financements peut permettre de construire des terrains, de former des éducateurs ou de développer les équipes nationales.

Mais le mécanisme comporte une contrepartie. Une partie des recettes futures de compétitions mondiales aurait été liée à des intérêts privés. Les investisseurs auraient cherché une rentabilité. Cela aurait pu renforcer la pression pour multiplier les matchs, augmenter les droits commerciaux ou modifier les formats des tournois.

Le projet a finalement été abandonné à la fin du mois de juillet, après une contestation massive de l’UEFA et de plusieurs fédérations européennes. Cette marche arrière n’a toutefois pas suffi à rétablir la confiance.

Une fronde européenne désormais structurée

La FFF rejoint plusieurs fédérations qui ont déjà pris leurs distances avec le président de la Fifa. La Norvège a demandé sa démission dès le 7 août. La Suède, l’Écosse, l’Italie et la Belgique ont également retiré leur soutien.

L’UEFA, qui réunit les fédérations européennes, reproche à Gianni Infantino d’avoir préparé le projet commercial sans véritable concertation. Elle critique aussi une gouvernance jugée trop centralisée et une commercialisation excessive des compétitions.

Le commissaire européen chargé de la Culture, de la Jeunesse et du Sport, Glenn Micallef, avait lui-même dénoncé la « commercialisation effrénée du football ». Cette critique illustre l’élargissement du débat. Il ne concerne plus seulement les équilibres internes de la Fifa. Il touche aussi à la place de l’argent privé dans un sport qui reste lié à des équipes nationales et à des représentations populaires.

De son côté, la Fifa accuse l’UEFA de mener une « campagne de dénigrement ». L’organisation mondiale estime que les responsables européens cherchent à affaiblir son président après l’échec du projet d’ouverture aux investisseurs.

Les deux instances s’opposent désormais devant la justice. L’UEFA prépare une action contre Gianni Infantino pour « gestion déloyale ». La Fifa dénonce, en retour, une offensive coordonnée contre son dirigeant.

Pourquoi cette contestation ne suffit pas encore à le battre

Le retrait du soutien français affaiblit Gianni Infantino en Europe. Il ne garantit pas pour autant une alternance à la tête de la Fifa.

L’élection repose sur les votes des 211 fédérations membres. Chaque fédération dispose d’une voix, quelle que soit la taille de son championnat ou le poids économique de son équipe nationale.

Cette règle donne une influence importante aux fédérations d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes. Ces confédérations ont bénéficié de la politique de redistribution menée depuis 2016. Le programme FIFA Forward a fortement augmenté les financements destinés au développement du football.

Pour ces fédérations, la stabilité des aides peut peser davantage que les critiques européennes sur la gouvernance. Le soutien à Infantino peut donc répondre à un intérêt concret : préserver ou accroître les ressources disponibles pour les infrastructures, les sélections et les compétitions locales.

Les fédérations européennes, elles, défendent d’autres priorités. Elles veulent préserver leur poids dans les décisions, protéger le calendrier des joueurs et empêcher que les compétitions internationales soient pilotées uniquement par leur rentabilité.

Les grands clubs et les championnats professionnels se trouvent au centre de cette tension. Ils disposent d’une forte capacité financière, mais leurs joueurs sont sollicités par un nombre croissant de matchs. À l’inverse, les fédérations moins riches dépendent davantage des aides internationales pour structurer leur football.

Une campagne qui commence dans un climat de défiance

Le président de la Fifa reste pour l’instant le seul candidat déclaré. Cette situation lui donne un avantage important. Il peut s’appuyer sur son bilan, son réseau et la répartition des financements entre les fédérations.

La fronde européenne change toutefois le rapport de force. Elle peut pousser d’autres fédérations à prendre position. Elle peut aussi favoriser l’émergence d’un candidat concurrent capable de réunir les critiques contre la gouvernance d’Infantino.

Plusieurs controverses alimentent déjà les tensions. La Fifa a notamment été critiquée pour l’attribution d’un prix de la paix à Donald Trump, ainsi que pour la gestion de l’exclusion puis de la réintégration de l’attaquant américain Folarin Balogun lors de la dernière Coupe du monde.

Ces épisodes ne déterminent pas à eux seuls une élection. Ils nourrissent cependant une question centrale : la Fifa peut-elle défendre une ligne politique indépendante lorsque ses compétitions sont de plus en plus liées aux intérêts économiques et diplomatiques de grandes puissances ?

Le prochain rendez-vous sera décisif

La prochaine étape sera la préparation formelle du Congrès électif de Rabat, prévu le 18 mars 2027. D’ici là, les fédérations devront clarifier leur position et mesurer le coût politique d’un soutien à Gianni Infantino.

Il faudra surtout surveiller l’apparition éventuelle d’une candidature concurrente. Sans adversaire identifié, la fronde européenne restera une contestation politique. Avec un candidat capable de rassembler plusieurs confédérations, elle pourrait devenir une véritable bataille électorale.

La décision française marque donc un tournant, mais pas encore une défaite pour Gianni Infantino. Elle confirme surtout que son prochain mandat se jouera moins sur son statut de favori que sur sa capacité à restaurer la confiance entre la Fifa et ses fédérations membres.

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