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ÉLECTIONS Le Sénat sous tension

Élections sénatoriales : pourquoi le RN peut bouleverser les équilibres politiques au Palais du Luxembourg

Le renouvellement de la moitié du Sénat pourrait permettre au RN de constituer son premier groupe. La droite devrait conserver la majorité, tandis que la gauche et les macronistes jouent leur influence dans la chambre haute.

L’hémicycle du Sénat avec ses pupitres et micros, au Palais du Luxembourg à Paris.
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En bref

Le renouvellement de la moitié du Sénat se joue au suffrage indirect, avec un collège composé majoritairement d’élus locaux. Le RN vise dix sièges pour former un groupe, tandis que la droite veut préserver sa majorité. La gauche et les macronistes cherchent surtout à limiter leurs pertes et à conserver leur influence.

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Qui décide de la composition du Sénat ? Dimanche, près de 93 500 grands électeurs votent pour renouveler la moitié de la chambre haute. Le scrutin dira surtout jusqu’où le Rassemblement national peut progresser dans les territoires.

Un scrutin indirect, largement ancré dans les communes

Les élections sénatoriales ne ressemblent pas aux autres scrutins. Les Français ne votent pas directement. Les sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs, composé à 95 % de maires, d’adjoints et de conseillers municipaux. Les résultats des élections municipales pèsent donc lourd dans le choix final.

Le renouvellement se fait par moitié. Cette règle limite les basculements spectaculaires. Les équilibres évoluent plutôt par petites touches, au fil des victoires locales, des alliances et des candidatures dissidentes.

Le Sénat joue pourtant un rôle central. Il examine les lois, contrôle le gouvernement et représente les collectivités territoriales. Son président peut aussi incarner un contre-pouvoir face à l’exécutif. Le prochain président de la République devra donc composer avec cette majorité parlementaire, quelle qu’elle soit.

Le fonctionnement du collège électoral sénatorial explique pourquoi les résultats municipaux sont déterminants. Il éclaire aussi la place particulière des élus locaux dans la vie politique nationale.

Le RN vise le seuil qui change tout

Le principal enjeu concerne le Rassemblement national. Le parti ne compte alors que trois sénateurs. Il espère atteindre dix élus, le minimum nécessaire pour former un groupe politique au Sénat.

Ce seuil n’est pas symbolique. Un groupe bénéficie de davantage de temps de parole, de moyens de fonctionnement et de possibilités d’intervention dans les commissions. Il peut aussi peser sur l’organisation des débats et sur le travail de contrôle du gouvernement.

Le RN entend capitaliser sur ses résultats dans plusieurs villes moyennes et sur sa présence dans les communes rurales. Ses responsables ciblent notamment les maires sans étiquette, qui disposent souvent d’une marge de décision importante lors des sénatoriales.

Le parti mise également sur des personnalités connues. Plusieurs listes sont conduites ou soutenues par des élus déjà installés dans le paysage politique. Cette stratégie peut rassurer des grands électeurs locaux, mais elle expose aussi le RN à une concurrence directe avec la droite traditionnelle.

Pour les adversaires du parti, l’arrivée d’un groupe RN modifierait le ton du Palais du Luxembourg. Ils redoutent davantage de commissions d’enquête, de missions d’information et d’attaques contre le gouvernement. Le RN, de son côté, y voit un moyen d’obtenir une reconnaissance institutionnelle et de prolonger son implantation locale.

La constitution d’un groupe reste toutefois dépendante des résultats dans quelques départements. La moindre défaite ou le moindre ralliement peut faire varier le total final. Au Sénat, les alliances après l’élection comptent presque autant que les résultats du vote.

La gauche avance en ordre dispersé

La France insoumise espère obtenir ses premiers sénateurs. Elle part cependant avec un handicap majeur. L’Île-de-France, où le mouvement a remporté plusieurs victoires municipales, n’est pas concernée par ce renouvellement.

Le mouvement présente en outre des listes séparées. Il ne bénéficie donc pas d’un accord global avec les socialistes et les écologistes. Cette division réduit ses chances dans un scrutin où les alliances locales sont essentielles.

Le Rhône constitue l’un des points de surveillance. La France insoumise compte y tirer parti de ses résultats à Vaulx-en-Velin et à Vénissieux. Elle doit toutefois convaincre des grands électeurs issus d’une gauche plus modérée.

Une entrée de députés insoumis au Sénat aurait une portée politique forte. Elle donnerait au mouvement une représentation dans une institution où il reste absent. Elle permettrait aussi à ses élus de participer directement à la navette parlementaire, c’est-à-dire aux échanges successifs d’un texte entre l’Assemblée nationale et le Sénat.

En cas d’échec, La France insoumise met en cause l’accord conclu entre socialistes et écologistes dans certains départements. Ces derniers défendent au contraire la logique de rassemblement, plus adaptée selon eux à un scrutin dominé par les réseaux d’élus locaux.

La droite devrait conserver la majorité

Le renouvellement par moitié protège la majorité sénatoriale. L’alliance entre Les Républicains et les centristes devrait rester en mesure de contrôler la chambre haute.

Les Républicains disposent alors de 131 sièges. Ils doivent cependant compter sur les 59 sénateurs du groupe de l’Union centriste pour conserver une majorité solide. Le rapport de force entre ces deux groupes pourrait donc évoluer, même sans changement de majorité.

Le RN menace surtout la droite dans le sud de la France. Là où il progresse dans les conseils municipaux, il peut détourner des voix qui revenaient auparavant aux candidats LR. Certains responsables évaluent les pertes possibles des Républicains à quelques sièges.

Les listes dissidentes représentent une autre difficulté. Elles peuvent empêcher un candidat officiel de gagner, puis rejoindre un groupe centriste une fois élues. Les sans-étiquette constituent également une réserve convoitée par les deux camps.

La réélection de Gérard Larcher à la présidence du Sénat ne semble pas menacée. Cette fonction, comparable à celle de président de l’Assemblée nationale, dépend toutefois du maintien d’une majorité suffisamment large et disciplinée.

Le scrutin sera aussi suivi dans les Bouches-du-Rhône et en Vendée. La candidature de Valérie Boyer face à une liste d’union de la droite et du centre, ainsi que celle de Bruno Retailleau, figurent parmi les dossiers sensibles pour Les Républicains.

Le groupe macroniste veut éviter la disparition

Le groupe macroniste RDPI aborde l’élection dans une position fragile. Il compte 19 membres, mais onze sièges doivent être renouvelés. La disparition de François Patriat, qui dirigeait le groupe, a accentué les interrogations.

Le groupe estime néanmoins pouvoir préserver ses effectifs. Il peut notamment compter sur plusieurs sénateurs ultramarins, qui représentent une part importante de ses membres. Cette implantation lui donne une résistance que ses seuls résultats métropolitains ne garantiraient pas.

L’arrivée possible de Renaud Muselier au Palais du Luxembourg serait également observée. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur figure sur une liste d’union de la droite et du centre. Son parcours, passé par la droite avant son rapprochement avec Renaissance, illustre les recompositions en cours.

Pour le camp présidentiel, conserver un groupe permettrait de maintenir une capacité d’expression et de négociation. Pour ses adversaires, une forte baisse confirmerait au contraire les limites de son implantation dans les collectivités locales.

Les socialistes peuvent-ils perdre leur deuxième place ?

La gauche sénatoriale compte alors trois groupes : socialiste, écologiste et communiste. Ensemble, ils totalisent 98 sièges. Ils espèrent franchir la barre symbolique des 100 élus, mais leurs situations sont très différentes.

Le groupe communiste devrait rester relativement stable, car les départements où il est implanté sont peu concernés par le renouvellement. Les écologistes, eux, craignent les conséquences de leurs résultats municipaux moins favorables.

Les socialistes cherchent surtout à limiter leurs pertes. Leur objectif est de conserver environ 60 sièges. Ils risquent toutefois de perdre leur rang de deuxième groupe du Sénat au profit de l’Union centriste.

Cette éventuelle inversion aurait une portée politique limitée sur la majorité, mais une portée symbolique forte. Elle montrerait que le centre progresse dans une chambre où la droite conserve l’avantage.

Les résultats à surveiller après le vote

Le premier indicateur sera le nombre de sénateurs RN. Le parti franchira-t-il le seuil des dix membres nécessaires à la création d’un groupe ?

Il faudra ensuite observer les rapports de force entre Les Républicains et les centristes. Enfin, le maintien du groupe macroniste et le classement entre socialistes et centristes préciseront la configuration de la chambre haute.

Les résultats ne bouleverseront probablement pas la majorité du Sénat. Ils donneront cependant une photographie précise des forces politiques dans les communes. À quelques mois de la présidentielle, cette photographie sera scrutée par tous les états-majors.

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