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ÉLECTIONS La gauche au pied du mur

Primaire de gauche : les salaires rapprochent les candidats, mais LFI et les guerres révèlent leurs fractures

Le premier débat de la primaire de gauche a opposé les candidats sur l’Ukraine, Gaza et une éventuelle alliance avec LFI. Ils se rejoignent davantage sur les salaires et la fiscalité.

Plateau de débat politique vide, avec pupitres et micros, pour illustrer une primaire de gauche.
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En bref

Le premier débat de la primaire a confirmé l’existence de deux gauches. Les candidats partagent plusieurs objectifs économiques, comme la hausse des salaires et une fiscalité plus redistributive, mais divergent sur l’Ukraine, Gaza et surtout une éventuelle alliance avec La France insoumise pour les prochaines élections.

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Que peut-il rester d’une primaire de gauche quand les candidats semblent d’accord sur les salaires, mais se divisent sur la guerre, Gaza et les alliances électorales ? Le premier débat de la primaire social-démocrate a surtout montré une gauche capable de parler d’une seule voix sur l’économie, mais encore très fragmentée sur sa stratégie politique.

Un débat organisé avant le premier tour d’octobre

Les cinq candidats se sont retrouvés mercredi 23 septembre 2026 sur TF1 et LCI. Le premier tour de la primaire est prévu les 9 et 10 octobre. Un éventuel second tour aura lieu les 16 et 17 octobre.

Olivier Faure, Jérôme Guedj et Ségolène Royal concourent sous l’étiquette du Parti socialiste. Raphaël Glucksmann représente Place publique. Emmanuel Maurel porte les couleurs de la Gauche républicaine et socialiste.

Le débat a duré près de trois heures et demie. Les candidats ont répondu aux questions d’un panel de Français. Cette formule a placé le pouvoir d’achat au centre des échanges. Elle a aussi fait ressortir les désaccords sur les conflits internationaux et l’avenir des alliances à gauche.

Ukraine : une fracture entre négociation et soutien renforcé

La guerre en Ukraine a rapidement opposé Ségolène Royal à Raphaël Glucksmann. Tous deux disent vouloir une paix durable. Ils ne mettent toutefois pas le même contenu derrière cet objectif.

Ségolène Royal a défendu l’idée d’aider l’Ukraine à obtenir une paix juste. Elle a aussi dénoncé les accusations visant ceux qui parlent de négociation avec la Russie. Sans citer Raphaël Glucksmann, elle a rejeté l’étiquette de « poutinolâtre ».

Raphaël Glucksmann a adopté une ligne plus ferme. Selon lui, Vladimir Poutine n’aurait pas l’intention de négocier avec les Européens. Il a appelé à « résister » et à aider les Ukrainiens, présentés comme la première ligne de défense de l’Europe.

Emmanuel Maurel s’est rapproché de cette analyse. Jérôme Guedj a, lui aussi, reproché à Ségolène Royal un « flottement » sur ce dossier. Le désaccord porte donc moins sur le principe d’une paix que sur le chemin pour y parvenir : pression militaire et soutien à Kiev d’un côté, recherche plus explicite d’une issue diplomatique de l’autre.

Gaza et l’antisémitisme : le moment le plus tendu

Le débat s’est durci davantage sur la situation au Proche-Orient. Les cinq candidats ont exprimé leur volonté de remettre en cause l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Cet accord encadre les relations commerciales et politiques entre les deux parties.

La discussion a ensuite porté sur l’antisémitisme en France. Ségolène Royal a lié sa progression aux dirigeants actuels d’Israël. Elle a appelé à davantage de prises de parole de citoyens israéliens et juifs pour dénoncer la situation à Gaza.

Jérôme Guedj a dénoncé une « injonction assez incroyable ». Pour lui, demander aux juifs de se justifier des décisions du gouvernement israélien revient à essentialiser le conflit. Autrement dit, cela risque d’attribuer une responsabilité politique à une population définie par son origine ou sa religion.

Raphaël Glucksmann a défendu la même critique. Il a évoqué le risque de voir des familles juives insultées dans la rue à cause des décisions du gouvernement israélien. Ségolène Royal a maintenu sa position et a demandé à son adversaire de qualifier de « génocide » la situation à Gaza.

Raphaël Glucksmann a refusé ce terme. Il a préféré parler de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité ». Cette controverse montre une difficulté politique précise : condamner les opérations menées à Gaza sans nourrir les amalgames visant les juifs de France.

Salaires : un accord sur l’objectif, des méthodes différentes

Sur le pouvoir d’achat, les candidats ont affiché une convergence nette. Tous ont défendu une hausse du smic et des bas salaires. Cette priorité répond à une réalité concrète pour les ménages modestes, notamment les familles monoparentales et les salariés exposés à la hausse des dépenses contraintes.

Les solutions proposées divergent cependant. Emmanuel Maurel veut indexer les salaires sur l’inflation. Cette règle permettrait de préserver automatiquement le revenu réel lorsque les prix augmentent, mais elle pourrait aussi peser sur les entreprises si les salaires progressent rapidement.

Ségolène Royal et Olivier Faure proposent une conférence salariale après l’élection présidentielle et les élections législatives de 2027. Jérôme Guedj veut conditionner les aides publiques versées aux entreprises à des augmentations de salaires. Raphaël Glucksmann défend une baisse de la contribution sociale généralisée, la CSG, afin d’augmenter directement le revenu disponible.

Ces mesures ne bénéficieraient pas de la même façon à tous les acteurs. Les salariés au smic gagneraient immédiatement avec une revalorisation. Les employeurs seraient davantage concernés par une indexation ou par des conditions attachées aux aides publiques. Les ménages plus aisés profiteraient moins d’une hausse ciblée des bas salaires.

Dette publique : taxer davantage ou réduire le train de vie de l’État

Les candidats privilégient une hausse des recettes fiscales plutôt qu’une forte réduction des dépenses publiques. Le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune figure parmi les pistes avancées. Cet impôt a été remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière, l’IFI, à partir du 1er janvier 2018.

Cette réforme a recentré l’imposition sur le patrimoine immobilier. Le rétablissement de l’ISF viserait donc davantage les patrimoines financiers et professionnels, selon le périmètre retenu par une future loi. Les effets dépendraient des seuils, des exemptions et des mécanismes anti-évasion.

La dette publique française reste un point de contrainte pour tout futur gouvernement. L’Insee l’évaluait à 115,6 % du produit intérieur brut à la fin du quatrième trimestre 2025. Le chiffre de 3 536 milliards d’euros et 117,5 % du PIB cité pendant le débat correspond à une autre période de mesure.

Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann estiment aussi que l’État doit réduire son patrimoine et son train de vie. Cette approche toucherait directement les administrations. Elle serait toutefois plus lente à produire des économies qu’une hausse d’impôt, et son rendement dépendrait des actifs vendus ou des dépenses supprimées.

LFI, la ligne de fracture la plus politique

Le désaccord le plus structurant concerne La France insoumise. Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel refusent d’exclure une alliance avec LFI aux législatives qui pourraient suivre la présidentielle de 2027.

Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann s’y opposent. Jérôme Guedj a reproché à Olivier Faure son alliance avec LFI lors des législatives anticipées de 2024. Il a dénoncé une ligne jugée trop changeante et a affirmé ne pas vouloir privilégier la survie d’un groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Olivier Faure a répondu qu’il fallait cesser de rejeter les électeurs insoumis. Selon lui, une gauche divisée pourrait laisser davantage d’espace à l’extrême droite. Emmanuel Maurel a défendu la même logique : en cas de risque d’arrivée de Marine Le Pen à l’Élysée, les forces de gauche devraient pouvoir se rassembler.

Raphaël Glucksmann fait une analyse inverse. Il estime qu’une alliance avec LFI pourrait faire perdre des électeurs modérés et empêcher la gauche de battre l’extrême droite. Son raisonnement repose sur un calcul électoral : élargir la coalition à LFI renforcerait la mobilisation d’un électorat, mais éloignerait une partie des électeurs sociaux-démocrates.

Ce qu’il faudra surveiller avant le vote

Le prochain rendez-vous majeur sera le débat direct prévu jeudi 1er octobre sur France 2 et France Inter. La question des alliances avec LFI devrait y revenir. Les candidats devront aussi préciser le financement de leurs promesses salariales et fiscales.

Le vote des 9 et 10 octobre permettra de mesurer la hiérarchie entre ces deux lignes. D’un côté, une stratégie de rassemblement large de la gauche. De l’autre, une offre sociale-démocrate cherchant à se distinguer nettement de La France insoumise.

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