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ÉLECTIONS La gauche au pied du mur

Primaire de la gauche : les alliances qui pourraient changer le choix des électeurs de gauche en 2027

Le premier débat de la primaire de la gauche a révélé de profondes divergences sur Gaza, les alliances avec La France insoumise et la stratégie présidentielle. La polémique autour de Ségolène Royal illustre ces fractures.

Salle de débat en France, table de primaire avec micros, pupitres et feuilles blanches, dans une lumière de fin de matinée.
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En bref

Le premier débat de la primaire de la gauche a opposé plusieurs visions de l’avenir politique du camp social-démocrate. Les échanges sur Gaza et les alliances avec La France insoumise montrent que les candidats devront clarifier leur ligne avant 2027, au risque de diviser davantage leur électorat.

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Une phrase peut-elle modifier l’équilibre d’une primaire présidentielle ? Dans le débat de la gauche sociale-démocrate, Ségolène Royal a déplacé la discussion vers Gaza, l’antisémitisme et la place des voix juives dans le débat public. Une séquence qui a immédiatement ravivé les tensions entre les candidats.

Une primaire déjà structurée par deux lignes politiques

La primaire de la gauche ne se résume pas à une compétition entre personnalités. Elle oppose aussi plusieurs stratégies pour 2027. D’un côté, Olivier Faure défend une gauche capable de dialoguer avec La France insoumise. De l’autre, Raphaël Glucksmann veut construire un espace social-démocrate plus autonome, éloigné de Jean-Luc Mélenchon.

Autour d’eux, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel cherchent chacun à imposer leur propre ligne. Le premier débat, organisé le mercredi 23 septembre 2026, a donc servi de test grandeur nature. Les cinq candidats ont été interrogés sur le pouvoir d’achat, la dette, l’Ukraine, les alliances à gauche et la guerre à Gaza.

La question du conflit au Proche-Orient a rapidement pris le dessus. Plusieurs candidats ont employé le mot « génocide » pour qualifier la situation dans la bande de Gaza. Cette qualification reste au cœur d’une bataille politique et diplomatique. Elle distingue notamment les candidats qui veulent durcir la pression sur le gouvernement israélien de ceux qui redoutent une formulation juridiquement ou politiquement trop catégorique.

La phrase de Ségolène Royal qui a déclenché la polémique

Ségolène Royal a déclaré : « Il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable. C’est ça aussi qui va freiner la montée de l’antisémitisme. En voyant Gaza, les gens mélangent tout. »

Relancée par David Pujadas, qui lui demandait si elle estimait que les Juifs devaient dénoncer le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, elle a répondu : « Bien sûr, d’ailleurs certains le font. »

Son intention affichée était de dissocier la critique de la politique menée par le gouvernement israélien de la haine visant les Juifs. Le raisonnement repose sur une inquiétude réelle : la guerre à Gaza peut nourrir des amalgames entre Israël, le judaïsme et les citoyens français juifs. Dans cette logique, des prises de parole venues de personnalités juives ou israéliennes opposées aux décisions de l’exécutif israélien pourraient contribuer à combattre l’antisémitisme.

Mais la formulation a produit l’effet inverse. Ses adversaires lui reprochent d’assigner les Juifs de France à une responsabilité particulière dans la dénonciation d’une politique étrangère. Jérôme Guedj a ainsi accusé la candidate d’« essentialiser » les Juifs de France. Raphaël Glucksmann lui a rappelé que « les Juifs ne sont en aucun cas responsables de la politique de Netanyahou ».

Le désaccord porte aussi sur la méthode

La controverse ne concerne donc pas seulement Gaza. Elle touche à une question plus large : qui doit répondre des décisions d’un gouvernement étranger ? Pour les critiques de Ségolène Royal, la réponse est claire. Ce sont les dirigeants israéliens qui doivent être interpellés, pas les citoyens juifs en fonction de leur religion ou de leur origine.

Cette distinction est importante dans un contexte français marqué par la hausse des tensions communautaires. Les Français juifs ne forment pas un bloc politique. Ils peuvent soutenir, critiquer ou rejeter la politique du gouvernement israélien. Les associer collectivement à cette politique revient donc à brouiller la frontière entre identité, citoyenneté et position diplomatique.

Ségolène Royal cherchait, elle, à souligner un autre risque. Selon elle, l’indignation suscitée par les opérations israéliennes à Gaza peut être détournée contre les Juifs en France. Dans ce cas, le débat sur la guerre ne reste plus un débat international. Il devient une source de menaces et d’attaques sur le territoire français.

Ces deux préoccupations peuvent être vraies en même temps. Il est possible de condamner les décisions du gouvernement israélien tout en combattant sans ambiguïté l’antisémitisme. C’est précisément cette articulation que les candidats n’ont pas réussi à rendre audible pendant l’échange.

Une proximité avec la ligne de La France insoumise ?

La séquence a aussi renforcé l’impression d’une proximité entre Ségolène Royal et certaines positions défendues par Jean-Luc Mélenchon. Cette proximité ne signifie pas nécessairement un accord politique global. Elle apparaît surtout sur trois sujets : la dénonciation très ferme de la politique israélienne à Gaza, la volonté de maintenir une possibilité d’alliance avec La France insoumise et la critique d’une ligne jugée trop atlantiste sur l’Ukraine.

La comparaison avec Jean-Luc Mélenchon reste toutefois contestée. Les insoumis mettent régulièrement en avant leur soutien aux populations civiles palestiniennes et leur opposition à l’antisémitisme. Leurs adversaires leur reprochent, au contraire, des ambiguïtés répétées dans leur manière de parler du Hamas, d’Israël et des accusations d’antisémitisme visant certains responsables du mouvement.

Dans la primaire, cette question bénéficie directement à plusieurs camps. Olivier Faure peut défendre l’idée d’une gauche rassemblée, capable de conserver des passerelles avec les électeurs de La France insoumise. Raphaël Glucksmann peut, à l’inverse, se présenter comme le candidat d’une gauche européenne, pro-ukrainienne et plus nettement séparée de Jean-Luc Mélenchon. Jérôme Guedj, lui, cherche à incarner une ligne républicaine attentive à la lutte contre l’antisémitisme.

Ségolène Royal occupe un espace différent. Son expérience présidentielle et gouvernementale lui donne une forte visibilité. Elle tente cependant de transformer cette notoriété en influence électorale. Pour cela, elle multiplie les prises de position tranchées. Cette stratégie peut lui permettre d’exister dans une compétition dominée par le duel entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann. Elle comporte aussi un risque : chaque formule contestée peut éloigner une partie des électeurs qu’elle cherche à convaincre.

Ce que cette séquence change pour les électeurs

Pour les électeurs de gauche, le débat rend plus visible une fracture qui dépasse les personnes. Faut-il privilégier l’unité électorale, même avec des partenaires très éloignés sur l’Europe, l’international ou les institutions ? Ou faut-il reconstruire une gauche plus resserrée autour d’une ligne sociale-démocrate, quitte à perdre une partie de l’électorat attiré par La France insoumise ?

Cette question aura aussi des conséquences concrètes. Une alliance large peut faciliter les accords locaux et limiter la dispersion des candidatures. En revanche, elle peut rendre le programme commun difficile à défendre. Une ligne autonome peut clarifier le projet porté par les socialistes et leurs alliés. Elle risque toutefois de réduire leurs chances dans les territoires où la gauche est déjà minoritaire.

Les écarts ne seront pas les mêmes partout. Dans les grandes villes, les électeurs peuvent être particulièrement sensibles aux questions européennes, internationales et sociétales. Dans les zones périurbaines et rurales, le pouvoir d’achat, les services publics et la sécurité pèseront davantage. Les candidats devront donc relier leurs prises de position internationales aux préoccupations quotidiennes des citoyens.

La suite se jouera sur les alliances et la crédibilité

Après ce premier débat, la question n’est pas seulement de savoir qui a marqué des points. Il faut aussi observer si la polémique sur Gaza s’installe durablement dans la campagne. Elle pourrait devenir un révélateur des alliances futures, mais aussi détourner l’attention des sujets économiques et sociaux.

Les prochaines étapes de la primaire permettront de mesurer la solidité des positionnements. Les candidats devront préciser leurs conditions pour un accord avec La France insoumise, leur doctrine sur l’Ukraine et leur politique au Proche-Orient. Ils devront surtout démontrer qu’ils peuvent défendre une ligne claire sans transformer les citoyens français en représentants d’un gouvernement étranger.

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