Alliance PS LFI : pourquoi la gauche peine à garantir des engagements communs aux électeurs avant 2027
Manon Aubry refuse une alliance automatique entre La France insoumise et le Parti socialiste. Derrière ce désaccord, deux stratégies s’opposent pour unir la gauche et convaincre les électeurs avant 2027.

Manon Aubry conteste une nouvelle alliance automatique entre La France insoumise et le Parti socialiste. Elle reproche aux socialistes leurs choix parlementaires après la Nupes et le Nouveau Front populaire. Le PS défend de son côté une primaire et un accord plus large pour préparer la présidentielle et les législatives de 2027.
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Une alliance entre La France insoumise et le Parti socialiste peut-elle encore fonctionner après les législatives de 2024 ? Pour Manon Aubry, la question n’est pas de réunir des appareils, mais de savoir si leurs engagements seront réellement tenus.
Deux stratégies différentes pour 2027
La gauche prépare déjà l’élection présidentielle de 2027. Mais elle ne le fait pas sur une ligne commune. D’un côté, La France insoumise défend la candidature de Jean-Luc Mélenchon et met en avant un programme de rupture. De l’autre, le Parti socialiste cherche à organiser une primaire au sein d’un pôle allant de la gauche socialiste à Place publique.
Cette primaire doit départager plusieurs personnalités. Parmi elles figurent Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal. Le Parti socialiste a aussi retenu Jérôme Guedj dans le processus interne. Le vote est annoncé pour les 9 et 10 octobre 2026, puis les 16 et 17 octobre en cas de second tour. Le calendrier officiel de la primaire socialiste prévoit une participation ouverte aux adhérents et aux citoyens qui s’acquittent d’une contribution.
Le débat porte donc autant sur le programme que sur la méthode. Le Parti socialiste veut construire un candidat capable de rassembler la gauche démocratique, écologique et républicaine. La France insoumise estime, à l’inverse, que le rapport de force doit se construire autour de Jean-Luc Mélenchon.
Manon Aubry conteste l’idée d’un nouvel accord
Invitée sur franceinfo le 24 septembre, Manon Aubry a rejeté l’idée d’une alliance automatique avec le Parti socialiste. À la question d’un accord pour les prochaines législatives, l’eurodéputée insoumise a répondu : « La question, c’est pourquoi faire ? »
Son raisonnement repose sur l’expérience récente. La France insoumise et le Parti socialiste ont déjà participé à deux coalitions électorales : la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale en 2022, puis le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024.
Manon Aubry affirme ne pas regretter ces accords. Elle reproche toutefois aux socialistes de ne pas avoir respecté, selon elle, certains engagements pris dans le cadre de ces coalitions. Elle cite notamment leur refus de soutenir plusieurs motions de censure contre les gouvernements liés à Emmanuel Macron et leur attitude lors de votes budgétaires.
Une motion de censure est un vote par lequel les députés peuvent tenter de renverser le gouvernement. Dans les faits, son adoption exige une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Elle constitue donc un outil politique important, mais difficile à faire aboutir sans accord entre plusieurs groupes.
Pour l’élue insoumise, une alliance électorale n’a de sens que si elle repose sur des engagements contrôlables. Elle résume sa position par un mot : « cohérence ». Elle préfère désormais s’adresser directement aux électeurs de gauche plutôt qu’aux directions des partis.
Le précédent de la Nupes et du Nouveau Front populaire
La question n’est pas théorique. En 2022, la Nupes avait permis à la gauche de présenter des candidatures communes dans la plupart des circonscriptions. Elle avait obtenu 131 sièges et placé la gauche en première force d’opposition à l’Assemblée nationale. Le Parti socialiste rappelle le rôle d’Olivier Faure dans la création de la Nupes.
Deux ans plus tard, le Nouveau Front populaire est né après la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette alliance a permis à la gauche d’arriver en tête du scrutin législatif de 2024. Elle a aussi obtenu des résultats différents selon les territoires, avec des rapports de force parfois favorables aux socialistes, parfois à La France insoumise ou aux écologistes.
Pour les formations de gauche, le bilan reste donc ambivalent. L’union peut éviter la dispersion des voix et faciliter les qualifications au second tour. Mais elle peut aussi produire des désaccords sur les candidats, le programme et la stratégie parlementaire.
Cette difficulté est particulièrement forte dans les circonscriptions où plusieurs partis de gauche disposent d’un élu sortant ou d’un réseau militant solide. Une candidature commune peut y renforcer les chances de victoire. Elle peut aussi provoquer des tensions locales si un parti doit renoncer à investir son propre candidat.
Le PS défend une autre logique
Le Parti socialiste ne présente pas sa stratégie comme un simple accord électoral avec La France insoumise. En juillet 2026, ses militants ont choisi un processus prévoyant la désignation d’un candidat, puis une proposition de rassemblement aux partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine.
La résolution adoptée évoque un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement. Autrement dit, les socialistes veulent négocier à la fois le contenu, la répartition des candidatures et les conditions d’exercice du pouvoir. La stratégie présidentielle adoptée par les militants socialistes ne ferme donc pas la porte à des accords, mais elle ne les réduit pas à un soutien à Jean-Luc Mélenchon.
Cette position bénéficie d’abord au Parti socialiste. Elle lui permet de conserver une autonomie politique et de défendre son propre candidat. Elle répond aussi à une partie de son électorat, qui souhaite une alternative à Emmanuel Macron et à l’extrême droite, mais qui ne se reconnaît pas dans la stratégie de La France insoumise.
À l’inverse, La France insoumise cherche à éviter une négociation qui pourrait retarder ou affaiblir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Manon Aubry estime que son mouvement dispose déjà d’une équipe et d’un programme commun. Elle met en avant trois propositions : un Smic à 1 700 euros nets, la retraite à 60 ans et le blocage des prix.
Un désaccord sur le rapport de force
Le point central du désaccord concerne la capacité de la gauche à atteindre le second tour de la présidentielle. Manon Aubry affirme que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat de gauche en mesure d’y parvenir. Cette affirmation relève d’une stratégie de mobilisation et ne fait pas consensus dans les autres formations.
Le Parti socialiste mise plutôt sur la construction d’un candidat commun issu d’un espace plus large. Le parti affirme vouloir réunir des sensibilités allant de Raphaël Glucksmann à François Ruffin. Cette démarche cherche à élargir la base électorale de la gauche, mais elle suppose de résoudre des divergences importantes sur l’Europe, l’économie, les institutions et les relations internationales.
La discussion concerne aussi les électeurs. Une partie d’entre eux souhaite l’union pour éviter une nouvelle division au premier tour. Une autre refuse de soutenir une candidature ou un programme jugé trop radical. Les partis doivent donc arbitrer entre deux risques : perdre des voix en se présentant séparément, ou perdre des électeurs en s’alliant sur une base trop étroite.
La primaire, première étape décisive
Manon Aubry a également mis en doute la présence du vainqueur de la primaire socialiste sur la ligne de départ de la présidentielle. Elle a évoqué l’hypothèse d’une candidature de François Hollande, présenté comme étant « en embuscade ». Cette remarque souligne l’instabilité du paysage politique à plusieurs mois du scrutin.
La première échéance concrète sera toutefois la primaire socialiste et démocratique d’octobre 2026. Son niveau de participation donnera une première indication sur la capacité du Parti socialiste à mobiliser au-delà de ses adhérents.
Il faudra ensuite observer les discussions avec les autres partis, notamment sur le programme commun, les candidatures législatives et les règles de soutien au second tour. Le désaccord entre Manon Aubry et Olivier Faure ne porte donc pas seulement sur une alliance. Il pose une question plus large : la gauche doit-elle d’abord s’unir pour gagner, ou clarifier ses différences avant de chercher un accord ?



