Prix du carburant, menace russe et dissolution : ce que l’interview de Macron change pour les Français
Face à la flambée du carburant et aux tensions internationales, Emmanuel Macron détaille ses réponses et écarte une nouvelle dissolution avant la présidentielle.

Emmanuel Macron promet d’agir pour limiter la hausse du carburant et prévenir les pénuries, tout en privilégiant la diplomatie et une coordination internationale. Il juge crédible une nouvelle mobilisation russe et écarte une dissolution de l’Assemblée nationale à huit mois de la présidentielle.
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Que peut faire l’État quand le plein de carburant, le chauffage et les courses pèsent chaque semaine davantage sur les ménages ? Emmanuel Macron a tenté d’apporter des réponses, jeudi 24 septembre 2026, lors d’une interview diffusée simultanément sur TF1 et France 2.
Le chef de l’État a parlé pouvoir d’achat, risques de pénuries, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient et présidentielle. Il a aussi fermé la porte à une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, à huit mois du scrutin présidentiel.
Une prise de parole dans un climat de forte tension
Cette intervention intervient après plusieurs jours d’alertes présidentielles. Emmanuel Macron avait réuni les chefs de partis à l’Élysée pour évoquer la situation internationale et ses conséquences en France.
Le contexte est double. À l’étranger, les tensions se multiplient autour de la Russie, de l’Ukraine, de l’Iran et du Moyen-Orient. En France, la hausse des prix du carburant nourrit l’inquiétude et la colère.
L’entretien, mené par Gilles Bouleau et Caroline Roux, a duré environ trente minutes. Ce format commun aux deux grandes chaînes nationales permet au président de toucher une audience très large, au moment où les Français se préoccupent d’abord de leurs dépenses quotidiennes.
La dernière interview présidentielle de ce type remontait à juin 2024. Elle avait précédé de quelques jours la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette fois, Emmanuel Macron a clairement écarté cette hypothèse.
Carburants : agir sur les prix avant de baisser les taxes
Le sujet le plus concret concernait les prix à la pompe. Le gazole atteindrait environ 2,40 euros par litre. Pour les salariés qui dépendent de leur voiture, les artisans, les transporteurs et les habitants des zones rurales, cette hausse se transforme directement en perte de pouvoir d’achat.
Emmanuel Macron a reconnu que cette situation pouvait provoquer de la colère. Il a aussi estimé qu’une mobilisation sociale généralisée ne constituerait pas une réponse utile. Selon lui, l’urgence consiste à protéger les ménages et à éviter une envolée durable des prix.
Le président a toutefois refusé de faire de la baisse des taxes la première solution. Sa priorité serait d’abord de faire baisser les prix grâce à l’approvisionnement, à la diplomatie et à une action coordonnée entre grandes puissances.
Il n’a pas exclu une diminution de la fiscalité sur les carburants si la hausse devait se poursuivre. Cette possibilité dépendrait donc de l’évolution des cours et de la durée de la crise.
Le choix n’est pas neutre. Baisser les taxes peut soulager rapidement les automobilistes. En revanche, cela réduit les recettes publiques et bénéficie aussi aux ménages qui consomment le plus de carburant. Des aides ciblées peuvent mieux protéger les foyers modestes, mais elles sont plus complexes à mettre en place.
Le gouvernement veut également éviter les pénuries. Le président a assuré que la France disposait de stocks suffisants pour couvrir ses besoins en diesel, en gaz et en fioul jusqu’à la fin de l’année. Il a évoqué une autonomie d’environ 90 jours pour certains produits.
Concernant le gaz, le niveau de remplissage des stocks devrait atteindre 80 % dans les prochaines semaines. Cet objectif correspond au seuil fixé à l’échelle européenne. Ces réserves offrent un filet de sécurité, mais elles ne suppriment pas le risque d’une crise longue ou d’une nouvelle rupture d’approvisionnement.
Le Moyen-Orient au cœur de la bataille énergétique
Pour Emmanuel Macron, la flambée des prix s’explique largement par les tensions géopolitiques. Une partie importante des hydrocarbures et des produits raffinés circule depuis le Moyen-Orient. Toute perturbation dans cette zone peut donc atteindre les consommateurs européens.
Le président a annoncé l’envoi de moyens militaires français pour protéger le site énergétique de Yanbou, en Arabie saoudite. Il s’agirait de soldats, de radars et de systèmes de défense. L’objectif affiché est de sécuriser une infrastructure stratégique, sans engager les militaires français dans les combats.
Cette décision montre la difficulté de la situation. La France veut défendre ses intérêts énergétiques et ses partenaires, tout en évitant une implication directe dans un nouveau conflit.
Emmanuel Macron souhaite également convaincre les pays du G7 de libérer leurs stocks stratégiques de pétrole de manière coordonnée. Il s’oppose à une éventuelle interdiction américaine des exportations de gazole, qu’il juge mauvaise pour les marchés et les consommateurs.
Cette stratégie dépend cependant de décisions prises à l’étranger. La France peut négocier, coordonner et soutenir certains secteurs. Elle ne contrôle ni les choix américains, ni les routes maritimes, ni l’évolution des conflits au Moyen-Orient.
Ukraine : le risque russe s’étendrait à l’Europe
Le président a aussi consacré une large place à la guerre en Ukraine. Il a estimé crédible le scénario d’une nouvelle mobilisation russe de 300 000 hommes. Selon lui, Moscou semble prête à consentir de nouveaux sacrifices pour tenter de conquérir l’ensemble du Donbass.
Emmanuel Macron a également évoqué la possibilité d’attaques hybrides contre l’Europe. Cette expression désigne des actions qui ne prennent pas toujours la forme d’une offensive militaire classique : cyberattaques, désinformation, sabotages ou opérations clandestines.
Le chef de l’État a affirmé que la Russie pouvait considérer l’Europe comme une profondeur stratégique de l’Ukraine. Autrement dit, les pays européens pourraient être ciblés parce qu’ils soutiennent Kyiv.
Cette lecture renforce la justification de l’aide française à l’Ukraine. Elle inquiète toutefois une partie de l’opinion, qui redoute un élargissement du conflit. Le débat oppose donc deux priorités : aider un pays agressé et éviter une confrontation directe avec la Russie.
Dissolution écartée, présidentielle en ligne de mire
Sur le plan intérieur, Emmanuel Macron a exclu une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Il a défendu sa décision de juin 2024, prise après l’échec de la recherche d’une coalition majoritaire.
Le président a expliqué avoir voulu « remettre le pouvoir aux Français ». Il reconnaît désormais que le contexte est différent. À huit mois de l’élection présidentielle, une nouvelle dissolution ajouterait de l’instabilité à la guerre, au pouvoir d’achat et à la préparation du budget.
Cette position profite à la stabilité institutionnelle à court terme. Elle limite aussi les possibilités de recomposition parlementaire avant la fin du mandat. Les oppositions, elles, peuvent considérer que le président cherche surtout à éviter un nouveau désaveu électoral.
Emmanuel Macron n’a pas précisé le rôle qu’il entend jouer dans la dernière ligne droite avant la présidentielle. Il a cependant insisté sur la nécessité, pour les futurs candidats, de ne pas « s’affranchir du réel » et de prendre en compte les contraintes internationales, budgétaires et énergétiques.
Les prochaines échéances à surveiller
Le premier test concernera l’évolution des prix du carburant et l’absence éventuelle de pénuries dans les prochaines semaines. Le gouvernement devra aussi préciser les mesures destinées aux ménages et aux secteurs les plus exposés.
Sur le front diplomatique, il faudra suivre les discussions avec les partenaires du G7, la situation autour du détroit d’Ormuz et la protection des infrastructures énergétiques saoudiennes.
Enfin, le débat politique français se déplacera progressivement vers la présidentielle. La question centrale restera la même : comment répondre aux crises internationales sans aggraver la facture pour les ménages ni l’instabilité politique ?



