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INTERNATIONAL Moscou serre l’étau économique

Actifs français en Russie : pourquoi la riposte de Paris reste limitée face à Moscou

La Russie impose une administration temporaire aux actifs d’Auchan et de l’ex-Leroy Merlin. Paris dénonce un acte hostile et étudie des recours, mais ses moyens d’action restent limités.

Devanture de magasin en Russie avec chariots alignés, rideau de sécurité abaissé et parking vide sous lumière diffuse.
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En bref

Moscou a placé sous administration temporaire les activités russes d’Auchan, de l’ex-Leroy Merlin et de Nestlé. Paris dénonce une mesure hostile et envisage des recours internationaux. Pour les entreprises comme pour l’État français, cette procédure réduit fortement les possibilités de négocier ou de récupérer les actifs concernés.

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Que risque une entreprise française quand elle reste présente en Russie malgré la guerre en Ukraine ? La réponse se précise brutalement : ses actifs peuvent être placés sous contrôle russe, sans que Paris dispose d’un moyen immédiat pour les récupérer.

Une décision russe qui vise plusieurs groupes étrangers

Les autorités russes ont placé sous « administration temporaire » les actifs locaux de plusieurs entreprises occidentales. Sont concernés la filiale russe d’Auchan, l’ancienne entité de Leroy Merlin, désormais exploitée sous une autre marque, ainsi que des sociétés liées au groupe suisse Nestlé.

La mesure a été prise par décret présidentiel le jeudi 17 septembre 2026. Elle transfère la gestion des actifs à une société russe. En pratique, les groupes concernés perdent le contrôle opérationnel de leurs activités, même si la procédure est officiellement présentée comme provisoire.

Moscou justifie cette décision par l’appartenance des entreprises à des pays considérés comme « inamicaux ». La Russie vise ainsi les États occidentaux qui soutiennent l’Ukraine et appliquent des sanctions contre le pouvoir russe.

Cette procédure n’est pas nouvelle. Depuis 2023, la législation russe permet de placer sous administration temporaire les actifs de groupes étrangers issus de pays sanctionnant la Russie. Cette tutelle peut ensuite déboucher sur une vente forcée ou sur un transfert durable à des intérêts russes.

Roland Lescure dénonce un « acte hostile »

Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, a dénoncé une attaque visant directement les entreprises françaises. « C’est un acte hostile contre la France, contre les entreprises françaises qui n’étaient pas dans les secteurs qui étaient concernés par les sanctions », a-t-il déclaré vendredi 25 septembre.

Le ministre a demandé l’annulation des mesures russes. Il a également assuré que cette décision ne modifierait pas la position française sur la guerre en Ukraine.

« Ça ne nous en empêchera en aucun cas de continuer à mettre la pression (…) sur la Russie », a-t-il affirmé. Il a aussi employé l’expression de « chantage économique » pour qualifier la stratégie de Moscou.

La France avait déjà appelé les autorités russes à revenir sur leur décision. Elle s’était également déclarée en contact étroit avec les entreprises concernées.

Pourquoi cette procédure change concrètement la situation

Une administration temporaire ne signifie pas nécessairement une nationalisation immédiate. Elle permet toutefois au pouvoir russe de nommer un gestionnaire et de contrôler les activités locales. Les dirigeants étrangers peuvent alors perdre l’accès aux comptes, aux magasins, aux usines ou aux stocks.

Le risque principal concerne la valeur des actifs. Une entreprise qui souhaite vendre sa filiale russe doit déjà obtenir l’autorisation des autorités de Moscou. Elle doit souvent accepter une forte décote et des conditions de sortie strictes.

Si ses actifs sont placés sous tutelle, sa marge de négociation se réduit encore. Le groupe peut conserver la propriété juridique de certains biens, mais ne plus pouvoir décider de leur utilisation. Il peut aussi devoir engager de longues procédures pour contester la décision.

Pour Auchan, l’enjeu est particulièrement important. La Russie représentait l’un de ses principaux marchés étrangers. Le groupe y exploitait un vaste réseau de magasins et employait plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Pour l’ancienne filiale de Leroy Merlin, la situation est différente. Le groupe français Adeo avait annoncé en 2023 la cession du contrôle de ses activités russes à la direction locale. Les magasins ont ensuite changé d’identité commerciale. Cette évolution n’a toutefois pas empêché les autorités russes d’intégrer l’entité au dispositif de tutelle.

Le cas de Nestlé montre enfin que la mesure ne concerne pas uniquement les entreprises françaises. Les groupes suisses et européens peuvent également être visés dès lors que Moscou les rattache à des pays soutenant les sanctions occidentales.

Un choix difficile pour les entreprises occidentales

Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, les entreprises étrangères présentes en Russie sont confrontées à un dilemme. Rester permet de préserver une activité, des emplois locaux et des investissements. Partir peut entraîner une vente à perte, une rupture avec les salariés et la perte définitive du marché.

Les groupes qui ont quitté la Russie ont parfois dû céder leurs activités à un prix très inférieur à leur valeur initiale. D’autres ont conservé une participation indirecte ou un rôle limité. Dans les deux cas, leur départ est soumis à l’accord du Kremlin.

Les entreprises restées sur place ont, elles, été critiquées pour leur contribution au fonctionnement de l’économie russe. Leurs impôts, leurs achats locaux et leurs emplois alimentent indirectement un système économique qui finance l’effort de guerre, selon leurs détracteurs.

Les salariés russes et les consommateurs locaux sont aussi concernés. Une prise de contrôle peut préserver l’ouverture des magasins et le maintien des emplois à court terme. Mais elle peut également modifier la gouvernance, les fournisseurs, les produits disponibles et les conditions de travail.

En France, les entreprises concernées cherchent désormais à limiter les pertes financières et juridiques. Leur priorité est de comprendre l’étendue exacte du transfert et les pouvoirs attribués au gestionnaire russe.

Quels recours pour Paris et les groupes concernés ?

Roland Lescure a évoqué la possibilité de saisir des tribunaux internationaux. Cette option vise à contester la légalité de la prise de contrôle ou à obtenir une indemnisation.

Mais une procédure internationale peut être longue. Elle ne garantit pas une restitution rapide des magasins, des comptes ou des participations. Surtout, l’exécution d’une éventuelle décision dépendrait de la coopération de la Russie.

Le gouvernement français dispose donc surtout de leviers diplomatiques et économiques. Il peut coordonner sa réponse avec ses partenaires européens, renforcer les sanctions ou soutenir les entreprises dans leurs démarches juridiques.

Cette affaire illustre aussi une asymétrie importante. Moscou contrôle directement les actifs situés sur son territoire. Paris, de son côté, peut dénoncer la décision et exercer des pressions, mais ne peut pas intervenir matériellement dans les filiales concernées.

Les prochaines étapes à surveiller

La première échéance sera la clarification du rôle exact de la société russe chargée de l’administration. Il faudra notamment déterminer si elle peut vendre les actifs, modifier les contrats ou transférer les bénéfices.

Les réactions d’Auchan, de Nestlé et des entités liées à Leroy Merlin seront également décisives. Elles pourraient préciser les recours envisagés et l’ampleur des pertes potentielles.

Paris devra enfin décider s’il privilégie une réponse nationale ou une démarche coordonnée avec l’Union européenne. Le dossier pourrait devenir un nouveau point de tension entre les sanctions occidentales et les mesures de rétorsion russes.

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