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GRANDES PUISSANCES Le partage du pôle Sud

Qui contrôlera les ressources lunaires ? La rivalité Chine–États-Unis pourrait déjà peser sur notre avenir spatial

La Chine et les États-Unis accélèrent leurs programmes lunaires autour du pôle Sud. Derrière la glace d’eau, une compétition se joue sur les technologies, le droit spatial et l’influence internationale.

Robot de prospection lunaire en test dans un atelier spatial français, sur sol technique avec câbles et structures industrielles.
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En bref

La Chine et les États-Unis développent des missions vers le pôle Sud lunaire, où la glace d’eau pourrait fournir de l’oxygène, de l’eau et du carburant. Le pays qui installera une présence durable ne possédera pas la Lune, interdite d’appropriation nationale, mais pourrait bénéficier d’un avantage technologique et diplomatique majeur.

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Qui exploitera les premières ressources de la Lune ? La question paraît lointaine. Pourtant, elle pourrait bientôt peser sur les rapports de force entre les grandes puissances, mais aussi sur l’avenir de l’exploration spatiale.

Au pôle Sud lunaire, de la glace d’eau se trouve dans des cratères plongés dans l’obscurité permanente. Cette ressource pourrait fournir de l’eau potable, de l’oxygène et de l’hydrogène. Elle servirait donc à la fois aux astronautes et comme carburant pour de futurs vaisseaux.

Une nouvelle course à la Lune

La première course lunaire opposait les États-Unis et l’Union soviétique. Elle reposait surtout sur le prestige politique et technologique. La rivalité actuelle poursuit un objectif plus concret : installer des infrastructures durables et contrôler les points les plus utiles de la Lune.

Le tournant remonte à 2004. Le président américain George W. Bush annonçait alors une nouvelle stratégie d’exploration habitée. Elle devait ramener les astronautes américains sur la Lune avant 2020 et préparer des missions plus lointaines.

Quelques jours plus tard, la Chine approuvait officiellement son premier programme d’exploration lunaire. La feuille de route du programme Chang’e reposait sur trois étapes : orbiter, atterrir, puis rapporter des échantillons sur Terre.

À l’époque, le rapport de force semblait très déséquilibré. Les États-Unis exploitaient déjà plusieurs missions interplanétaires. La Chine venait tout juste de réussir son premier vol spatial habité, en octobre 2003, avec Yang Liwei.

Vingt ans plus tard, l’écart s’est fortement réduit. Les deux puissances préparent désormais des missions vers le pôle Sud lunaire. Elles cherchent aussi à attirer des partenaires, des entreprises et des États autour de leurs propres architectures.

Pourquoi les glaces lunaires sont si convoitées

L’eau lunaire ne constitue pas seulement une réserve à boire. Elle peut être séparée en hydrogène et en oxygène. Ces deux éléments servent à produire un carburant pour les fusées.

Cette technique porte un nom : l’utilisation des ressources locales. Elle consiste à exploiter les matériaux disponibles sur place plutôt qu’à tout transporter depuis la Terre. Or, chaque kilogramme envoyé dans l’espace coûte cher et mobilise des moyens considérables.

La glace pourrait donc transformer la Lune en étape intermédiaire. Un vaisseau y ferait le plein avant de poursuivre sa route vers Mars ou vers d’autres régions du Système solaire.

La prudence reste toutefois nécessaire. Les scientifiques savent que de la glace existe dans certaines zones polaires. En revanche, sa quantité exacte, sa profondeur et sa facilité d’extraction demeurent encore difficiles à établir.

Les missions américaines ont déjà repéré des traces d’eau dans des régions éclairées et de la glace dans des cratères constamment privés de lumière. La NASA estime que ces ressources pourraient soutenir de futures opérations, notamment grâce à des robots capables de cartographier leur concentration et leur accessibilité.

Dans ce domaine, les avantages ne seront pas identiques pour tous. Une grande puissance pourra financer des robots, des lanceurs et des installations énergétiques. Un pays moins riche devra probablement dépendre d’un programme international ou d’un fournisseur privé.

Deux stratégies, deux réseaux de partenaires

Les États-Unis avancent avec le programme Artemis. Celui-ci associe la NASA, des agences spatiales étrangères et plusieurs entreprises privées. L’objectif est de construire progressivement une présence humaine autour et sur la Lune.

Le calendrier américain a cependant évolué. En 2026, la NASA prévoit une mission Artemis III destinée à tester des opérations complexes en orbite terrestre. La première mission habitée vers la surface lunaire est désormais associée à Artemis IV, visée pour 2028.

Cette réorganisation montre une difficulté centrale : aller sur la Lune ne suffit pas. Il faut aussi maîtriser les rendez-vous entre vaisseaux, les atterrisseurs, le ravitaillement, les combinaisons et les systèmes de survie.

La Chine suit une trajectoire différente. Elle avance étape par étape avec les missions Chang’e. En 2024, Chang’e 6 a rapporté des échantillons de la face cachée de la Lune. Les missions Chang’e 7 et Chang’e 8 doivent ensuite étudier le pôle Sud et tester l’utilisation de ressources lunaires.

Pékin porte également le projet de Station internationale de recherche lunaire. Selon le programme présenté par les autorités chinoises, une première base serait construite dans la région du pôle Sud d’ici 2035. Une extension pourrait suivre à l’horizon 2045.

La Chine souhaite attirer la Russie et d’autres partenaires. Cette stratégie lui permet de partager les coûts, d’élargir son influence et de proposer une alternative au réseau constitué autour des États-Unis.

Le droit spatial ne prévoit pas de « premier arrivé, premier servi »

Le Traité de l’espace de 1967 interdit à un État de s’approprier la Lune. Aucun pays ne peut donc en revendiquer la souveraineté simplement parce qu’il y installe une base.

Le texte autorise toutefois l’exploration et l’utilisation de l’espace par tous les États. Il impose aussi d’éviter les interférences dangereuses et de tenir compte des activités menées par les autres puissances.

La difficulté vient de la frontière entre utiliser une ressource et s’approprier un territoire. Extraire de la glace dans un cratère ne signifie pas forcément posséder le cratère. Mais une installation autour de cette zone pourrait, dans les faits, en limiter l’accès.

Les États-Unis défendent cette interprétation dans les Accords Artemis sur l’exploration lunaire. Ces principes prévoient notamment la création de « zones de sécurité » autour des opérations afin d’éviter les collisions ou les perturbations.

Le principe se veut pratique. Il est aussi contesté par certains États, qui redoutent qu’une zone temporaire de sécurité devienne une manière indirecte de contrôler un site stratégique.

La Chine affirme de son côté agir dans le cadre du droit international et présente sa future station comme un projet ouvert à la coopération. Mais son partenariat étroit avec la Russie alimente également la compétition entre deux blocs spatiaux.

Un enjeu scientifique, industriel et géopolitique

La bataille lunaire ne concerne pas seulement les gouvernements. Elle implique aussi les entreprises qui construisent les fusées, les robots, les modules d’habitation et les systèmes de communication.

Pour les industriels américains, Artemis représente un marché public majeur et une occasion de développer des technologies réutilisables. Pour la Chine, la maîtrise de la chaîne spatiale renforce une industrie nationale déjà très intégrée, des lanceurs aux satellites.

Les citoyens ne verront pas immédiatement les effets de cette compétition. Pourtant, les investissements engagés pourraient influencer les budgets publics, les emplois industriels et les priorités scientifiques pendant plusieurs décennies.

La rivalité comporte aussi des risques. Plus les infrastructures se multiplieront, plus les règles de circulation, de partage des données et de protection des sites historiques deviendront nécessaires. Les premiers équipements posés sur la Lune pourraient compliquer les missions des suivants.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Les prochaines étapes seront déterminantes. Côté américain, il faudra suivre les essais des atterrisseurs commerciaux et la préparation d’Artemis III en 2027, avant la mission lunaire habitée envisagée en 2028.

Côté chinois, les missions Chang’e 7 et Chang’e 8 doivent préciser la nature des ressources présentes au pôle Sud et tester leur utilisation sur place.

Le véritable avantage ne reviendra donc pas nécessairement au premier pays qui posera un équipage. Il pourrait revenir à celui qui saura installer une présence régulière, sécuriser ses opérations et convaincre le plus grand nombre de partenaires.

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