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ÉCONOMIE Des colères aux revendications multiples

Logement, retraites, études : pourquoi les mobilisations sociales européennes prennent des formes si différentes

Des manifestations sont annoncées dans plusieurs pays, mais les revendications varient du logement aux retraites et aux études. En France, les autorités prévoient un important dispositif de sécurité, tandis que les mobilisations restent inégalement organisées ailleurs.

Véhicules blindé et lanceur d’eau stationnés dans un dépôt, avec carrosseries usées, clôture et bâtiments fonctionnels.
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En bref

Des rassemblements annoncés dans plusieurs pays européens portent sur des enjeux différents : accès au logement au Portugal, défense des retraites en Espagne, frais d’études en Belgique et revendications étudiantes en Albanie. En France, l’État prévoit 70 000 policiers et gendarmes. Ces mobilisations traduisent des tensions sociales communes, mais rien ne permet de les considérer comme un

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Payer son logement, financer ses études, vivre de sa retraite : derrière les manifestations européennes, les inquiétudes touchent au quotidien. Mais des difficultés proches ne produisent ni les mêmes revendications, ni les mêmes mobilisations.

De nouveaux rassemblements sont annoncés pour le samedi 24 octobre 2026, notamment en France, en Italie, au Portugal et en Espagne. Leur ampleur attendue varie fortement. Certains reposent sur des organisations identifiées ; d’autres circulent surtout sur les réseaux sociaux.

Des difficultés communes, sans mouvement européen unique

Le logement constitue un point de rencontre entre plusieurs contestations. Au Portugal, les manifestants dénoncent la spéculation et le manque de logements accessibles. En Espagne, des organisations de locataires soutiennent aussi une mobilisation consacrée aux retraites. En Belgique, les frais liés aux études supérieures figurent parmi les motifs de colère.

Cette pression s’inscrit dans une évolution durable. Entre 2015 et le troisième trimestre 2025, les prix immobiliers ont augmenté de 63,6 % dans l’Union européenne. Les loyers ont progressé de 21,1 %, d’après les données d’Eurostat sur les prix des logements et les loyers.

Ces moyennes ne racontent cependant pas toutes les situations. Dans le même intervalle, les prix d’achat ont bondi de 169 % au Portugal. Il s’agit bien du prix des biens immobiliers, et non d’une hausse équivalente des loyers. Cette distinction compte pour comprendre les difficultés des candidats à l’achat comme celles des locataires.

Les intérêts divergent donc aussi entre habitants. Une hausse immobilière peut valoriser le patrimoine d’un propriétaire, tout en éloignant l’accès à la propriété d’un jeune ménage. En 2024, 68 % des habitants de l’Union vivaient dans un ménage propriétaire de son logement, contre 32 % dans un logement loué, selon le panorama européen du logement publié par Eurostat.

En France, une nouvelle mobilisation sous forte surveillance

Après les manifestations et les violences du 17 octobre, un nouvel appel présente la journée française comme un « acte II ». Les autorités annoncent un dispositif de 70 000 policiers et gendarmes. Laurent Nuñez prévoit des effectifs locaux, des forces mobiles et plusieurs unités spécialisées, dont le RAID, le GIGN et la BRI parisienne.

Une vingtaine de blindés Centaure et 15 engins lanceurs d’eau doivent compléter ce dispositif. Des militaires de l’opération Sentinelle assureront également la protection de sites sensibles. Leur mission ne consiste pas à intervenir directement face aux manifestants pour maintenir l’ordre.

Emmanuel Macron a indiqué que les préfets examineraient les demandes des organisations syndicales. Il souhaite aussi interdire les rassemblements non syndicaux « partout où on le peut ». Les autorités envisagent de modifier certains parcours pour protéger commerces, centres-villes et bâtiments publics.

Le cadre juridique mérite toutefois une précision. La procédure de déclaration d’une manifestation sur la voie publique prévoit une démarche préalable auprès des autorités. Elle ne réserve pas l’organisation aux syndicats. La déclaration indique notamment l’objet, les horaires, le parcours et les responsables du rassemblement.

L’enjeu oppose donc deux exigences concrètes : permettre l’expression collective et prévenir les violences. Les commerçants et riverains ont intérêt à la protection des lieux. Les participants ont, eux, intérêt à des parcours permettant de rendre leurs revendications visibles. Une restriction du trajet touche directement cet équilibre.

Au Portugal et en Espagne, logement et retraites se croisent

À Lisbonne, le mouvement « Camp de Lisbonne » annonce une manifestation contre la spéculation et pour le droit au logement. D’autres rassemblements doivent avoir lieu à Porto. Ils interviennent après l’évacuation policière, le 20 octobre, de campements installés dans les deux villes. À Lisbonne, les forces de l’ordre avaient interpellé 55 personnes.

Pour les ménages concernés, la question dépasse le seul montant du loyer : elle porte aussi sur la possibilité de trouver un logement. Les manifestants demandent une réponse à cette difficulté. Cependant, les données européennes invitent à distinguer les prix d’achat, les loyers et les revenus plutôt qu’à les confondre dans un indicateur unique.

À Madrid, une manifestation nationale doit défendre le système public de retraites. Plusieurs organisations de retraités et la CGT espagnole la soutiennent. Le départ est annoncé à midi depuis Atocha. Des organisations de locataires appellent également à participer.

Ce rapprochement peut élargir la mobilisation, sans effacer les différences. Les retraités défendent leur revenu de remplacement. Les locataires cherchent à contenir une dépense contrainte. Leur point commun reste la somme disponible une fois les charges essentielles payées.

Italie, Belgique, Albanie : des rapports de force distincts

En Italie, les manifestations du 17 octobre ont notamment touché Turin, Bologne et Milan. Dans cette dernière ville, environ 5 000 personnes ont participé. Les violences du week-end ont conduit à 271 interpellations, dont 32 arrestations. Des commerces ont subi des pillages.

Giorgia Meloni a annoncé le déploiement de 500 soldats à Milan jusqu’à la fin de l’année, en soutien à la police. Le gouvernement a aussi approuvé un décret renforçant les mesures visant les mineurs impliqués dans des violences. Il prévoit notamment des amendes pour leurs parents. De nouveaux appels circulent sous le nom de mouvement « 17 octobre ».

En Belgique, la situation paraît moins structurée : aucune demande officielle n’est annoncée pour samedi, tandis que des appels anonymes circulent. La police bruxelloise dit suivre ces messages, sans identifier leurs auteurs ni pouvoir estimer la participation.

En Albanie, enfin, les revendications étudiantes rejoignent une contestation plus ancienne contre le gouvernement d’Edi Rama. Les jeunes demandent de meilleures conditions d’études et davantage de soutien public. Certains réclament également le départ du Premier ministre.

Le 24 octobre, trois éléments permettront de mesurer la suite de ces mouvements : la participation réelle, les décisions locales encadrant les rassemblements et les réponses apportées aux revendications sociales. L’existence de manifestations simultanées ne suffira pas, à elle seule, à établir une coordination européenne.

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