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ÉCONOMIE & SOCIéTé La rue face au pouvoir

Du cortège à la grève générale : les revendications sociales peuvent-elles contraindre l’exécutif à négocier ?

Après la manifestation du 24 octobre à Paris, Jean-Luc Mélenchon appelle Emmanuel Macron à répondre aux revendications et évoque une grève générale dès le 5 novembre. Le parcours imposé nourrit aussi les critiques des syndicats et des Écologistes.

Un cortège de manifestants vus de dos avance sur une avenue parisienne mouillée, entre immeubles et mobilier urbain, sous un ciel gris.
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En bref

Après la mobilisation du 24 octobre, Jean-Luc Mélenchon appelle Emmanuel Macron à répondre aux revendications sociales et anticipe une grève générale à partir du 5 novembre. Le changement tardif du parcours parisien, contesté par les syndicats et les Écologistes, ajoute une tension sur le droit de manifester et la gestion de l’ordre public.

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Comment obtenir des réponses sur les prix, les salaires ou les études quand le débat se concentre sur les violences et les parcours des manifestations ? La mobilisation du 24 octobre place cette question au cœur du bras de fer entre la gauche, les syndicats et l’exécutif.

Des revendications sociales derrière la bataille du maintien de l’ordre

Le mouvement rassemble plusieurs colères, sans les confondre. Des lycéens se mobilisent depuis plus d’un mois. Des étudiants et des organisations de salariés les rejoignent. La contestation contre la vie chère élargit encore ce rassemblement, après une journée du 17 octobre marquée par des violences.

Dans son appel à manifester, le mouvement insoumis défend notamment le blocage des prix, la hausse des salaires et l’abrogation de Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur. Il réclame aussi 10 milliards d’euros pour répondre aux demandes des lycéens et des étudiants. Ce montant constitue une revendication politique, pas une enveloppe budgétaire acquise. L’appel insoumis détaille ces demandes sociales et éducatives.

Ces mesures visent des publics différents : les consommateurs pour les prix, les salariés pour les rémunérations, les jeunes pour l’accès aux études. Leur traduction concrète suppose toutefois des choix distincts. Une décision sur les admissions ne répond pas aux mêmes besoins qu’une augmentation salariale ou qu’un financement supplémentaire des établissements.

Mélenchon veut transformer la mobilisation en pression durable

Présent dans le cortège parisien, porte d’Italie, Jean-Luc Mélenchon exhorte Emmanuel Macron à « céder ». Le candidat à la présidentielle affirme que le chef de l’État « va comprendre que ça va se répéter toutes les semaines ». Il présente ainsi la manifestation comme une étape, et non comme une démonstration isolée.

Son raisonnement repose sur une montée de la pression. Selon lui, l’exécutif doit répondre immédiatement aux revendications, faute de quoi il devra le faire dans des conditions « beaucoup plus hasardeuses ». Il évoque même une « porte de sortie » pour Emmanuel Macron. Il s’agit d’un avertissement politique, pas de l’annonce d’une procédure institutionnelle.

Le responsable insoumis désigne surtout une prochaine échéance : le 5 novembre. Il estime que « ce qui pend au nez maintenant » de l’exécutif, c’est « la grève générale », en référence à l’appel de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Cette généralisation reste un objectif de mobilisation, pas un résultat déjà établi.

Pour Jean-Luc Mélenchon, cette stratégie permet aussi d’articuler contestation sociale et candidature présidentielle. Les syndicats poursuivent, eux, leur propre objectif : obtenir des réponses aux revendications. Le soutien d’un parti et la conduite d’un mouvement syndical peuvent se rejoindre, sans relever du même mandat.

À Paris, un changement de parcours aux conséquences très concrètes

La dispute porte également sur les conditions du défilé. Le parcours initial entre Bastille et Nation a laissé place à un itinéraire entre les portes d’Italie et de Vincennes. La préfecture de police a imposé ce changement la veille. Le tribunal administratif a rejeté les recours contre ce nouveau tracé, qui reste donc le seul autorisé.

Jean-Luc Mélenchon demande à l’exécutif « d’arrêter les provocations ». Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, décrit pour sa part des militants désorientés, ne sachant plus où rejoindre leur cortège. Elle accuse le pouvoir de temporiser plutôt que de répondre aux demandes formulées depuis un mois.

Le changement ne touche pas seulement les organisateurs. Il complique les déplacements des participants et déplace les contraintes vers d’autres quartiers. Sur le nouveau parcours, des commerçants ferment ou protègent leurs locaux. Le tramway T3a connaît aussi une interruption partielle. Pour les riverains comme pour les manifestants, la décision modifie donc directement la journée. Le suivi des conséquences du nouveau parcours parisien documente ces perturbations.

L’exécutif oppose la sécurité, les syndicats réclament du dialogue

Le gouvernement défend une autre priorité : empêcher la répétition des violences du 17 octobre. Emmanuel Macron a annoncé que seules les manifestations syndicales seraient autorisées. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, a indiqué que les autorités pourraient interdire les rassemblements dont elles ne pourraient assurer correctement la sécurité.

Cette position vise la protection des personnes, des commerces et des bâtiments. Elle sert aussi la volonté de l’exécutif d’afficher sa maîtrise de l’ordre public. Mais elle ne répond pas, à elle seule, aux demandes sociales. Inversement, le soutien aux revendications ne règle pas la question de la protection des participants et des riverains.

La critique du changement de parcours dépasse les responsables politiques. À la CFDT d’Île-de-France, Raphaël Breton réclame le rétablissement du dialogue et conteste des règles qui changent sans cesse. À la CGT de Paris, Karl Ghazi dénonce lui aussi les conditions imposées au cortège. Les deux représentants envisagent déjà la mobilisation du 5 novembre.

Le 5 novembre, un test différent de celui des cortèges

Passer de la manifestation à une grève étendue change la nature du rapport de force. La participation dépend alors de la capacité des salariés à interrompre leur travail, mais aussi à supporter une perte de rémunération. Les travailleurs aux revenus les plus serrés n’affrontent donc pas les mêmes contraintes que les responsables politiques qui appellent à prolonger le mouvement.

L’enjeu des prochains jours sera double : observer les réponses concrètes de l’exécutif et mesurer l’extension des appels syndicaux. Le 5 novembre permettra surtout de distinguer la perspective avancée par Jean-Luc Mélenchon de la mobilisation effectivement construite dans les entreprises et les services publics.

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