Pouvoir d’achat, école et services publics : pourquoi la colère sociale met le gouvernement face à des choix concrets
Lycéens, gilets jaunes et syndicats défendent des priorités différentes, mais convergent sur le pouvoir d’achat et les services publics. Le gouvernement annonce des discussions et des mesures scolaires, sans répondre encore à toutes les revendications.

Des lycéens et étudiants réclament de meilleures conditions d’étude, tandis que les gilets jaunes dénoncent le coût de la vie et que les syndicats demandent des hausses de salaires et des moyens pour les services publics. Le gouvernement annonce des remplacements d’enseignants et des discussions, mais les organisations mobilisées jugent les réponses insuffisantes. La suite dépendra des décisions
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Comment payer ses dépenses, étudier dans de bonnes conditions et obtenir des réponses des pouvoirs publics ? Derrière les mobilisations de la jeunesse, des gilets jaunes et des syndicats, ces préoccupations se rejoignent, sans former un programme commun.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu répond par des consultations, des annonces scolaires et des discussions sur le pouvoir d’achat. Mais un désaccord demeure : les manifestants demandent des engagements concrets, tandis que l’exécutif maintient son objectif de rétablissement des finances publiques.
Une colère commune, des besoins différents
Depuis la mi-septembre, des lycéens et des étudiants bloquent des établissements et manifestent. Les gilets jaunes ont ensuite appelé à descendre dans la rue le 17 octobre, lors d’une journée marquée par des violences. Après une mobilisation centrée sur la fonction publique le 29 septembre, l’intersyndicale prépare une nouvelle journée le 5 novembre.
Ces mouvements défendent principalement le pouvoir d’achat, les services publics et la justice sociale. Pourtant, leurs priorités diffèrent. Un étudiant attend une bourse ou un logement accessible. Un salarié réclame une augmentation. Certains collectifs de gilets jaunes veulent aussi transformer les institutions.
Les difficultés budgétaires ne touchent pas tous les ménages de la même manière. Une étude de l’Insee sur les effets de l’inflation en 2023 montre que la hausse du niveau de vie avait compensé seulement la moitié du surcoût pour les 20 % les plus modestes. Elle l’avait plus que compensé pour les 20 % les plus aisés. Ce précédent éclaire la demande de mesures ciblées sur les revenus faibles.
Pour la jeunesse, des cours assurés et des études accessibles
Les lycéens mobilisés réclament la suppression ou une refonte profonde de Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur. Ils demandent aussi de revoir les rythmes scolaires et d’abroger la réforme du lycée de 2018, qui a supprimé les séries générales.
Leurs revendications portent également sur le remplacement des enseignants absents, des classes moins chargées et la rénovation des bâtiments. Ils souhaitent notamment mieux adapter les établissements aux fortes chaleurs et manifester sans violences policières.
Du côté étudiant, la Fage, l’Union étudiante et l’Unef défendent dix revendications, dont elles évaluent le coût total à 10 milliards d’euros. Elles demandent notamment 250 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur public, une réforme des bourses comprenant 200 euros mensuels supplémentaires et la rénovation des résidences universitaires insalubres.
Ces demandes visent d’abord les jeunes dépendants des aides et des capacités d’accueil publiques. Leur enjeu dépasse donc l’orientation : il concerne aussi la possibilité matérielle de poursuivre des études.
En réponse, le gouvernement a annoncé le 8 octobre le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants là où les besoins l’exigent. La consultation Agora, ouverte jusqu’au 23 octobre, devait également recueillir les difficultés des lycéens.
Reste une contrainte pratique : annoncer des moyens ne garantit pas leur disponibilité dans chaque discipline. Le Pacte enseignant pour les remplacements de courte durée repose notamment sur des missions supplémentaires volontaires. Le nombre de professeurs mobilisables compte donc autant que l’enveloppe annoncée.
Salaires et fiscalité : qui doit supporter l’effort ?
L’intersyndicale réclame l’ouverture immédiate de négociations salariales dans les entreprises et les branches professionnelles. Elle demande aussi l’égalité salariale femmes-hommes, une hausse des pensions, du smic et des prestations sociales. Pour les fonctionnaires, elle souhaite augmenter le point d’indice, la base de calcul de leur traitement.
La CGT et Solidaires veulent indexer tous les salaires sur l’inflation. Cette mesure protégerait les salariés contre la hausse des prix. Elle imposerait aussi aux employeurs d’ajuster les rémunérations, plutôt que de laisser cette protection dépendre des négociations.
Les syndicats proposent parallèlement de mobiliser davantage les patrimoines élevés. La CFDT défend un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines financiers dépassant 100 millions d’euros. Elle estime son rendement à 5,5 milliards d’euros annuels. Son projet d’ISF climatique, modulé selon l’empreinte carbone des placements, rapporterait près de 15 milliards selon ses calculs.
Ces montants restent des estimations syndicales, pas des recettes acquises. La CGT souhaite notamment renforcer l’impôt sur la fortune et réexaminer les niches fiscales. FO réclame une fiscalité plus progressive, faisant davantage contribuer les revenus élevés.
Face à ces demandes, Sébastien Lecornu a chargé le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, de discuter avec les syndicats et le patronat. Dans son courrier du 20 octobre, il maintient toutefois une limite : respecter les engagements de redressement des finances publiques.
Des discussions ouvertes, mais peu d’engagements arrêtés
Après leur rencontre du 21 octobre à Matignon, les responsables syndicaux ont exprimé leur déception. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé « aucune prise en compte de nos revendications ». Marylise Léon, à la tête de la CFDT, a également demandé des réponses sociales.
Le président de la CFTC, Cyril Chabanier, a néanmoins relevé une ouverture sur le smic. Il faut ici distinguer deux décisions : avancer une hausse automatique ou accorder une augmentation supplémentaire. Le mécanisme légal de revalorisation du smic prévoit déjà une hausse annuelle et un ajustement lorsque l’indice de référence des prix progresse d’au moins 2 %. Une anticipation ne constituerait donc pas nécessairement un gain supplémentaire durable.
Les collectifs de gilets jaunes portent, eux, des demandes institutionnelles distinctes. Certains réclament la démission d’Emmanuel Macron. D’autres défendent un référendum d’initiative citoyenne ou un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Ces positions ne constituent pas une plateforme commune avec les syndicats.
Deux échéances permettront désormais de mesurer les réponses gouvernementales : la réunion du 26 octobre avec les représentants de la communauté éducative, puis la mobilisation du 5 novembre. Pour les jeunes comme pour les salariés, le point décisif sera le passage des discussions aux décisions, avec des moyens, un calendrier et des bénéficiaires clairement identifiés.



