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INTERNATIONAL Israël, l’épreuve de la continuité

Après les élections en Israël, la France maintiendra-t-elle sa ligne sur la création d’un État palestinien ?

Jean-Noël Barrot affirme que la diplomatie française défendra la coexistence de deux États, quel que soit le futur gouvernement israélien. Les résultats partiels et la progression des partis arabes pourraient peser sur la formation de la coalition.

Journaliste dans une rédaction française préparant un sujet sur la diplomatie et les élections israéliennes, avec carnet et micro sans logo.
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En bref

Jean-Noël Barrot assure que la France continuera de défendre la coexistence d’Israël et d’un État palestinien, quel que soit le résultat des élections israéliennes. Le dépouillement partiel ne dégage pas encore de majorité, tandis que les partis arabes progressent. La future coalition et ses décisions pèseront sur les relations avec Paris.

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Un changement de gouvernement en Israël peut-il modifier les engagements français envers les Palestiniens ? Pour Paris, la sécurité des Israéliens et le droit des Palestiniens à disposer d’un État doivent rester liés, quelle que soit la majorité issue des urnes.

Deux États : un engagement qui dépasse le scrutin

La position française repose sur un objectif : un État israélien et un État palestinien vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Cette formule suppose une reconnaissance mutuelle. Elle ne règle toutefois pas, à elle seule, les questions du territoire, des frontières ou des garanties de sécurité.

La France a franchi une étape le 22 septembre 2025, lorsque Emmanuel Macron a reconnu l’État de Palestine aux Nations unies. Le cadre diplomatique présenté par le Quai d’Orsay associe cette reconnaissance à la recherche d’un règlement durable du conflit. Paris ne présente donc plus l’État palestinien comme une simple perspective lointaine.

Cette orientation explique les tensions avec les autorités israéliennes. Elle engage aussi la crédibilité française : changer d’objectif au gré d’une élection reviendrait à fragiliser une décision diplomatique déjà prise.

Barrot attend les résultats, sans promettre de rapprochement

Mercredi 28 octobre 2026, Jean-Noël Barrot a réaffirmé cette continuité. « Notre cap ne variera pas », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères. Il a résumé l’objectif : « la sécurité pour Israël », mais aussi « la perspective de deux États vivant côte à côte, reconnus et respectés dans leur droit, en paix ».

À ce stade du dépouillement, environ la moitié des suffrages avaient été comptés. Aucune majorité gouvernementale ne se dessinait. Les sondages publiés à la sortie des urnes, mardi, plaçaient déjà les camps au coude-à-coude, sans majorité.

Le ministre a donc refusé d’anticiper une relation plus apaisée avec un gouvernement issu de l’opposition à Benyamin Nétanyahou. « Il faut attendre la fin du dépouillement », a-t-il insisté. Puis il a précisé sa méthode : « Il faut prendre les gouvernements que les peuples vous donnent. »

Autrement dit, Paris distingue son interlocuteur de ses objectifs. La France travaillera avec le gouvernement constitué après les élections. Cela ne signifie ni qu’elle approuvera ses décisions, ni qu’une alternance suffirait à effacer les désaccords.

Le poids des partis arabes, sans majorité garantie

Jean-Noël Barrot a également relevé une participation qu’il qualifie de record. Selon lui, elle montre que « le peuple israélien avait quelque chose à dire ». Il a surtout souligné les résultats des partis arabes, évoquant des « scores historiques ».

Cette progression pourrait renforcer leur poids parlementaire. Mais le ministre lui-même reste prudent : elle va « sans doute peser » sur les choix du futur gouvernement. Les résultats partiels peuvent encore évoluer fortement.

Il faut ainsi distinguer trois étapes : compter les voix, connaître la répartition définitive des sièges, puis observer les accords politiques. Un meilleur résultat électoral ne garantit ni l’entrée au gouvernement ni la capacité d’imposer son programme.

Pour les partis arabes, l’enjeu est de convertir des suffrages en influence. Pour les autres formations, il consiste à déterminer avec quels partenaires gouverner. Pour Paris, enfin, le test sera moins l’étiquette de la coalition que ses décisions concernant les Palestiniens et la sécurité régionale.

Les colonies, point de rencontre entre diplomatie et économie

Emmanuel Macron a récemment annoncé vouloir cesser le commerce avec les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée. Cette orientation vise un périmètre précis : les colonies, et non l’ensemble de l’économie israélienne.

La distinction existe déjà dans les règles commerciales européennes. La Commission européenne détaille les contrôles d’origine applicables aux échanges avec Israël. Les marchandises issues des colonies ne bénéficient pas du traitement tarifaire préférentiel prévu par l’accord entre l’Union européenne et Israël. Une exclusion des avantages douaniers reste toutefois différente d’une interdiction de commerce.

Concrètement, une cessation des échanges poserait la question du contrôle du lieu de production. Les importateurs devraient distinguer les fournisseurs et vérifier les justificatifs. Les entreprises des colonies seraient directement concernées, contrairement aux producteurs installés en Israël hors de ces territoires.

Le débat dépasse donc le symbole diplomatique. Il porte sur les débouchés économiques des colonies et sur les moyens de rendre la position française effective. Sans modalités d’application précises, une annonce ne permet pas encore de mesurer les conséquences pour chaque acteur.

Des critiques opposées sur les moyens d’obtenir la paix

La stratégie française rencontre des critiques de sens contraire. Dès septembre 2025, Marine Le Pen dénonçait la reconnaissance de la Palestine, estimant qu’elle encourageait les islamistes. À l’inverse, Fabien Roussel jugeait cette reconnaissance insuffisante et réclamait des sanctions économiques. Ces réactions politiques à la reconnaissance de l’État palestinien illustrent deux désaccords : faut-il conditionner davantage le geste diplomatique, ou lui donner des conséquences plus fortes ?

La feuille de route soutenue par Paris prévoit aussi le désarmement du Hamas et la fin de son autorité à Gaza. Elle cherche ainsi à associer une perspective politique pour les Palestiniens à des garanties pour les Israéliens, plutôt qu’à opposer leurs droits.

Reste la faisabilité. Dans une analyse publiée par l’Ifri en juin 2024, l’historien et ancien ambassadeur israélien Élie Barnavi défendait deux États, tout en soulignant les obstacles accumulés : colonisation, échec des accords d’Oslo et stratégies régionales. Son diagnostic insistait sur la nécessité d’une pression des États-Unis et de leurs alliés.

Dans les prochains jours, deux éléments permettront de dépasser les déclarations : les résultats définitifs du scrutin et les premiers accords de coalition. Côté français, les modalités de cessation du commerce avec les colonies constitueront l’autre décision concrète à surveiller.

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