En Serbie, la victoire étudiante peut-elle desserrer l’emprise du parti sur l’État et rendre les marchés publics plus transparents ?
La Liste étudiante a remporté une majorité absolue face au camp d’Aleksandar Vučić, après deux ans de mobilisation contre la corruption. Elle doit maintenant transformer cette victoire en réformes, sans politiser à son tour la justice et l’administration.

La Liste étudiante a obtenu une majorité absolue aux législatives serbes, mettant fin à quatorze ans de domination du Parti progressiste serbe. Sa victoire, née d’une mobilisation après la catastrophe de Novi Sad, ouvre un défi majeur : rendre l’administration, les marchés publics et la justice plus indépendants, tout en évitant que les nouvelles autorités exercent les mêmes pressions politiques.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Peut-on changer de gouvernement quand un parti tient aussi les emplois publics, les médias et les grands contrats ? En Serbie, la victoire électorale d’un mouvement étudiant ouvre une seconde bataille : transformer l’État sans reproduire ses pratiques.
Une catastrophe devenue une question politique
Le point de départ n’est pas un programme électoral. Le 1er novembre 2024, l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad fait 16 morts. Le bâtiment venait de connaître une rénovation. Pour les manifestants, cette catastrophe pose une question concrète : qui contrôle les travaux publics et qui répond des défaillances ?
Les demandes de transparence débouchent sur une mobilisation contre la corruption. Les étudiants bloquent des universités. Des enseignants, des agriculteurs et d’autres travailleurs les rejoignent. La contestation dépasse ainsi les campus, comme le retrace une étude du Parlement britannique sur la crise politique serbe.
En janvier 2025, le premier ministre Miloš Vučević démissionne. Mais ce départ ne suffit pas à arrêter les manifestations. En mai, le mouvement étudiant réclame des élections anticipées et annonce qu’il présentera une liste. La demande de responsabilité devient une stratégie de conquête du pouvoir.
Une majorité absolue contre quatorze ans de domination
Le scrutin législatif du 25 octobre 2026 marque la rupture. Dans son décompte préliminaire du 26 octobre, portant sur 97,56 % des bureaux, la commission électorale attribue 52,71 % des voix à la Liste étudiante. La coalition conduite par Aleksandar Vučić obtient 39,17 %, selon les résultats préliminaires officiels des législatives serbes.
La répartition annoncée donne 140 sièges sur 250 aux vainqueurs : davantage que les 126 nécessaires pour disposer d’une majorité absolue. Ces chiffres précisent les premières estimations, proches de 52,5 %. Ils restent à distinguer des résultats définitifs, après les procédures électorales.
Ce vote met fin à quatorze années de domination gouvernementale du Parti progressiste serbe, le SNS. Vučić avait quitté la présidence en septembre 2026 pour conduire sa coalition aux législatives. La défaite concerne donc une formation installée au sommet de l’État, pas seulement un gouvernement devenu impopulaire.
Le collectif et le terrain contre la personnalisation
La campagne oppose deux méthodes. Celle de Vučić repose fortement sur sa personne. Celle de la Liste étudiante privilégie le collectif, avec des candidats moins visibles individuellement. Les réseaux militants et les comptes officiels du mouvement occupent une place centrale dans sa communication.
Les observateurs internationaux des élections serbes décrivent cette différence. Ils relèvent aussi le recours au porte-à-porte et aux activités de proximité pendant la campagne. Le mouvement ne s’est donc pas contenté de remplir les rues ou d’exister sur les réseaux sociaux.
Son nom peut toutefois induire en erreur. La liste soutenue par les étudiants rassemble notamment des universitaires, des enseignants et des experts. Elle cherche ainsi à convertir l’énergie protestataire en capacité de gouvernement, en s’appuyant sur des compétences extérieures aux partis traditionnels.
Cette organisation collective répond à une logique de démocratie directe : maintenir les décisions près des participants plutôt que concentrer l’autorité autour d’un chef. Mais gouverner impose désormais d’identifier des responsables, de trancher des désaccords et de répondre devant le Parlement.
Pour les salariés et les entreprises, des enjeux différents
L’alternance touche un système où l’influence partisane dépasse les ministères. Le contrôle des nominations, des médias et de la commande publique favorise les acteurs proches du pouvoir. À l’inverse, les candidats à un emploi ou à un contrat sans relais politique affrontent des obstacles supplémentaires.
Ces dépendances pèsent particulièrement sur les salariés précaires. Les observateurs internationaux rapportent des allégations crédibles de pressions sur des employés publics pendant la campagne. Ils signalent également des accusations d’achat de voix visant des populations économiquement vulnérables. Le choix électoral ne se joue donc pas dans les mêmes conditions pour tous.
Pour les entreprises, l’enjeu concerne l’accès aux contrats publics. Une analyse du Parlement européen sur les manifestations serbes rappelle les alertes européennes concernant les accords intergouvernementaux et les lois spéciales qui contournent les règles habituelles des marchés publics.
Rendre ces procédures plus ouvertes pourrait réduire l’avantage des groupes bien introduits. Mais le chantier ne consiste pas seulement à changer les dirigeants. Il suppose des contrôles effectifs, des administrations capables de les appliquer et des recours accessibles aux entreprises écartées.
Faire rendre des comptes sans placer la justice sous tutelle
Les vainqueurs demandent désormais des comptes aux responsables policiers et judiciaires. Cependant, les législatives n’ont pas renouvelé les pouvoirs municipaux. Les réseaux locaux du SNS restent donc un enjeu distinct, tandis que des demandes d’élections municipales anticipées apparaissent.
Une tension se dessine aussi autour des enquêtes. Le mouvement veut rompre avec l’impunité présumée des responsables. De leur côté, des procureurs dénoncent des pressions politiques destinées à provoquer des démissions. Les premières réactions judiciaires et administratives après le scrutin montrent ce conflit. Vučić nie, pour sa part, tout lien criminel.
L’enjeu démocratique est précis : enquêter sur les abus présumés sans remplacer une dépendance partisane par une autre. Les citoyens attendent des responsabilités établies. Les personnes mises en cause conservent leurs droits, quelle que soit leur proximité avec l’ancien pouvoir.
Le gouvernement à former, puis les choix européens
À l’extérieur, Bruxelles voit une possibilité de relancer les relations. Le 4 novembre, la Commission européenne lie cette ouverture au renforcement de la démocratie et des droits fondamentaux. Cette perspective de reprise du parcours européen serbe ne vaut toutefois pas promesse d’adhésion rapide.
Dans les prochaines semaines, les premiers tests seront institutionnels : installation de l’Assemblée, choix du premier ministre et formation du gouvernement. Les nominations dans l’administration et les garanties données à la justice permettront ensuite de mesurer la portée réelle de l’alternance.



