Présidentielle : une coalition peut-elle convaincre les électeurs au-delà des appareils et s’accorder sur un programme commun ?
Emmanuel Macron appelle des responsables de droite, du centre et de la gauche à travailler ensemble pour éviter un second tour entre LFI et le RN. Mais la coalition envisagée devra encore définir son candidat, ses règles et ses priorités politiques.

Emmanuel Macron souhaite rapprocher des responsables politiques allant de David Lisnard à Raphaël Glucksmann afin d’éviter un second tour entre LFI et le RN. Aucun accord n’est toutefois établi : les partenaires potentiels devraient encore choisir une méthode de désignation et négocier des priorités communes, notamment sur le budget, les services publics et l’économie.
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Faut-il réunir la droite, le centre et une partie de la gauche pour éviter que la présidentielle se joue sans eux ? Pour les électeurs, cette stratégie pose une autre question : quel programme commun pourrait justifier un rapprochement aussi large ?
Une coalition pour dépasser la dispersion
Emmanuel Macron souhaite que les forces politiques allant de David Lisnard à Raphaël Glucksmann commencent à travailler ensemble. Un interlocuteur du chef de l’État a exposé cette orientation jeudi 5 novembre 2026. L’objectif affiché : empêcher un second tour opposant La France insoumise au Rassemblement national lors de la présidentielle de 2027.
Le raisonnement présidentiel repose sur quatre points de convergence : l’Europe, l’État de droit, l’économie de marché et le rejet des formations qu’il qualifie d’extrêmes. L’État de droit désigne un système où le pouvoir politique doit lui-même respecter les règles juridiques. Selon cet interlocuteur, Emmanuel Macron estime que ces convergences pèsent davantage que les désaccords.
Ce rapprochement servirait d’abord les candidats menacés par la dispersion des voix. La règle du scrutin présidentiel à deux tours impose une contrainte simple : seuls les deux premiers peuvent accéder au second tour. Plusieurs candidatures proches peuvent donc se concurrencer jusqu’à s’éliminer mutuellement.
Mais une coalition ne se limite pas à éviter cette dispersion. Elle suppose un accord entre plusieurs formations pour exercer le pouvoir. La proposition présidentielle laisse ainsi deux questions ouvertes : qui porterait ce rassemblement, et sur quels engagements ?
Macron veut peser sur une élection sans pouvoir y participer
Le président intervient dans une compétition dont il ne peut être candidat. La Constitution interdit plus de deux mandats présidentiels consécutifs, comme le rappelle le ministère de l’Intérieur. Après ses élections de 2017 et de 2022, Emmanuel Macron ne peut donc pas solliciter immédiatement un nouveau mandat en 2027.
Son entourage présente cette limite comme une liberté pour ses successeurs potentiels. « Il assume seul son bilan et ils sont donc totalement libres de s’en affranchir », affirme son interlocuteur. Le message vise notamment ceux qui veulent conserver une partie de son électorat tout en prenant leurs distances avec sa présidence.
Pourtant, l’appel à la coalition renvoie aussi aux difficultés du chef de l’État. Depuis les législatives de 2022, son camp ne dispose plus d’une majorité absolue. La dissolution du 9 juin 2024, suivie des scrutins des 30 juin et 7 juillet, n’a pas rétabli cette majorité. Les résultats définitifs des législatives de 2024 constituent le précédent incontournable de cette fragmentation.
La difficulté dépasse donc le choix d’un candidat. Gagner l’Élysée et disposer de députés capables de voter les textes sont deux objectifs distincts. Une entente présidentielle devrait également préciser comment ses partenaires comptent gouverner ensemble au Parlement.
Une primaire ne répond pas à toutes les questions
Dans le camp présidentiel, Édouard Philippe et Gabriel Attal restent tous deux dans la course. À droite, Bruno Retailleau a relancé, mardi 3 novembre, l’idée d’une primaire pour désigner un candidat commun à la droite et au centre. Gabriel Attal défend lui aussi ce principe. Édouard Philippe s’y oppose.
Une primaire est un vote organisé en amont de l’élection pour départager plusieurs prétendants. Elle peut donner une légitimité au vainqueur. Encore faut-il définir ses participants, ses règles et l’engagement des perdants à soutenir le résultat.
Le périmètre constitue ici un obstacle supplémentaire. Une primaire de la droite et du centre ne correspond pas au rassemblement allant jusqu’à Raphaël Glucksmann. Choisir un candidat entre certaines formations ne garantit pas que les autres accepteront ensuite de le soutenir.
Chaque méthode modifierait aussi le rapport de force. Une compétition ouverte obligerait les favoris à remettre leur avance en jeu. À l’inverse, un accord négocié entre dirigeants donnerait davantage de poids aux appareils politiques. Pour les petites formations, la question serait de peser sur le programme, plutôt que de fournir seulement des voix.
Le programme, véritable test du rapprochement
Partager une orientation européenne ou défendre l’économie de marché ne fixe ni le niveau des impôts ni les priorités budgétaires. Une coalition devrait arbitrer entre dépenses publiques, protection sociale, compétitivité des entreprises et transition écologique. Ces choix détermineraient ce que les différents électorats gagneraient ou abandonneraient dans l’accord.
L’impact varierait fortement selon les situations. Un salarié proche de la retraite, un entrepreneur et un usager dépendant des services publics n’attendraient pas les mêmes garanties. De même, préserver une offre de soins dans un territoire peu dense et améliorer les transports d’une grande agglomération ne mobilisent pas les mêmes moyens.
Il faut donc distinguer l’analyse du chef de l’État d’un accord déjà conclu. Son appel ne vaut pas consentement de David Lisnard, de Raphaël Glucksmann ou des autres responsables concernés. Il ne démontre pas davantage que leurs électeurs accepteraient de reporter leurs voix sur une candidature commune.
La présentation d’un duel entre « extrêmes » relève également du cadrage présidentiel. Elle explique la stratégie proposée, mais ne suffit pas à établir une équivalence entre LFI et le RN. Surtout, exclure deux adversaires d’un rassemblement ne remplace pas un projet susceptible de convaincre leurs électeurs.
La confiance, autre obstacle à franchir
Les travaux du CEVIPOF apportent un contrepoint à cette approche centrée sur les dirigeants. Dans son décryptage du baromètre de la confiance politique de 2026, le chercheur Bruno Cautrès décrit une défiance persistante : les partis recueillent 15 % de confiance, contre 60 % pour les maires.
Ces résultats ne disent pas si les Français soutiendraient cette coalition précise. Ils soulignent néanmoins sa difficulté : un accord national entre responsables ne crée pas automatiquement de confiance. Ses promoteurs devraient rendre lisibles les compromis, mais aussi les responsabilités de chacun en cas d’échec.
Dans les prochaines semaines, trois éléments permettront de mesurer la portée de l’initiative : les réponses des responsables cités, l’existence de discussions sur un programme et les règles d’un éventuel départage. Le premier test sera de voir si la droite et le centre s’accordent sur une méthode, avant même d’élargir la négociation à une partie de la gauche.



