À Mayotte, les habitants réclament des avancées concrètes après des mois de reconstruction jugée trop lente
Près de vingt mois après le cyclone Chido, Mayotte reste confrontée aux coupures d’eau et aux retards de reconstruction. Les associations demandent au gouvernement des résultats visibles et une meilleure prise en compte de leur rôle.

Près de vingt mois après le cyclone Chido, les habitants de Mayotte subissent encore des coupures d’eau, des équipements dégradés et une reconstruction lente. Le gouvernement met en avant un plan de plusieurs milliards d’euros, tandis que les associations réclament des financements mieux identifiés et une place réelle dans le suivi des besoins locaux.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
À Mayotte, les habitants attendent-ils encore des annonces, ou enfin des changements visibles dans leur quotidien ? Près de vingt mois après le passage du cyclone Chido, les coupures d’eau, les logements endommagés et les services publics fragiles restent au cœur des préoccupations.
Une visite gouvernementale sous pression
Le Premier ministre Sébastien Lecornu se rend à Mayotte les mercredi 26 et jeudi 27 août 2026. Ce déplacement intervient un an après le lancement du plan de refondation de l’archipel.
Le cyclone tropical intense Chido a frappé Mayotte en décembre 2024. Il a ravagé des quartiers entiers et aggravé des difficultés déjà anciennes. La tempête Dikeledi, survenue en janvier 2025, a ensuite compliqué la situation.
Le gouvernement veut faire le point sur plusieurs dossiers : la reconstruction, la rentrée scolaire, l’accès aux soins, les infrastructures et la lutte contre l’immigration clandestine. Cette visite doit aussi permettre de mesurer les premiers effets de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, promulguée le 11 août 2025.
Sur place, l’enjeu dépasse cependant le calendrier politique. Pour les habitants, la question est simple : qu’est-ce qui a réellement changé depuis la catastrophe ?
Sur le terrain, la reconstruction reste jugée trop lente
Avlamy Ramassamy, coordinatrice du Réseau interassociatif de Mayotte, reconnaît qu’il est positif de voir le Premier ministre venir « nous voir ». Mais elle estime que cette présence ne suffit plus.
« Aujourd’hui, ce qu’on attend, ce ne sont pas des visites mais des résultats », insiste-t-elle. Pour cette représentante du monde associatif, « le quotidien des gens ne bouge pas assez » et « la reconstruction est beaucoup trop lente ».
Les associations observent directement les conséquences de cette lenteur. Elles accompagnent les familles, distribuent de l’aide, organisent des actions de prévention et orientent les habitants vers les services publics. Elles sont donc souvent les premières à constater les blocages.
Le manque d’eau reste l’un des problèmes les plus concrets. D’après Avlamy Ramassamy, les coupures surviennent régulièrement et ne datent pas uniquement du cyclone. Certaines familles auraient accès à l’eau seulement « un jour sur trois ».
Une telle situation complique la vie quotidienne. Elle affecte l’hygiène, la préparation des repas et la scolarité des enfants. Elle pèse aussi sur les établissements accueillant du public, comme les écoles, les structures sociales ou les centres de santé.
Une loi de plusieurs milliards, mais des effets encore difficiles à voir
Pour répondre aux dégâts et aux fragilités structurelles de l’archipel, le Parlement a adopté une loi de programmation couvrant la période 2025-2031. Le texte prévoit des investissements dans les infrastructures et les politiques publiques essentielles.
Le montant annoncé approche quatre milliards d’euros. La loi prévoit notamment un calendrier pluriannuel pour soutenir les collectivités, reconstruire les équipements et améliorer les services publics. Elle prévoit aussi un suivi parlementaire et institutionnel des investissements engagés.
Mais une enveloppe budgétaire ne produit pas automatiquement des résultats sur le terrain. Entre le vote d’une loi et la réalisation d’un chantier, plusieurs étapes sont nécessaires : financement effectif, appels d’offres, autorisations, disponibilité des entreprises et capacité des collectivités à piloter les travaux.
Ces contraintes sont particulièrement fortes à Mayotte. L’archipel doit composer avec l’éloignement géographique, des infrastructures déjà insuffisantes et un tissu économique plus limité que dans l’Hexagone. Les entreprises locales peuvent manquer de moyens pour répondre à de grands marchés, tandis que les entreprises extérieures doivent organiser leur intervention dans un territoire insulaire.
Pour les habitants des quartiers les plus touchés, ces difficultés administratives ou logistiques restent abstraites. Ce qu’ils voient, ce sont des bâtiments dégradés, des équipements incomplets et des services irréguliers.
Les associations demandent une place dans la reconstruction
Avlamy Ramassamy déplore également l’absence, selon elle, d’une ligne clairement dédiée aux associations dans le budget de refondation. Elle considère pourtant que leur rôle est indispensable.
Lorsqu’un service de santé ne répond pas à tous les besoins, les associations interviennent souvent pour informer les habitants, prévenir les risques et accompagner les personnes éloignées des institutions. Leur action concerne aussi l’accès aux droits, l’aide alimentaire, l’hébergement et la protection des enfants.
La coordinatrice du Réseau interassociatif demande donc au gouvernement de mieux intégrer ces organisations au dispositif public. Son argument est pratique : les associations disposent d’une présence quotidienne dans les quartiers et entretiennent un contact direct avec les populations.
Cette demande rejoint en partie l’esprit de la loi de programmation. Le texte affirme la nécessité d’associer les élus et les « forces vives » du territoire, parmi lesquelles figurent les associations, au chantier de reconstruction. Il prévoit également le doublement, en 2025, de la dotation du fonds pour le développement de la vie associative.
Un écart peut toutefois apparaître entre une orientation inscrite dans la loi et sa traduction concrète. Une association peut être reconnue comme un partenaire essentiel sans disposer de financements pluriannuels, de locaux adaptés ou de visibilité sur les dispositifs auxquels elle peut prétendre.
Des attentes différentes selon les acteurs
Pour l’État, la refondation doit permettre de traiter les urgences tout en corrigeant les retards accumulés depuis des années. Le gouvernement met en avant un plan de long terme, des investissements programmés et un suivi des résultats.
Pour les collectivités, l’enjeu consiste à obtenir les moyens financiers et humains nécessaires. Elles doivent parfois gérer des équipements fragilisés alors que leurs capacités administratives restent limitées.
Pour les associations, la priorité est davantage immédiate. Elles demandent des réponses sur l’eau, la santé, le logement et l’accompagnement social. Elles craignent que les grands projets d’infrastructures ne répondent pas assez vite aux besoins des familles.
Enfin, les habitants ne vivent pas tous la crise de la même manière. Les ménages disposant d’un logement solide et d’un accès stable aux services peuvent mieux absorber les difficultés. À l’inverse, les familles vivant dans des secteurs très dégradés ou dépendant de l’aide associative subissent davantage les retards.
Les prochains tests pour le gouvernement
La visite des 26 et 27 août 2026 sera donc jugée moins sur les annonces que sur les engagements vérifiables. Les habitants et les associations surveilleront notamment la remise en état des réseaux d’eau, la reconstruction des logements et des bâtiments publics, ainsi que l’accès aux soins.
Un autre rendez-vous est prévu par la loi : le comité de suivi doit évaluer les investissements et publier un rapport public intermédiaire avant le 1er juillet 2028. Cette échéance est lointaine. À Mayotte, les associations demandent déjà des résultats mesurables dans les prochaines semaines et les prochains mois.



