Pénuries de médicaments : les Français prêts à payer plus cher pour ne plus chercher leur traitement de pharmacie en pharmacie
Un Français sur trois a été confronté à une pénurie de médicaments en un an. Selon un sondage Norstat pour CHEPLAPHARM, 81 % privilégient désormais la disponibilité au prix. Mais cette ouverture s'accompagne d'exigences fortes en matière de garanties industrielles.

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Votre pharmacien vous a-t-il déjà renvoyé les mains vides ? En douze mois, un Français sur trois a vécu cette situation : se présenter au comptoir et apprendre que son médicament n’est pas disponible. Pour certains, il a fallu courir d’officine en officine. Pour d’autres, le traitement a tout simplement été retardé, interrompu ou arrêté.
Les pénuries de médicaments ne sont plus un phénomène marginal. Elles touchent des traitements courants, souvent anciens, utilisés depuis des décennies contre des pathologies chroniques ou graves. Ces médicaments dits « matures » tombés dans le domaine public, généralement vendus autour de dix euros restent pourtant indispensables. Leur disponibilité se heurte à un problème structurel : la faible rentabilité de ces produits fragilise leurs chaînes de production et d’approvisionnement. En 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a enregistré 3 887 signalements de ruptures ou de risques de rupture de stock, un chiffre qui ne cesse de progresser depuis 2019, année où l’on comptait 1 224 alertes.
Un tiers des Français déjà touchés, des conséquences directes sur les soins
Un sondage administré en ligne par l’institut Norstat les 11 et 12 août 2026 auprès de 1 002 personnes représentatives de la population française, commandé par le laboratoire CHEPLAPHARM France, spécialisé dans la reprise et la commercialisation de médicaments matures, met en lumière l’ampleur du phénomène. 33 % des Français déclarent avoir été confrontés à l’indisponibilité d’un médicament au cours de l’année écoulée, pour eux-mêmes ou pour un proche.
Les femmes sont davantage concernées (37 %) que les hommes (29 %), tout comme les Franciliens (37 %) par rapport aux habitants des autres régions (31 %). Dans la majorité des cas, l’indisponibilité oblige à multiplier les déplacements en pharmacie : 73 % des personnes touchées y ont été contraintes. Mais pour 27 % d’entre elles, la pénurie a directement affecté le déroulement du soin. 12 % ont dû interrompre temporairement leur traitement, 9 % l’ont commencé plus tard que prévu et 6 % l’ont purement et simplement arrêté.
Disponibilité plutôt que prix bas : un arbitrage massif
Face à ce constat, les Français tranchent nettement. Placés devant un choix explicite entre maintien du prix et garantie de disponibilité, 81 % choisissent la seconde option. Dans le détail, 42 % acceptent un coût légèrement supérieur pour l’Assurance maladie et 39 % y ajoutent une exigence de production au minimum européenne. Seuls 19 % privilégient le maintien du prix, quitte à ce que la disponibilité ne soit pas toujours assurée.
Ce consensus traverse les catégories sociales. Aucun sous-groupe selon le sexe, l’âge, le territoire ou le niveau de revenu ne descend sous 72 % d’adhésion. 91 % des personnes interrogées considèrent que la préservation des médicaments matures essentiels doit être une priorité pour le système de santé, dont 57 % une priorité absolue.
L’inquiétude alimente cette position. 58 % des Français craignent qu’un médicament dont ils ont besoin devienne un jour indisponible. Le chiffre grimpe à 84 % chez ceux qui ont déjà vécu une pénurie, contre 45 % chez les autres.
Des concessions, mais pas un blanc-seing
Les résultats du sondage ne dessinent pas pour autant un chèque en blanc à l’industrie pharmaceutique. 77 % des Français accepteraient que l’Assurance maladie paie certains médicaments matures plus cher, mais à une condition : que cette hausse soit assortie d’engagements vérifiables de production, de stocks et de continuité d’approvisionnement. 76 % l’accepteraient également si les médicaments concernés sont produits en France ou dans l’Union européenne.
« Un médicament mature n’est pas un médicament du passé. C’est un traitement qui continue d’être prescrit, utilisé et nécessaire aux patients », a fait valoir Caroline Jacquin, directrice générale de CHEPLAPHARM France, dont le laboratoire commercialise plus de 150 médicaments matures en France, dont 88 % classés d’intérêt thérapeutique majeur. Un tiers de ces volumes est produit sur le territoire national.
Un discours que les associations de patients nuancent
Le sondage est toutefois commandé par un acteur directement intéressé à la revalorisation de ces produits. CHEPLAPHARM, filiale française d’un groupe allemand, a bâti son modèle sur la reprise de médicaments princeps matures auprès de grands laboratoires. L’entreprise plaide depuis plusieurs mois pour une meilleure reconnaissance économique de cette filière, dans un contexte où le Comité économique des produits de santé (CEPS) maintient une politique de prix bas sur ces traitements anciens.
Du côté des associations de patients, le diagnostic sur les pénuries est partagé, mais la solution proposée suscite la méfiance. France Assos Santé dénonce ce qu’elle qualifie de « chantage à l’augmentation des prix exercé par le syndicat des industriels du médicament ». L’association rappelle que les laboratoires ont une obligation légale d’assurer un « approvisionnement approprié et continu du marché national » et estime que les coûts des solutions de remplacement en cas de rupture préparations magistrales, importations devraient être supportés par les industriels défaillants, non par le système public.
L’association pointe également l’absence de sanctions effectives. En 2025, aucune mesure n’aurait été prise par l’ANSM contre les laboratoires responsables de ruptures, alors que des amendes avaient été prononcées l’année précédente.
Un bras de fer budgétaire en toile de fond
Derrière ces chiffres se joue un arbitrage politique plus large. D’un côté, la nécessité de maîtriser les dépenses de santé pousse à maintenir les prix des médicaments anciens au plancher. De l’autre, cette compression tarifaire réduit la rentabilité des lignes de production et fragilise l’approvisionnement. Le cercle est connu : un médicament vendu quelques euros ne justifie plus les investissements nécessaires au maintien de sa fabrication, et les industriels se désengagent progressivement.
63 % des Français interrogés considèrent que les médicaments matures essentiels constituent un « patrimoine thérapeutique du quotidien » qu’il faut préserver, même au prix d’un effort financier collectif limité. 37 % privilégient la maîtrise des dépenses sans augmentation de prix.
Le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale, attendu à l’automne, devra trancher. Plusieurs amendements sur la revalorisation ciblée des médicaments matures en tension ont été déposés lors des exercices précédents sans aboutir. La question est de savoir si les résultats de ce type de sondage suffiront à faire bouger les lignes au CEPS, ou si la pression restera du côté de la maîtrise comptable.



