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ACTUALITé NATIONALE Le macronisme à l’épreuve du Sénat

Après François Patriat, le groupe macroniste au Sénat joue sa survie lors des élections sénatoriales

La disparition de François Patriat fragilise le RDPI au Sénat. Avec onze sièges renouvelables sur dix-neuf, le groupe macroniste doit préserver ses élus et redéfinir sa ligne à l’approche de la fin du mandat présidentiel.

Élu local anonyme annotant un dossier dans une mairie française, avec une rue de province en arrière-plan flou
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En bref

Le RDPI, principal groupe macroniste au Sénat, doit se réorganiser après la mort de François Patriat. Onze de ses dix-neuf sièges seront renouvelés le 27 septembre 2026, tandis que le groupe devra conserver au moins dix membres pour continuer d’exister. Son avenir dépendra aussi de sa capacité à rester uni après la fin du mandat d’Emmanuel Macron.

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Que reste-t-il du macronisme quand son principal relais au Sénat disparaît et que plusieurs de ses élus jouent leur siège ? La question dépasse le décès de François Patriat : elle concerne la capacité du camp présidentiel à conserver une voix organisée au Palais du Luxembourg, à quelques semaines de la fin du mandat d’Emmanuel Macron.

Un groupe né avec le premier macronisme

François Patriat est mort le 19 août 2026, à l’âge de 83 ans, après un grave accident de vélo survenu le 17 juillet. Sénateur de la Côte-d’Or depuis 2008, ancien ministre et ancien président de la région Bourgogne, il présidait le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, le RDPI.

Ce groupe a été créé en 2017, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron. À l’époque, plusieurs sénateurs venus du Parti socialiste avaient quitté leur famille politique pour soutenir le nouveau président. François Patriat, socialiste de longue date et soutien précoce d’Emmanuel Macron, en avait pris la tête.

Le RDPI n’a jamais été un groupe dominant. Il a toutefois joué un rôle politique important. Au Sénat, il constituait le principal point d’appui parlementaire du chef de l’État. Sa ligne se voulait centriste, réformatrice et ouverte au dialogue avec les élus locaux.

Cette position correspondait aussi à la logique particulière du Sénat. Les sénateurs sont élus au suffrage indirect par un collège de grands électeurs, composé principalement d’élus locaux. Le poids des réseaux territoriaux y compte souvent davantage que l’étiquette nationale.

François Patriat maîtrisait précisément ce terrain. Son parcours bourguignon, son expérience de maire, de conseiller général et de président de région lui donnaient des relais au-delà du seul parti présidentiel. Sa disparition prive donc le RDPI d’un président, mais aussi d’un intermédiaire politique reconnu.

Un groupe fragilisé avant même sa disparition

Le problème du RDPI ne commence pourtant pas avec le décès de son président. Le groupe compte actuellement 19 sénateurs, dont 17 membres et 2 apparentés, selon la composition officielle des groupes du Sénat.

Ce nombre reste supérieur au seuil minimal exigé pour constituer un groupe politique. Le règlement du Sénat impose en effet au moins dix membres. En dessous de cette limite, les élus perdent une structure collective et une partie des moyens associés.

Mais la marge de sécurité est étroite. Le RDPI ne dispose que de neuf sénateurs d’avance sur ce seuil. Surtout, une grande partie de ses sièges est concernée par le renouvellement sénatorial du 27 septembre 2026.

Cette élection renouvellera 178 sièges sur les 348 que compte le Sénat. Le scrutin concerne les sénateurs élus en 2020. Parmi les élus du RDPI, onze sièges doivent ainsi être remis en jeu, selon le décompte publié après la disparition de François Patriat.

Le groupe doit donc affronter deux difficultés en même temps. Il lui faut d’abord désigner une nouvelle direction. Il doit ensuite préserver un nombre suffisant d’élus après le vote des grands électeurs.

Pourquoi les sénatoriales sont décisives

Le scrutin sénatorial ne ressemble pas à une élection législative. Les citoyens ne votent pas directement. Les listes et les candidats cherchent le soutien des maires, des conseillers municipaux, des conseillers départementaux et des autres élus du territoire.

Cette mécanique favorise les implantations anciennes. Elle donne aussi un avantage aux partis capables de négocier des accords locaux. Or le macronisme a longtemps souffert d’un déficit d’élus municipaux. Il a remporté la présidentielle et plusieurs législatives, mais il n’a pas construit partout un réseau territorial comparable à celui de la droite ou du Parti socialiste.

Les sénateurs RDPI peuvent néanmoins compter sur des profils implantés. Plusieurs sont issus de l’outre-mer ou disposent d’un ancrage départemental solide. Cette diversité a permis au groupe de dépasser une simple logique de soutien au président de la République.

Le risque est toutefois différent selon les territoires. Les sénateurs bénéficiant d’un réseau local ancien peuvent espérer conserver leur siège, même si le macronisme recule au niveau national. À l’inverse, les élus davantage dépendants de l’étiquette présidentielle sont plus exposés.

Le contexte politique ajoute une difficulté. À l’approche de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron, les grands électeurs peuvent chercher à prendre leurs distances avec le pouvoir central. Ils peuvent aussi privilégier des candidats capables de défendre les intérêts de leur département, indépendamment de la prochaine présidentielle.

Une succession politique, pas seulement administrative

La succession de François Patriat ne se résume donc pas au choix d’un nouveau président de groupe. Le futur dirigeant devra maintenir une cohésion entre des sénateurs aux parcours parfois différents. Il devra aussi décider quelle relation entretenir avec Renaissance et avec le prochain pouvoir exécutif.

Le RDPI peut choisir de rester un groupe clairement macroniste jusqu’au terme du quinquennat. Cette stratégie préserverait sa fidélité politique et sa lisibilité. Elle l’exposerait cependant à l’usure d’une majorité présidentielle en fin de cycle.

Une autre option consisterait à renforcer son autonomie. Le groupe pourrait défendre davantage ses propres textes et négocier au cas par cas avec la majorité sénatoriale, dominée par la droite et le centre. Cette orientation donnerait plus de liberté aux élus. Elle pourrait aussi rendre moins visible son lien avec Emmanuel Macron.

Les Républicains et l’Union centriste ont, de leur côté, intérêt à attirer certains sénateurs modérés. Leur poids au Sénat leur permet de proposer un cadre plus stable aux élus qui souhaitent continuer à exercer une influence nationale sans rester associés au macronisme.

La gauche peut également espérer récupérer certains profils issus du socialisme. Toutefois, un retour collectif paraît peu probable. Les trajectoires individuelles, les équilibres locaux et les relations avec les fédérations pèseront davantage qu’une consigne nationale.

Le calendrier qui va trancher

La première échéance est fixée au 27 septembre 2026. Les grands électeurs désigneront alors les nouveaux sénateurs dans les départements concernés. Le résultat permettra de mesurer la capacité du camp présidentiel à conserver ses positions territoriales.

Le second moment décisif interviendra après l’installation du nouveau Sénat. Les groupes devront déposer leur composition et leur déclaration politique. Le règlement prévoit cette formalité après chaque renouvellement. C’est à ce moment que les élus confirmeront leur appartenance, leur apparentement ou leur rattachement.

La direction du RDPI devra donc être clarifiée rapidement. Mais le véritable verdict ne sera pas connu au moment de cette désignation. Il dépendra du nombre de sénateurs réélus, des éventuels ralliements et de la capacité du groupe à rester au-dessus du seuil des dix membres.

À court terme, le RDPI conserve une existence institutionnelle. À moyen terme, son avenir est ouvert. Le décès de François Patriat accélère une question déjà posée par la fin du macronisme : ce mouvement peut-il survivre comme force parlementaire autonome, ou ses élus vont-ils progressivement rejoindre les familles politiques plus anciennes ?

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