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« Est-ce que la canicule t’emballe ? » Quand Bachelot glissait une contrepèterie osée en plein conseil des ministres

En pleine canicule de 2003, Roselyne Bachelot adressait un petit mot grivois à son collègue Jean-François Mattei. Le billet a été intercepté par le Premier ministre. Retour sur une anecdote qui en dit long sur les coulisses du pouvoir.

Que se passe-t-il vraiment autour de la grande table ovale du conseil des ministres, quand les caméras sont éteintes et que les dossiers s’empilent ? Parfois, un petit mot gribouillé sur un coin de papier en dit plus que tous les communiqués officiels.

L’anecdote remonte à l’été 2003. La France suffoque. Les températures dépassent les 40 °C dans plusieurs départements, les services d’urgence sont débordés, et le bilan humain s’annonce effroyable : près de 15 000 morts, selon l’Inserm. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est sous pression. Jean-François Mattei, ministre de la Santé, cristallise les critiques après une intervention télévisée en polo depuis sa maison de vacances du Var, où il assurait que la situation était sous contrôle. Elle ne l’était pas.

Un billet coquin de Roselyne Bachelot intercepté par Raffarin

C’est dans ce contexte que Roselyne Bachelot, alors ministre de l’Écologie dans le même gouvernement, a fait circuler un petit mot à l’attention de son collègue Mattei lors d’un conseil des ministres. Le message tenait en une phrase, formulée en contrepèterie : « Est-ce que la canicule t’emballe ? » Pour ceux qui maîtrisent l’art du décalage syllabique, la version inversée est nettement plus corsée.

Le billet n’est jamais arrivé à destination. Jean-Pierre Raffarin l’a intercepté au passage. Bachelot a raconté la scène elle-même, avec la gouaille qu’on lui connaît, sur les ondes de Rire & Chansons. Jacques Chirac, réputé amateur de bons mots et fin connaisseur du genre, aurait beaucoup rigolé. Raffarin, semble-t-il, un peu moins.

La contrepèterie, sport national des coulisses politiques

L’anecdote peut faire sourire. Elle raconte pourtant quelque chose de très concret sur la culture politique française : la contrepèterie est un sport de couloir pratiqué à tous les étages du pouvoir. Le Canard enchaîné en publie chaque semaine depuis des décennies. À l’Assemblée nationale, certains députés se sont fait une spécialité d’en glisser dans leurs interventions en séance. La tradition remonte loin, bien avant la Ve République.

Reste que le contraste est saisissant. Pendant que Bachelot s’amusait à faire circuler un jeu de mots salace, le pays traversait sa pire crise sanitaire estivale. Mattei, le destinataire du billet, a vu sa carrière politique brisée par sa gestion de la canicule. Il n’a pas été reconduit au gouvernement lors du remaniement de mars 2004, après la déroute des régionales. La suite ? Une reconversion à la tête de la Croix-Rouge française, sous l’impulsion probable de Chirac.

Bachelot, la mémoire libre de la Ve République

Roselyne Bachelot, elle, a poursuivi une carrière politique qui l’a menée sous trois présidents, de Chirac à Macron. Ministre de la Santé sous Sarkozy, ministre de la Culture sous Castex, elle est devenue l’une des figures les plus reconnaissables de la vie publique française, autant pour ses fonctions que pour son franc-parler. Dans Sacrés monstres !, publié en octobre 2024, l’ancienne ministre croque sans ménagement les grandes figures qu’elle a côtoyées. Les anecdotes y sont nombreuses, les coups de griffe assumés.

La contrepèterie du conseil des ministres n’est qu’un épisode parmi d’autres. Mais elle illustre un trait durable de la politique française : derrière la solennité des institutions, le pouvoir se vit aussi dans les marges, les apartés et les petits mots qu’on fait passer sous la table. Le prochain conseil des ministres, mercredi, se tiendra sans doute dans un silence plus discipliné. Ou pas.

Réponse de la contrepétrie : « est-ce que la canibale t’en**** ? »

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