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ACTUALITé NATIONALE Le recrutement sous le feu des critiques

Les propos attribués à un collaborateur du RN interrogent la responsabilité des députés dans le choix de leur équipe

Franck Allisio a annoncé la rupture du contrat de son collaborateur après la révélation de publications anciennes, racistes et complotistes. L’affaire rappelle que les députés recrutent eux-mêmes leurs équipes, même si leur rémunération mobilise des moyens publics.

Contrat de travail ouvert sur un bureau usé, avec stylo et dossier papier, dans une permanence parlementaire aux rayonnages chargés.
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En bref

Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône, a annoncé la fin du contrat de Louis Grégoire après la mise en cause de publications Facebook racistes, antisémites et complotistes. Le député affirme qu’il ignorait ces écrits. Les collaborateurs sont salariés des députés, qui les recrutent et les emploient, tandis que leur travail est financé par des moyens dédiés au mandat.

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Qui choisit les personnes qui travaillent auprès de votre député ? L’affaire concernant un collaborateur de Franck Allisio pose cette question, mais aussi celle de la confiance accordée à son équipe.

Le député RN des Bouches-du-Rhône a annoncé, vendredi 9 octobre 2026, qu’il mettait fin au contrat de Louis Grégoire. Des publications Facebook attribuées à cet attaché parlementaire mettent en cause les Alliés, dénigrent les féministes et visent des femmes d’origine maghrébine et africaine. Le député affirme qu’il ignorait ces écrits avant leur révélation.

Une rupture annoncée, des publications étalées sur plusieurs années

« J’ai pris la décision de mettre fin à son contrat », a déclaré Franck Allisio. Il présente les publications reprochées à son collaborateur comme anciennes et antérieures à son recrutement. Cette réponse distingue donc deux responsabilités : celle de l’auteur présumé des messages et celle de l’élu qui l’employait.

Les éléments rapportés ne concernent pourtant pas une seule période. Plusieurs messages datent de 2018, tandis qu’un autre remonte à mai 2022. La formule du député évoquant des écrits datant d’il y a dix ans ne décrit donc pas précisément toutes les publications mentionnées.

Un message de 2018 consacré au débarquement du 6 juin 1944 présente les soldats américains morts en France comme les victimes d’un « nouvel ordre mondial ». Un autre minimise le rôle de Charles de Gaulle et valorise une armée française reconstituée par Pétain en Afrique du Nord.

D’autres publications associent références collaborationnistes, propos complotistes et dénigrement des femmes. Un message de 2018 assimile notamment les féministes à des femmes jugées physiquement indésirables. En mai 2022, une photographie de femmes d’origine maghrébine et africaine, pour la plupart voilées, porte le commentaire : « Français par la Caf versée. »

Cette dernière formule réduit leur appartenance nationale à la perception supposée de prestations sociales. Elle ne décrit ni leur situation administrative ni leurs ressources. Les messages rapportés constituent les éléments de la mise en cause ; ils ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer ces positions au député.

Le député recrute, l’Assemblée finance

Une précision change la lecture de l’affaire : un attaché parlementaire n’est pas un agent recruté par l’Assemblée nationale. Son employeur est le député. Celui-ci choisit ses collaborateurs, fixe leurs missions et leur rémunération, puis peut mettre fin à leur contrat dans le respect du droit du travail.

La présentation d’un recrutement « par l’Assemblée nationale » peut donc créer une confusion. L’institution fournit des moyens et peut assurer la gestion administrative des contrats. Elle ne se substitue pas à l’élu dans le choix de son équipe. Cette distinction figure dans la fiche officielle sur le statut des collaborateurs parlementaires.

Le financement relève néanmoins de moyens publics affectés à l’exercice du mandat. Ainsi, la liberté de recrutement répond à un besoin politique concret : permettre à chaque élu de travailler avec une équipe de confiance. Sa contrepartie est une responsabilité personnelle dans le choix des salariés.

L’annonce d’une rupture ne suffit pas non plus à connaître ses modalités juridiques. Un contrat de travail privé implique des règles distinctes d’une décision politique. En cas de litige, les prud’hommes, la juridiction des conflits du travail, sont compétents. Rien dans les éléments disponibles ne permet de préciser ici le motif juridique retenu ni les conditions du départ.

Pourquoi les collaborateurs comptent pour les citoyens

Ces salariés ne travaillent pas tous uniquement dans les bureaux parisiens. Ils peuvent tenir une permanence, organiser des rendez-vous ou contribuer aux discours et aux amendements, les propositions de modification d’un texte législatif. Leur rôle dépend des missions que leur confie le député.

Le problème dépasse donc la réputation d’une équipe. Pour les personnes visées par les messages rapportés, la question est celle de la confiance : peuvent-elles s’adresser à une permanence sans craindre un jugement lié à leur origine, leur apparence ou leurs convictions ? Cela ne démontre pas un traitement discriminatoire dans cette permanence. Cela explique, en revanche, l’enjeu que soulèvent ces publications.

Pour Franck Allisio, la rupture annoncée marque une prise de distance avec son collaborateur. Elle protège aussi la crédibilité de son équipe. Mais elle laisse ouverte une autre question : comment l’élu s’informe-t-il sur les personnes auxquelles il confie une part de son activité ?

Pour les collaborateurs parlementaires, enfin, le rapport de force est différent. Leur emploi dépend directement d’un député. Un rapport budgétaire parlementaire a relayé leurs difficultés : précarité, horaires mal respectés et exposition publique aux controverses touchant leur formation politique. Ce constat général ne tranche pas le cas de Louis Grégoire. Il rappelle que responsabilité individuelle et garanties salariales doivent rester distinctes.

Une réponse politique qui ne ferme pas toutes les questions

La défense de Franck Allisio repose sur son ignorance déclarée des écrits et leur ancienneté. Elle vise à écarter l’idée d’une approbation. Toutefois, les dates rapportées imposent de distinguer précisément chaque publication et le moment du recrutement, plutôt que de traiter l’ensemble comme un passé lointain.

Inversement, la gravité des messages ne dispense pas de cette précision. Il faut séparer leur contenu, leur attribution, les connaissances de l’employeur et les actes accomplis dans le cadre professionnel. Confondre ces niveaux empêcherait de déterminer les responsabilités réelles.

Dans les prochains jours, les points à surveiller seront les précisions sur la rupture du contrat et une éventuelle réponse de Louis Grégoire. Les explications sur la chronologie du recrutement permettront également d’apprécier la portée de la défense du député. Aucune échéance judiciaire ou parlementaire n’apparaît dans les éléments disponibles.

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