Mariage sous OQTF : le procès de Robert Ménard relance le débat sur les pouvoirs des maires et les droits des couples
Jugé à Montpellier, Robert Ménard assume avoir refusé un mariage impliquant un homme sous OQTF. L’affaire oppose lutte contre les unions frauduleuses, droit au mariage et compétence des maires.

Robert Ménard est jugé pour avoir refusé, en 2023, de célébrer le mariage d’une Française et d’un Algérien sous OQTF. Le droit actuel permet de saisir le procureur en cas de soupçons sérieux de fraude, mais n’autorise pas un refus fondé uniquement sur l’irrégularité du séjour. Le jugement est attendu le 1er décembre 2026.
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Un maire peut-il empêcher un mariage parce que l’un des futurs époux est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français ? C’est la question posée par le procès de Robert Ménard, jugé à Montpellier après avoir refusé de célébrer une union à Béziers.
Un mariage bloqué à Béziers en juillet 2023
Le 7 juillet 2023, Robert Ménard a refusé de marier Eva M., une Française vivant à Béziers, et Mustapha B., un ressortissant algérien en situation irrégulière.
Le futur époux faisait alors l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, ou OQTF. Cette décision administrative impose à une personne étrangère de quitter la France dans un délai déterminé, avec ou sans délai selon les circonstances.
Le maire avait également dit soupçonner un « mariage blanc ». Cette expression désigne une union conclue sans véritable intention de vivre en couple, notamment pour obtenir un avantage en matière de séjour.
Quelques jours après le refus de la mairie, Mustapha B. a été expulsé vers l’Algérie. Le couple s’est finalement marié dans ce pays au cours de l’été 2026. Les époux vivent toutefois séparés : Eva M. réside en France avec ses enfants.
Le procès de Robert Ménard s’est ouvert mercredi 30 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Le jugement sera rendu le 1er décembre 2026.
Le maire invoque un principe, pas la nationalité
À l’audience, le président du tribunal a demandé à l’élu s’il prendrait la même décision si la situation se reproduisait.
« Oui », a répondu Robert Ménard. Puis, en s’adressant à Eva M., en pleurs, il a ajouté : « Je n’ai rien contre madame. Ça aurait été un Chinois, j’aurais fait exactement la même chose. »
Pour le maire de Béziers, le débat ne porterait donc pas sur l’origine du futur époux. Il concernerait le rôle de l’élu face à une personne qui, selon lui, ne devrait plus se trouver sur le territoire français.
Robert Ménard soutient qu’un maire ne devrait pas être contraint de célébrer une union lorsqu’il estime qu’elle pourrait servir à contourner une décision d’éloignement. Son raisonnement rejoint celui d’élus qui demandent depuis plusieurs années une modification de la loi sur les mariages impliquant des étrangers sans titre de séjour.
Cette position bénéficie aux maires qui veulent disposer d’un pouvoir de contrôle plus large. Elle répond aussi à une difficulté concrète : les élus doivent parfois célébrer un mariage alors qu’ils connaissent la situation administrative de l’un des futurs époux, sans pouvoir eux-mêmes décider de son éloignement.
Ce que prévoit le droit actuel
En l’état du droit, l’absence de titre de séjour ou l’existence d’une OQTF ne suffit pas, à elle seule, à interdire un mariage. Le droit au mariage constitue une liberté protégée par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme.
Le maire intervient comme officier d’état civil. Il doit vérifier les conditions légales du mariage, mais il ne peut pas se transformer en autorité chargée de contrôler l’immigration.
En cas de doute sérieux sur la réalité du consentement, la procédure prévue par l’article 175-2 du Code civil sur les soupçons de mariage frauduleux permet au maire de saisir le procureur de la République.
Le parquet peut alors s’opposer au mariage, demander un sursis pour mener des vérifications ou autoriser la célébration. Ce mécanisme vise à examiner les indices précis d’une fraude, et non à sanctionner automatiquement la situation administrative d’un futur époux.
La différence est essentielle. Une OQTF concerne le droit au séjour. Elle ne prouve pas, en elle-même, que le consentement des deux personnes serait faux ou que leur vie commune n’existerait pas.
Le ministère de la Justice a déjà rappelé, dans une réponse publiée par l’Assemblée nationale, qu’une irrégularité de séjour ne constituait pas une cause autonome de refus de mariage. Les maires peuvent signaler une situation au procureur, mais ils ne peuvent pas décider seuls de bloquer l’union pour ce motif.
Une affaire devenue un débat national
Le dossier dépasse désormais le cas de Béziers. Plusieurs élus ont demandé que le Parlement interdise les mariages concernant des personnes en situation irrégulière ou sous OQTF.
Le Sénat a adopté en février 2025 une proposition allant dans ce sens. Le texte a été défendu comme un moyen de mieux protéger les communes et de lutter contre les unions de complaisance. Il a aussi reçu le soutien de l’Association des maires de France et de l’Association des maires ruraux de France, selon les débats parlementaires.
Les partisans d’une réforme mettent en avant les difficultés pratiques rencontrées par les élus. Ils estiment qu’un maire peut être placé dans une situation contradictoire : célébrer une union qu’il juge suspecte, ou refuser et risquer des poursuites.
Les opposants répondent qu’une interdiction générale toucherait aussi des couples sincères. Elle pourrait notamment pénaliser le conjoint français, qui n’est pas lui-même soumis à une mesure d’éloignement.
Des associations de défense des droits soulignent également qu’un mariage ne donne pas automatiquement un droit au séjour. Le conjoint étranger doit remplir d’autres conditions. La vie commune, la régularité de l’entrée en France et la situation familiale peuvent notamment être examinées dans le cadre d’une demande de titre.
Cette contrepartie limite la portée de l’argument selon lequel le mariage constituerait mécaniquement un moyen de rester en France. Elle ne nie pas l’existence de mariages frauduleux, mais rappelle que leur détection doit reposer sur des éléments précis et une procédure contradictoire.
Une peine lourde en théorie
Robert Ménard est poursuivi sur le fondement de l’article 432-1 du Code pénal. Ce texte sanctionne le fait, pour une personne dépositaire de l’autorité publique, de prendre une mesure destinée à faire échec à l’exécution de la loi.
Il prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Une peine d’inéligibilité peut également être prononcée, selon les conditions retenues par la juridiction.
L’enjeu est donc personnel pour le maire de Béziers. Il est aussi institutionnel. Le tribunal devra déterminer si son refus constitue une décision illégale prise par un officier d’état civil, ou s’il peut être regardé comme une réaction à des indices suffisamment sérieux de fraude.
Le 1er décembre, le tribunal tranchera
Le jugement attendu le 1er décembre 2026 donnera une première réponse judiciaire à cette confrontation entre liberté matrimoniale, lutte contre les mariages frauduleux et politique d’éloignement.
Il faudra aussi surveiller les suites parlementaires des propositions visant les mariages impliquant des étrangers sans titre de séjour. Le débat pourrait se poursuivre, quel que soit le résultat du procès, car il oppose deux principes : le droit de se marier et la volonté de rendre les décisions d’éloignement plus effectives.



