Sénatoriales : le RN vise un groupe au Sénat en courtisant élus LR et centristes, avec un enjeu concret pour les territoires
À quatre mois des sénatoriales, le RN cherche à franchir le seuil des dix élus au Sénat. Le parti mise sur son implantation locale et dit avoir des contacts avec des parlementaires LR et centristes.

À quatre mois du scrutin, une bataille se joue déjà avant même le vote
Pour le grand public, les sénatoriales semblent souvent lointaines. Pourtant, elles peuvent déplacer des équilibres concrets au Parlement. Et pour le Rassemblement national, l’enjeu est clair : passer du statut de petit groupe isolé à celui de force organisée, avec les moyens qui vont avec.
Le scrutin du 27 septembre 2026 renouvelera la moitié du Sénat. Cent soixante-dix-huit sièges sont en jeu, dans 63 départements et la circonscription des Français de l’étranger. Le collège électoral est composé à 95 % de maires et de conseillers municipaux. Autrement dit, la bataille se joue d’abord dans les communes, pas dans les grands meetings nationaux. C’est le site officiel des sénatoriales qui fixe ce calendrier, avec dépôt des candidatures du 7 au 11 septembre et début du mandat le 1er octobre.
Le seuil décisif : dix sénateurs pour exister comme groupe
Au Sénat, un groupe politique doit compter au minimum dix membres. Ce seuil n’est pas symbolique. Il conditionne la capacité à peser davantage dans l’organisation du travail parlementaire, à obtenir une meilleure visibilité et à disposer de moyens propres. Aujourd’hui, le RN ne compte que trois sénateurs, contre un groupe Les Républicains de 131 membres et un groupe Union centriste de 59 membres. À l’inverse, les élus qui ne rejoignent aucun groupe sont regroupés dans une réunion administrative, avec beaucoup moins de poids politique.
C’est ce seuil que le RN vise en priorité. Le parti explique vouloir multiplier son nombre de sénateurs et constituer enfin un groupe. Dans les faits, cela reviendrait à franchir un plafond de verre institutionnel. Sans dix élus, impossible de transformer une présence éparse en bloc parlementaire pleinement reconnu. Avec dix élus ou plus, le parti entrerait dans une autre catégorie politique au Palais du Luxembourg.
La stratégie : capter les élus locaux, puis attirer des ralliements
Le RN mise d’abord sur la mécanique électorale. Les sénatoriales ne ressemblent pas à une élection nationale classique. Elles dépendent du vote des grands électeurs, surtout des élus municipaux. Le parti entend donc profiter de son implantation locale et de ses résultats aux municipales, où il revendique 70 maires élus ou réélus et plus de 3 000 conseillers municipaux. La logique est simple : plus un parti progresse dans les communes, plus il peut espérer convertir cette implantation en sièges au Sénat.
Le RN a aussi investi des têtes de liste dans 46 des 63 départements concernés. Il a placé plusieurs députés en première ligne, comme Edwige Diaz en Gironde ou Frank Giletti dans le Var. Il a également réservé des places à l’UDR d’Éric Ciotti, son allié, notamment dans les Alpes-Maritimes. Cette alliance vise à élargir le socle électoral à droite, là où les triangulations et les listes locales peuvent encore faire bouger les lignes.
La dimension la plus sensible est ailleurs : le RN dit avoir des « contacts » avec des parlementaires LR et centristes. Christopher Szczurek affirme avoir échangé avec des sénateurs du groupe LR, mais pas nécessairement encartés chez Les Républicains, ainsi qu’avec « quelques sénateurs » du groupe centriste. Il ajoute que certains lui auraient laissé entendre qu’ils pourraient rejoindre le RN si celui-ci parvient à constituer un groupe. Le message est limpide : le parti ne cherche pas seulement des voix, il cherche aussi à faire entrer des élus déjà installés dans son orbite.
Ce que changerait un groupe RN au Sénat, très concrètement
Pour le RN, l’intérêt est évident. Un groupe offre plus de visibilité, plus de temps de parole organisé, plus de capacité à peser dans les débats et à déposer des initiatives avec un front plus lisible. Cela permet aussi de sortir d’une situation où trois sénateurs parlent en ordre dispersé. Dans une chambre haute dominée par les grands groupes LR, centriste et de gauche, le passage au statut de groupe serait une forme de normalisation parlementaire pour le RN.
Pour les élus LR ou centristes tentés par un ralliement, le calcul est plus tactique. Dans les petites communes et dans certains départements ruraux, les alliances locales priment souvent sur les étiquettes nationales. Le Sénat fonctionne depuis longtemps comme une chambre des équilibres, où les relations entre élus sont parfois plus souples qu’à l’Assemblée nationale. Mais un tel mouvement aurait aussi un coût politique : il signalerait une nouvelle porosité entre la droite classique, le centre et l’extrême droite.
Pour LR et les centristes, l’enjeu est donc double. D’un côté, ils doivent défendre leurs positions dans une chambre haute où ils restent solides. De l’autre, ils doivent contenir les effets de terrain d’une droite éclatée, où des élus locaux peuvent être tentés par des alliances plus directes avec le RN ou l’UDR. Le groupe Union centriste rappelle d’ailleurs qu’il rassemble des sénateurs issus de formations centristes et proches de leurs idées, avec une ligne indépendante. Le sous-entendu est clair : cette famille politique veut conserver sa propre identité, sans se laisser aspirer par l’union des droites.
Une séquence qui dépasse le seul Sénat
Le RN présente ces sénatoriales comme un « test national » avant la présidentielle de 2027. L’expression n’est pas anodine. Elle renvoie à une stratégie plus large : montrer que le parti ne progresse pas seulement dans les urnes nationales, mais aussi dans les ancrages locaux et institutionnels. Si le RN franchit le seuil des dix sénateurs, il pourra dire qu’il a conquis une place plus stable dans le Parlement. S’il échoue, il restera cantonné à une présence limitée, malgré ses progrès électoraux.
Le scrutin de septembre dira aussi autre chose : quelle droite locale accepte encore de travailler avec qui. Les communes rurales, les départements où le poids des notables reste fort, et les territoires où LR conserve des réseaux solides seront décisifs. C’est là que peuvent se jouer des bascules discrètes, bien plus que dans les déclarations nationales. En septembre, le RN ne cherchera pas seulement des sièges. Il cherchera une preuve de crédibilité institutionnelle. Et c’est cette preuve qui dira si ses « contacts » restent de simples signaux ou s’ils débouchent, enfin, sur un groupe au Sénat.



