Pour éviter un duel RN-LFI, une primaire élargie peut-elle encore convaincre les électeurs et unir des partis divisés ?
François Bayrou défend une primaire élargie, du Parti socialiste aux gaullistes, pour éviter un duel RN-LFI. Mais les précédents récents montrent qu’elle ne fonctionne que si les principaux candidats acceptent ses règles et soutiennent le vainqueur.

Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Une primaire peut-elle vraiment empêcher un duel entre le Rassemblement national et La France insoumise à la présidentielle ? Sur le papier, elle promet de rassembler. Dans les faits, son efficacité dépend surtout d’une condition simple : que les principaux candidats acceptent de jouer le jeu.
Une primaire n’est pas une élection présidentielle
Une primaire sert à choisir un candidat avant le scrutin officiel. Elle peut être organisée par un parti, une coalition ou un collectif ouvert à des électeurs qui ne sont pas membres d’une formation politique.
Mais une victoire à la primaire ne garantit rien. Le candidat désigné doit ensuite conserver ses soutiens, convaincre au-delà de son camp et éviter que la compétition interne ne laisse trop de divisions.
L’histoire récente offre un bilan contrasté. Nicolas Sarkozy a remporté la primaire de la droite en 2006, avant d’être élu président en 2007. Toutefois, ses principaux concurrents s’étaient retirés avant le vote. Le choix proposé aux militants était donc très limité.
Le seul exemple pleinement convaincant reste celui de François Hollande. En 2011, la primaire socialiste avait été ouverte aux sympathisants de gauche. Près de trois millions de personnes avaient participé aux deux tours. Après sa victoire, ses concurrents avaient rallié le candidat socialiste.
Cette séquence avait créé un effet de rassemblement. François Hollande avait ensuite remporté le premier tour de la présidentielle de 2012 avec 28,63 % des suffrages, avant de gagner le second tour face à Nicolas Sarkozy. Les résultats officiels du premier tour de 2012 permettent de mesurer cette dynamique électorale.
Le risque : transformer le vote en règlement de comptes
Depuis, plusieurs primaires ont montré les limites de l’exercice. La compétition peut donner de la visibilité à un candidat. Elle peut aussi exposer ses faiblesses et durcir les rivalités entre responsables politiques.
La primaire de la droite organisée en 2016 avait illustré ce danger. François Fillon avait largement battu Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Pourtant, sa campagne présidentielle avait été profondément fragilisée par l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, révélée en janvier 2017.
La primaire des Républicains de 2021 a connu une issue encore plus difficile. Valérie Pécresse avait été désignée après le congrès du parti. Elle n’avait obtenu que 4,78 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2022. Ce résultat figure dans les résultats publiés par le ministère de l’Intérieur.
Cette défaite ne s’explique pas uniquement par la primaire. Une campagne difficile, une offre politique concurrencée par Emmanuel Macron à droite et une forte progression d’Éric Zemmour ont aussi pesé. Mais le scrutin interne n’avait pas suffi à créer une dynamique durable.
La condition décisive : réunir les candidats les mieux placés
Pour être crédible, une primaire doit réunir les personnalités qui disposent déjà d’une base électorale. Sinon, elle risque de désigner un candidat sans capacité réelle à imposer son choix aux autres.
La Primaire populaire de 2022 en fournit un exemple. Le collectif avait présenté plusieurs candidatures de gauche, dont celles d’Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Christiane Taubira. Cette dernière avait remporté le vote, mais ses principaux concurrents n’avaient pas accepté de se rallier à elle.
Le problème était donc moins le résultat que l’absence d’accord préalable. Les candidats n’avaient pas accepté de reconnaître à l’avance la légitimité du scrutin. La victoire de Christiane Taubira n’avait pas produit l’unité espérée.
Elle n’avait finalement pas réuni les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle. À titre de comparaison, Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo avaient bien figuré parmi les candidats officiellement présents au premier tour. Les résultats et documents du Conseil constitutionnel retracent la liste définitive des candidatures.
Cette expérience a laissé une leçon claire : une primaire ne peut pas contraindre politiquement des candidats qui refusent ses règles. Elle peut même renforcer la dispersion si chacun conserve son propre calendrier et sa propre stratégie.
La proposition de François Bayrou se heurte à un problème politique
François Bayrou propose une grande primaire allant « du Parti socialiste aux gaullistes ». L’objectif affiché est de faire émerger un candidat commun capable d’éviter un second tour opposant le RN à LFI.
Cette idée repose sur un constat électoral : lorsque plusieurs familles politiques proches se présentent séparément, elles peuvent se neutraliser dès le premier tour. Une candidature commune pourrait donc concentrer les voix du centre, de la gauche gouvernementale et d’une partie de la droite.
Mais cette addition est loin d’être automatique. Un électeur socialiste ne se reconnaît pas nécessairement dans un candidat issu de la droite gaulliste. De même, une partie de l’électorat de droite peut refuser une candidature soutenue par le Parti socialiste.
Le contenu du programme serait au cœur du problème. Faudrait-il privilégier la baisse de la dépense publique, la hausse des salaires, la réforme des retraites, la politique migratoire ou la transition écologique ? Sur chacun de ces sujets, les désaccords entre les familles concernées sont profonds.
La primaire pourrait donc bénéficier aux partis qui disposent d’un appareil solide et de nombreux militants. À l’inverse, les candidats indépendants ou les mouvements moins structurés risqueraient d’être marginalisés. Les électeurs ordinaires pourraient aussi avoir le sentiment que le choix est verrouillé par les organisations politiques.
Une primaire peut rassembler, mais seulement après un accord
La proposition de François Bayrou présente un avantage : elle pose publiquement la question de l’unité d’un bloc central et modéré. Elle oblige aussi les partis à clarifier leurs alliances et leurs lignes rouges.
Ses adversaires peuvent toutefois y voir une tentative de contourner le vote présidentiel en organisant d’abord un choix entre appareils. À gauche, une partie des responsables considère que le rassemblement ne peut pas se faire sans un programme de rupture avec la politique menée depuis plusieurs années. À droite, certains refusent de s’associer au Parti socialiste ou au centre.
La comparaison avec 2012 a donc ses limites. La primaire socialiste avait opposé plusieurs candidats d’une même famille politique. La proposition actuelle réunirait des formations qui ne partagent ni la même histoire, ni le même électorat, ni les mêmes priorités.
La question n’est pas seulement de savoir si une primaire peut faire gagner. Il faut d’abord vérifier qu’elle peut produire un accord accepté par tous. Sans engagement préalable à soutenir le vainqueur, le scrutin risque de devenir une campagne supplémentaire, avec ses attaques et ses déçus.
Les prochaines étapes à surveiller
La crédibilité de cette idée dépendra donc des réponses des principaux partis et candidats. Il faudra regarder qui accepte le principe, qui réclame un programme avant le vote et qui refuse de reconnaître le résultat à l’avance.
Il faudra également connaître les règles : calendrier, électeurs autorisés à voter, financement, contrôle du scrutin et méthode de désignation. Sans cadre précis, la primaire restera une proposition politique plus qu’un mécanisme opérationnel.
Enfin, l’enjeu central sera la capacité des participants à transformer une victoire interne en campagne commune. C’est à ce moment-là seulement qu’une primaire cesse d’être une machine à diviser. Ou qu’elle confirme sa réputation de machine à perdre.



