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ANALYSES & OPINIONS

Au Panthéon, la famille Bloch refuse toute récupération par le RN et défend la mémoire antifasciste de Marc Bloch

La famille de Marc Bloch salue l’absence annoncée du RN à la cérémonie du Panthéon. Elle veut éviter toute récupération d’un historien résistant et antifasciste.

Préparation calme au Panthéon à Paris, avec des stewards anonymes et le fronton en arrière-plan pour l’entrée de Marc Bloch.

Pourquoi cette cérémonie compte bien au-delà du Panthéon

Ce mardi 23 juin 2026, Marc Bloch entre au Panthéon avec son épouse Simonne Vidal. Pour sa famille, l’enjeu dépasse l’hommage national : il s’agit aussi de rappeler qu’on ne peut pas célébrer un résistant antifasciste tout en récupérant son nom pour défendre l’extrême droite. Le Centre des monuments nationaux rappelle que Bloch est le premier historien à rejoindre ce lieu de mémoire, 82 ans après son assassinat par la Gestapo.

Le geste est très politique. Le Panthéon n’est pas un simple mausolée. C’est un signal envoyé par l’État sur les figures qu’il choisit d’élever au rang de référence nationale. Dans le cas de Marc Bloch, ce choix met en avant un historien majeur du XXe siècle, cofondateur de l’école des Annales, mais aussi un homme de Résistance, mobilisé en 1914, témoin de la débâcle de 1940 et fusillé en 1944.

Ce que dit la famille, et pourquoi le RN est visé

Matis Bloch, arrière-petit-fils de l’historien, résume le malaise : pour lui, Marc Bloch incarne « l’ouverture », au sens social et dans le rapport à l’autre. Son reproche est clair : l’extrême droite cite depuis des années un homme dont les idées vont, selon lui, à l’encontre de son propre programme. La critique n’est donc pas seulement familiale. Elle vise une récupération politique jugée contradictoire.

Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch, va plus loin. Elle s’est dite satisfaite de l’absence annoncée de représentants du RN à la cérémonie. Son propos replace l’hommage dans une mémoire longue, celle de la guerre, de l’Occupation et de l’antifascisme. Cette lecture est cohérente avec les sources officielles : Marc Bloch a bien été présenté par l’Élysée comme un résistant et un défenseur des valeurs républicaines, et le ministère de la Culture insiste sur son « courage » et sa « lucidité ».

Marc Bloch, un nom que la République consacre tardivement

Le Panthéon donne à Marc Bloch une place singulière : celle d’un savant et d’un combattant. Le ministère de la Culture rappelle qu’il a profondément renouvelé l’écriture de l’histoire, tandis que le Centre des monuments nationaux insiste sur le lien entre sa recherche et son engagement contre le nazisme. Ce n’est pas un détail. Chez Bloch, la méthode historique et la morale civique se répondent.

Cette panthéonisation a aussi un effet pédagogique. Depuis des années, les institutions culturelles multiplient les événements autour de son œuvre, preuve que la reconnaissance nationale arrive souvent après une longue phase d’oubli. Le ministère de la Culture annonce une exposition, « Marc Bloch, l’esprit de l’histoire », tandis que plusieurs lieux parisiens et nationaux organisent des hommages autour de la cérémonie.

Pour la famille, cette reconnaissance a donc une double valeur. D’un côté, elle répare un oubli ancien. De l’autre, elle expose l’héritage de Bloch à des usages concurrents. Une panthéonisation ne fige pas le sens d’une vie. Elle ouvre au contraire une bataille de lecture : qui a le droit de citer Bloch, et pour dire quoi ?

Qui gagne, qui perd, et ce qu’il faut surveiller

À court terme, le pouvoir exécutif gagne une cérémonie à forte portée symbolique. Il aligne Marc Bloch avec d’autres figures déjà entrées au Panthéon et renforce un récit républicain centré sur la Résistance, la transmission et l’attachement aux valeurs démocratiques. Cette mise en scène sert l’État, mais elle sert aussi les institutions culturelles qui cherchent à faire revenir le grand public vers l’histoire.

Le RN, lui, perd sur le terrain symbolique. S’il est absent de la cérémonie, il ne peut pas s’installer physiquement dans un hommage qui le désigne implicitement comme étranger à l’héritage de Bloch. Mais le débat ne disparaît pas pour autant. Il se déplace. Car l’extrême droite continue de puiser dans certaines références historiques pour légitimer son discours sur la nation, l’identité ou le récit national. C’est précisément ce que la famille Bloch conteste.

Le point à surveiller, désormais, est la manière dont la cérémonie sera commentée dans les prochains jours. Le Panthéon et le ministère de la Culture ont prévu d’autres rendez-vous autour de Marc Bloch après le 23 juin, avec une exposition et des animations jusqu’en 2027. La question n’est donc pas seulement celle d’un hommage ponctuel. C’est celle de la place que la République veut donner à un historien qui a défendu la vérité des faits contre les récits de confort.

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