Dépense publique en France : le programme de Sarah Knafo peut-il améliorer les services sans fragiliser la protection sociale ?
Dans son premier livre, Sarah Knafo accuse les gouvernements successifs d’avoir laissé dériver la dépense publique. Elle propose de réduire les impôts, les effectifs publics et certaines prestations, au risque de déplacer la facture vers les citoyens.

Sarah Knafo défend une réduction des impôts, des effectifs publics et de certaines dépenses sociales, en prenant Javier Milei pour référence. Son projet vise à augmenter le revenu net des salariés, mais il pose la question du financement des retraites, de la santé et des services publics. Cette ligne structure aussi la stratégie de Reconquête.
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Que paie vraiment un salarié français, au-delà du montant inscrit sur son compte bancaire ? C’est la question centrale du premier livre de Sarah Knafo, qui transforme la fiche de paie, les services publics et l’immigration en pièces d’un même procès contre l’État.
Un livre pour accuser le système politique
Sarah Knafo publie ce mercredi 2 septembre Le Casse du siècle, un essai d’environ 300 pages édité chez Fayard. Le tirage annoncé atteint 100 000 exemplaires. Le pari est donc clair : installer le livre dans le débat public, bien au-delà des seuls électeurs de Reconquête.
L’ouvrage adopte le vocabulaire du polar. La députée européenne y décrit les impôts comme la trace d’un « vol organisé ». Elle vise les gouvernements successifs, d’Emmanuel Macron à François Hollande, en passant par Nicolas Sarkozy et François Mitterrand.
Son accusation est globale. Les dirigeants auraient accumulé les « mauvaises décisions », les renoncements et les calculs électoraux. Le résultat formerait, selon elle, « le plus grand et le plus long casse de notre histoire ».
Cette formule est politique avant d’être comptable. Elle présente la dépense publique comme un prélèvement massif dont les citoyens ne verraient plus les bénéfices. Or l’argent collecté finance aussi les retraites, l’hôpital, l’école, les allocations et les collectivités locales.
La fiche de paie comme symbole du « casse »
Pour rendre son raisonnement concret, Sarah Knafo prend l’exemple fictif de Nicolas Durand. Ce salarié reçoit 2 079 euros net par mois, soit le salaire médian cité dans le livre. Son employeur débourse cependant 3 922 euros.
L’écart représente les cotisations et contributions sociales. Elles financent notamment l’assurance-maladie, les retraites par répartition et l’assurance-chômage. Elles ne disparaissent donc pas : elles alimentent des droits collectifs.
Sarah Knafo choisit néanmoins de présenter cette différence comme une somme « prise » au salarié. Elle estime qu’elle réduit fortement le pouvoir d’achat immédiat et éloigne le revenu réellement payé du revenu perçu.
Son raisonnement bénéficie directement aux salariés et aux employeurs qui souhaitent réduire le coût du travail. En revanche, une baisse des prélèvements crée une question centrale : qui finance ensuite les mêmes protections ?
La contribution sociale généralisée, ou CSG, est un prélèvement qui participe au financement de la protection sociale. La supprimer sur les revenus d’activité ferait disparaître plusieurs dizaines de milliards d’euros de recettes annuelles. Sarah Knafo chiffre elle-même l’effort à 87,5 milliards d’euros.
La DREES et les comptes de la protection sociale rappellent que les impôts et taxes affectés représentent une part importante du financement collectif. Une suppression de la CSG ne ferait donc pas disparaître la dépense. Elle déplacerait son financement vers d’autres impôts, les cotisations ou des économies.
Moins de fonctionnaires, mais quels services ?
Autre cible : les effectifs publics. Sarah Knafo affirme que la fonction publique est passée de 4,6 millions d’agents en 1997 à 5,9 millions aujourd’hui. Elle en déduit que les services publics ne se sont pas améliorés malgré cette hausse.
Le chiffre récent est confirmé par l’Insee. Fin 2024, la fonction publique comptait 5,9 millions d’agents. L’institut souligne toutefois que cette progression concerne trois versants : l’État, les collectivités territoriales et les hôpitaux.
La comparaison ne suffit donc pas à mesurer l’efficacité de la dépense. Depuis 1997, les collectivités ont reçu de nouvelles compétences. L’hôpital a aussi renforcé ses effectifs, notamment après la crise sanitaire. Les contractuels représentent par ailleurs une part croissante des agents.
Selon les données de l’Insee sur l’emploi dans la fonction publique en 2024, l’emploi public a encore progressé de 0,6 % en un an. La hausse est portée en partie par les contractuels, tandis que le nombre de fonctionnaires, militaires compris, est resté presque stable.
Une réduction uniforme toucherait donc différemment les territoires. Dans une grande administration, elle pourrait se traduire par une réorganisation. Dans un hôpital ou une petite commune, elle risque davantage de produire des fermetures de guichets, des délais plus longs ou une réduction de l’offre.
Justice, immigration et récit sécuritaire
Le livre s’attaque aussi à ce que Sarah Knafo appelle le « laxisme judiciaire ». Elle imagine un délinquant interpellé plusieurs fois sans réponse pénale suffisamment rapide. Selon elle, une sanction plus précoce éviterait de nouvelles infractions et réduirait le coût administratif.
Ce raisonnement associe prévention de la récidive et économies budgétaires. Il privilégie une réponse plus ferme, qui bénéficie d’abord aux défenseurs d’une politique pénale renforcée et aux victimes potentielles.
Mais la justice ne fonctionne pas comme un simple calcul mécanique. Une incarcération suppose une décision judiciaire, des places de prison, des personnels et un accompagnement. Elle a aussi un coût. La question porte donc autant sur l’efficacité des peines que sur leur sévérité.
Sur l’immigration, Sarah Knafo décrit un « business » organisé par les passeurs. Elle estime que les différences entre les politiques européennes orientent les trajectoires migratoires et que le système français attirerait davantage les personnes recherchant des prestations.
Cette lecture met l’accent sur le contrôle des frontières et la réduction des dépenses sociales. Elle laisse davantage dans l’ombre les besoins de main-d’œuvre, les obligations internationales de protection et les situations individuelles des demandeurs d’asile.
Javier Milei comme modèle économique
Pour sortir de ce qu’elle décrit comme une impasse, Sarah Knafo défend une méthode résumée par une formule : « dépenser moins pour taxer moins ». Elle cite en exemple Javier Milei, le président argentin élu en 2023.
Le dirigeant argentin a engagé une forte réduction des dépenses publiques. Cette politique a contribué à ralentir l’inflation et a rassuré les marchés financiers. En contrepartie, elle a pesé sur la consommation, le pouvoir d’achat, l’emploi et l’activité de nombreuses entreprises.
Le cas argentin montre donc le choix auquel conduit cette stratégie. Les créanciers et les investisseurs peuvent bénéficier d’un redressement rapide des comptes. Les ménages modestes, les retraités et les services dépendants de la dépense publique supportent plus directement l’austérité.
Sarah Knafo veut également revenir sur la réforme des retraites. Elle critique Marine Le Pen, qu’elle accuse de reprendre une promesse ancienne de retraite à 60 ans. La position du Rassemblement national est toutefois plus précise : maintenir un départ à 62 ans et permettre un départ à 60 ans pour certaines personnes ayant commencé à travailler tôt.
Un manifeste économique aux ambitions politiques
Le livre ne se limite pas à un programme de réduction des dépenses. Il sert aussi à positionner Sarah Knafo dans la recomposition de la droite radicale. L’élue présente Éric Zemmour comme le « candidat naturel » de Reconquête et revendique pour elle-même une expertise économique.
Cette répartition des rôles pourrait renforcer le parti sur deux thèmes : l’immigration et la fiscalité. Elle peut aussi accentuer la concurrence avec le Rassemblement national, qui cherche à apparaître comme une force de gouvernement.
Le débat ne portera pas seulement sur les slogans. Il faudra examiner le financement précis de chaque mesure, les économies réellement possibles et les conséquences pour les assurés sociaux. Une baisse de la CSG, une réduction des effectifs publics ou un départ plus précoce à la retraite ne produisent pas les mêmes effets selon le revenu, l’âge et le territoire.
Dans les prochaines semaines, les prises de position de Reconquête et la réception du livre permettront de mesurer s’il s’agit d’un manifeste durable ou d’une première étape vers 2027. L’autre échéance sera celle des débats budgétaires, où chaque proposition devra être confrontée à son coût et à son financement.



