L’Infiltré renonce à révéler la taupe du RN : ce que ce recul dit de la bataille médiatique
Le nouveau média d’extrême droite L’Infiltré n’a pas publié l’identité de la supposée source du RN annoncée avant son lancement. Son premier numéro privilégie les attaques contre Xavier Niel et l’entourage d’Emmanuel Macron.

Le premier numéro de L’Infiltré ne révèle pas l’identité du cadre du Rassemblement national présenté comme une source de Libération. Le média invoque le contexte des accusations visant Jordan Bardella, tout en conservant la possibilité de publier cette information plus tard. Ce choix fragilise sa promesse de lancement et illustre la polarisation du paysage médiatique.
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Peut-on lancer un média en promettant une révélation spectaculaire, puis renoncer au moment de la publier ? C’est la question posée par le premier numéro de L’Infiltré, qui ne dévoile finalement pas l’identité de la supposée « taupe du RN ».
Une promesse abandonnée au dernier moment
Depuis plusieurs semaines, ce nouvel hebdomadaire lié au média d’extrême droite Frontières annonçait une révélation : le nom d’un cadre du Rassemblement national qui aurait transmis des informations à Libération.
Ces informations auraient alimenté plusieurs enquêtes consacrées aux coulisses du RN et à Jordan Bardella. Le parti cherchait donc à identifier une éventuelle source interne. Mais le premier numéro de L’Infiltré, mis en ligne le mardi 29 septembre 2026, ne contient finalement pas ce nom.
Dans un communiqué, la direction du média explique ce choix par le contexte politique. Elle évoque la « cabale lancée par Mediapart contre Jordan Bardella », que le nouveau journal présente comme une opération de « mise à mort politique ».
Le média d’investigation a publié une enquête consacrée à des échanges privés attribués à Jordan Bardella entre 2013 et 2015. Le président du RN conteste formellement ces accusations et affirme qu’il s’agit de « faux grossiers ». Il a annoncé vouloir engager des démarches judiciaires.
La décision de ne pas publier le nom de la supposée source n’est toutefois pas présentée comme définitive. L’Infiltré affirme conserver la possibilité de diffuser cette information plus tard.
Une stratégie assumée contre la presse d’enquête
Le renoncement intervient alors que le média se présente comme une réponse directe à des titres comme Mediapart ou Le Canard enchaîné. Son objectif affiché est de proposer une lecture de l’actualité depuis la droite radicale.
Dans son communiqué, la rédaction estime que la puissance de la presse de gauche et ses relais médiatiques pourraient empêcher sa révélation d’être entendue « pour ce qu’elle révèle ». Autrement dit, elle redoute que l’identité de la source soit interprétée comme un épisode de la bataille politique autour de Jordan Bardella.
Ce choix montre aussi la difficulté d’un média d’opinion qui veut imposer son propre agenda. Une révélation annoncée comme imminente crée une attente forte. Si elle n’arrive pas, le média doit expliquer non seulement ce qu’il sait, mais aussi pourquoi il ne le publie pas.
L’Infiltré s’inscrit par ailleurs dans un écosystème médiatique proche du groupe Bolloré. Son rédacteur en chef, Jules Torres, travaille également au Journal du dimanche et intervient sur CNews et Europe 1. Cette proximité nourrit une circulation rapide des thèmes, des invités et des commentaires entre plusieurs antennes.
Les autres sujets du premier numéro
Faute de révéler la « taupe du RN », la une s’attaque notamment à Xavier Niel. Le patron de Free est aussi copropriétaire de plusieurs médias. Le journal l’accuse d’avoir organisé la divulgation de propos tenus par Hélène Mercier-Arnault sur les personnes sans domicile.
Ces propos avaient été tenus sur RTL, mais n’avaient pas été diffusés à l’antenne. Ils ont ensuite été révélés par Mediapart dans le cadre de ses enquêtes sur Xavier Niel. Hélène Mercier-Arnault avait notamment déclaré que le fait de vivre dans la rue pouvait relever d’un « choix de vie ».
Cette séquence illustre une autre ligne éditoriale du nouveau média : mettre en cause les grandes fortunes qui possèdent ou influencent une partie de la presse, tout en dénonçant ce que ses rédacteurs décrivent comme un traitement médiatique hostile envers la droite et l’extrême droite.
Le premier numéro revient aussi sur la visite en France du pape Léon XIV. Le journal affirme qu’Emmanuel Macron et Publicis auraient pesé sur le programme du souverain pontife.
Une visite à la maison médicale Jeanne-Garnier, établissement parisien spécialisé dans les soins palliatifs, avait été envisagée. Elle ne figurait finalement pas dans le programme du déplacement du pape, organisé du 25 au 28 septembre 2026. Cette étape pouvait prendre une dimension politique, alors que le débat sur la fin de vie reste sensible en France.
Un affrontement qui dépasse le seul nom d’une source
La controverse révèle un conflit plus large sur la légitimité des médias à enquêter sur les partis politiques. Pour Libération et Mediapart, une source interne peut permettre de documenter des pratiques ou des propos difficiles à établir autrement.
Pour le RN et ses soutiens médiatiques, ces témoignages peuvent au contraire être présentés comme des instruments de déstabilisation. Le débat porte alors moins sur les documents publiés que sur l’identité, les motivations et la loyauté supposée de ceux qui les transmettent.
Cette logique bénéficie d’abord aux acteurs politiques capables de mobiliser leur propre réseau médiatique. Elle laisse davantage de côté les citoyens, qui doivent distinguer une enquête documentée, une accusation politique et une promesse éditoriale non tenue.
Elle pose aussi une question de méthode. Révéler l’identité d’une source ne constitue pas en soi une preuve contre les informations qu’elle aurait transmises. De même, le fait de dénoncer un média adverse ne suffit pas à établir que ses enquêtes sont fausses. Chaque élément doit être vérifié séparément.
Dans le cas des accusations visant Jordan Bardella, le président du RN nie les faits rapportés. De son côté, le média d’enquête affirme s’appuyer sur plusieurs conversations écrites et sur des vérifications documentaires. La suite pourrait donc se jouer autant sur le terrain judiciaire que dans l’affrontement médiatique.
Ce qu’il faudra surveiller
Le premier point à suivre sera une éventuelle publication ultérieure du nom de la supposée source. Le média devra alors préciser les éléments qui justifient cette identification et les raisons de son choix éditorial.
Le second concerne les suites données aux accusations visant Jordan Bardella. Ses contestations, les réactions du RN et les éventuelles procédures judiciaires peuvent prolonger la séquence bien au-delà du lancement de L’Infiltré.
Enfin, ce nouveau titre devra démontrer qu’il peut exister au-delà d’une promesse de révélation. Son premier numéro met en avant plusieurs affrontements avec des journalistes, des dirigeants économiques et des institutions. Reste à voir si cette stratégie suffira à installer durablement le média dans un paysage déjà très polarisé.



